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…ou de sa ville. Le maire de la sous-préfecture de l’Hérault a choisi (à la grande surprise, semble-t-il, de certains citoyens et/ou lecteurs de ‘Charlie Hebdo’) de reproduire et d’afficher des Unes du journal, en signe de solidarité et en hommage au professeur assassiné. Une nouvelle occasion de faire parler -à tort ou à raison- de la cité des…Biterrois(es). Profitons-en.

Phonétiquement, le gentilé (le nom des habitants) a l’air d’être bien loin du nom de la ville elle-même; c’est tout simplement qu’il y a quelque part l’intervention -ou le résidu- d’une ancienne racine plus ‘savante’, très souvent latine….Pour nommer les résidents, on peut faire simple (les Parisiens, les Strasbourgeois, les Lyonnais), ou se simplifier la vie en abandonnant une partie du mot pour éviter de faire trop compliqué (Les Clermontois, les Luziens).

On peut également se rapprocher du nom de la province (les Limougeots du Limouzin, ou les Berruyers de Bourges’-du-Berry’), etc…Plus complexe est le cas des Castrothéodoriciens, les gens de Château-Thierry (castro- ou castel + Théodore, la forme ancienne de Thierry), ou des Biterrois donc, parmi des centaines d’autres. Ce ‘Béziers’ bien français  (linguistiquement parlant) est en fait occitan, qui ne doit rien -ou pas grand’chose- donc au futur dialecte des Francs, vient d’une ancienne forme ‘Besièrs’, elle-même issue de plusieurs soubresauts cahotiques dû à un passage à travers du latin ‘de cuisine’ vers les langues du Sud.

Bref, le nom originel romain serait ‘Biterrae’, ce qui rend immédiatement plus ‘acceptable’ l’adjectif ‘biterrois’; le problème est que les linguistes peinent à certifier le sens de cette appellation. Pas question (trop ‘évident’) de chercher du côté d’une ‘terre double’ (bi-terrae!), explication a-posteriori et peu convaincante, car encore faudrait-il comprendre où et ce que serait cette double terre…

Or, pour être encore plus précis, l’orthographe ‘classique’ latine mentionnait en fait ‘Baeterra’ (ce qui nous délivre ipso-facto d’une histoire de ‘bi’-quelque chose); l’alternance, ou l’équivoque, entre ‘bi-‘ et ‘bae-’ semble venir des Grecs, qui aurait déjà connu la ville puisqu’ils en seraient les fondateurs ( et constructeurs) dès le 7ème siècle avant JC, bien avant…Marseille!

Leur terme à eux était ‘Biltera’ (le retour du ‘i’) voire ‘Baiterai’ (attesté autour du 1er siècle); l’imprécision semble indiquer que le mot lui-même n’était pas de création grecque mais hérité des…Phéniciens (Libanais modernes), sous influence de l’hébreu! Les recherches les plus poussées mettent en exergue le ‘triptyque’ de consonnes sur lesquelles s’appuie les consonnes (courage, on y est presque…) B.L.T. Il s’agit d’une sorte de ‘squelette sonore’ sur lequel on s’appuie quand on peut remonter très loin dans l’évolution d’un mot.

Et justement, en hébreu, cette combinaison évoque une famille de racines qui expriment une fortification, un renforcement; d’autant que, pendant plusieurs siècles avant JC,  l’endroit était qualifié du nom complet de (je vous traduis) ‘la ville forte et…sécurisée’. A défaut d’être immédiate, l’explication étymologique serait donc le surnom d’une cité fortifiée, supposition bien plus logique et donc crédible, en fonction des éléments historiques dont on dispose dans la région (Carcassonne, nous voilà!).

 Notez, pour terminer, que vous trouverez peut-être quelques familles Béziers -mais plus certainement Bésiers- qui n’ont en réalité rien à voir avec la ville. Tout comme les Bez, Bès, et Bessière, ces gens-là sont désignés par le lieu où ils habitaient, une ‘bézière’ (parfois bézeyre), le mot qui désigne une plantation de bouleaux, d’après le latin…’betulus’; oui, je sais, c’est pas plus clair que ‘biterrae’, mais, pour savoir tous les détails, vous pouvez croiser l’anecdote avec deux autres articles de ce blog (*). Que vous soyez Biterrois ou pas…

(*) Bezos (Jeff) ou Boulay (Isabelle). Tapez le nom en haut à droite de cette page.

…au sens le plus étymologique du terme, c’est-à-dire la cohorte des citoyens qui méritent la reconnaissance de la nation. Dans l’Antiquité, on lui aurait promis ‘les champs élyséens’, la plus belle avenue pour le paradis sans doute, des champs qui – encore une coïncidence linguistique inattendue – représentent exactement la signification de son nom!

Paty vient en effet d’un mot d’ancien français qui est ‘pastiz’, une racine qui va donner toute la famille des pastre et pasteur, avant de devenir noms propres avec une majuscule (1). Simultanément va se produire le phénomène ordinaire qui fait passer la notation du ’s’ sur la lettre précédente sous la forme d’un accent circonflexe, d’où la suite en pâtre et pâture, bref, tout ce qui se passe dans un espace naturel et verdoyant, le pâturage.

Pour être plus précis, ce ‘pastiz’ du Moyen-Age n’avait pas exactement l’apparence d’une belle prairie où faire…paître les vaches, mais plutôt celle d’un terrain abandonné, plus ou moins en friche, tout juste bon -précisément – à jeter en pâture aux moutons ou aux chèvres. Les Paty peuvent donc avoir eu pour ancêtre le propriétaire de ces broussailles qui, une fois arrachées, pourront faire l’affaire des…bergers.

Notez le parallèle incessant que fait notre langue entre sens propre et sens figuré, en passant des endroits à brouter aux ‘prairies éternelles’, concept religieux existant non seulement dans les caricatures de certaines tribus indiennes mais aussi dans les églises européennes; car le ‘bon pasteur’, c’est le berger (Dieu, ou Jésus, ou le prêtre, selon l’altitude choisie) qui conduit ses…brebis (souvent dites égarées) pour les ‘ramener dans les vertes prairies’ de la vérité. Ou à peu près…

Par contre, si la graphie (l’écriture) du nom commun (le pati) devenu patronyme (Pati) ne comporte pas d’accent circonflexe, c’est qu’il n’a rien à voir avec quelqu’un qui aurait ‘pâti’ (sauf, en l’occurrence, de l’intolérance). Cet adjectif-là, qui est plus précisément un participe passé (un peu comme…parti!), vient du verbe latin de forme passive ‘patior’, qui veut dire souffrir. Là encore, quelques curiosités linguistiques vont faire que cette racine va donner à la fois ‘pâtir’, c’est-à-dire être blessé par quelque chose (y compris psychologiquement), mais aussi supporter un désagrément: tel est en effet le destin du ‘patient’, non pas, à l’origine, celui qui attend gentiment mais celui qui supporte son mal dans la salle d’attente. Ou, si, les deux…(2)

Je suis sûr que vous êtes…impatient (celui qui n’a pas les nerfs d’attendre) de savoir d’où viennent les autres ‘pastis’ homonymes. Si vous êtes landais (ou, au moins, aquitains), vous savez forcément qu’il s’agit d’un gâteau (ne dites surtout pas basque), bien gonflé et parfumé à…l’orange (et au rhum). Tout comme le nom de celui qui le fabrique, ce ‘pastis’-là vient de la ‘paste’ (ancienne orthographe, comme la ‘pasta’ italienne) devenue ‘pâte’ en parisien, forcément travaillée par un…pâtissier!

Mais si vous êtes plutôt OM-Canebière, eh bien…c’est la même chose; sauf que, en provençal, l’idée de ‘pâte’ va se généraliser en mélange, quels que soient les éléments, pas que l’eau, le sel, la farine et la levure (si fabrication artisanale). De fait, si vous faites glisser un soupçon d’anis (et un certain nombre de choses) dans -beaucoup- d’alcool, et -un peu- d’eau, vous obtenez ce ‘jaune’ que se mettent derrière le gilet les marins (et les autres) à onze heures.

C’est même à cause du moment magique où l’eau se trouble dans le verre qu’est née l’expression ‘être dans le pastis’, c’est-à-dire avoir l’esprit aussi opaque que le mélange marseillais…Ce qui ne saurait être le cas des Paty mais plutôt de ses agresseurs. Au moins étymologiquement! 

(1) La poétesse Geneviève, ou le scientifique Louis.

(2) Le même verbe latin, prononcé ‘passior’ (comme le ‘t’ de édition) à la fin de l’Empire puis chez les sauvages Gaulois futurs Français, a également donné la…passion, soit le sentiment qui fait souffrir (relisez Corneille ou Racine, vous allez voir, ça dure des plombes)!

…mais mythique entraineur du club londonien des ‘Gunners’, remarquable -et remarqué- autant pour sa longévité avec l’équipe que pour le redressement du football anglais. En racontant des souvenirs de carrière (1), Charles Ernest (ses autres prénoms) revient à la mémoire de nos concitoyens, dont les moins intéressés par le sport auront toujours vaguement pensé que l’homme était allemand…

Le tracé des nations modernes oblige à préciser qu’il est en fait ‘seulement’ alsacien mais, d’un point de vue historique et par conséquent étymologique, ses racines appartiennent forcément au répertoire germanique. On repère la racine originelle aux alentours du 12ème siècle, lors d’une phase d’évolution de la langue, nommée moyen-haut-allemand; le son ‘uënec’, écrit ‘wenec’, évoque l’idée de ‘petit’ et va donner au fil du temps les formes ‘wenig’ puis ‘weniger’, et enfin par contraction ‘wenger’. 

On ne sait pas très bien attribuer la dimension de ce ‘petit’-là; par comparaison avec le même ‘concept’ dans d’autres langages, les chercheurs pensent évidemment d’abord à l’attribuer à un homme petit (ça tombe mal pour Arsène), ou, au sens figuré, à quelqu’un qui a peu d’intérêt donc sans importance (ça re-tombe mal pour Arsène)…

Toujours est-il que le mot, avec comme d’habitude la fonction première de surnom, va se diffuser dans toute la zone d’influence germanique donc, ce qui recouvre largement et depuis toujours l’Est de la France actuelle, sans compter l’émigration lointaine de familles à partir du 17ème siècle (2). Et si l’on prenait le Wenger au pied de la lettre, pourquoi ne pas y rajouter également le sens du ‘petit…de la famille’, coïncidence cette fois idéale pour le troisième rejeton de papa Alphonse? (3) 

Quoi qu’il en soit, il faut remarquer le ‘grand écart’ de son état-civil qui a retenu cet ‘Arsène’ comme prénom usuel. Ce que nous considérons comme un prénom (rarement adopté depuis les années 1940) est en fait un adjectif d’origine grecque, un ‘arsên’ qui va donner plus tard en français le mot ’arsenic’, à savoir un produit violemment toxique, donc puissant, donc…’qui arrive à tuer un mâle’ (définition finale!); plus fort encore (si j’ose dire): dans l’esprit -pas toujours bien tourné- des Grecs, cet ‘arsênikon’ signifiait également ‘ce qui permettait de rendre impuissant le cochon’. No comment.  

Ce qui va plus ou moins ‘tuer’ l’Arsène dans la seconde partie du 20ème siècle, c’est la mauvaise réputation d’un cambrioleur -même fictif- certes ‘gentleman’, grand séducteur de femmes mais voleur sans scrupules, nommé Lupin; sans compter une consonance qui, à l’époque, pousse plutôt à la moquerie (comme Eugène ou Philomène). D’ailleurs…

Certains linguistes (peut-être un peu rapides) attribuent à la même racine grecque la formation du terme vulgaire et aujourd’hui désuet de ‘arsouille’, c’est-à-dire ivrogne, état du ‘mâle vaincu par un produit’…en réalité, on ne connait pas vraiment sa provenance, si ce n’est un verbe ‘arsouiller’, très temporairement usité autour de la Révolution française.

Par contre, on sait clairement que ’Arsenal’ ne doit rien à…Arsène! Le nom du club sportif illustre parfaitement son origine linguistique puisqu’il a été créé à la Manufacture d’armes de Woolwich (à l’est de Londres); or, avant de passer par une orthographe ‘arsenac’ en français, le mot moderne vient de l’italien du 17ème siècle ‘arsenale’, lui-même emprunté à l’arabe ‘al-sinà’a’ qui désignait les arts mécaniques, dont guerriers évidemment, donc tout ce qui servait à tirer des munitions.

Impossible donc de ne pas croire à la prédestination de ces footballeurs de l’Arsenal, surnommés les…’Gunners’ (les tireurs, voire les bombardiers, selon le contexte). Etymo et logiquement! 

(1) « Ma vie en rouge et blanc » (Editions JC. Lattès)

(2) On trouve des Wenger aussi bien dans le sud du Brésil qu’au centre du Congo (quel que soit le nom du pays), l’un et l’autre de ces territoires ayant pu représenter à une certaine époque une véritable ‘enclave’ allemande colonisée.

(3) Mais cela n’est, comme toute autre analyse étymologique, qu’une anecdote, la signification des noms (et prénoms) n’ayant aucun rapport direct – en tous cas volontaire, autre que le hasard ou le choix des parents – avec leur porteur actuel.

…le mot du moment risque fort d’être ce terme que nos plus Anciens entendent encore résonner comme l’annonce imminente d’un danger, en tous cas comme une mesure de protection destinée à faire le…’black-out’ pour éviter de se faire remarquer par l’ennemi. Il est donc temps de mettre en lumière, ou plutôt de faire un ‘focus’ sur ce couvre-feu, y compris étymologiquement!

C’est en effet le mot latin ‘focus’ qui a fait feu – quasiment de tout bois – dans la langue française, laquelle n’utilisait à l’origine que le terme ‘ignis’ pour désigner les flammes; la preuve, ce qui résiste au feu se dit ‘igni-fugé’ (entre autres). D’ailleurs, la racine originelle avait d’abord évolué, plus logiquement d’un point de vue linguistique, en ‘foyus’ puis…foyer, définition première d’un ‘feu’.

Vous pouvez vous l’imaginer comme le rassemblement d’un groupe de primates autour d’une bûche préhistorique ou, plus réalistement, comme une famille, sens que prendra le mot à la fin de l’Empire romain pour désigner un regroupement autour d’un foyer qui deviendra un jour fiscal; le mot est d’ailleurs éloquent.

On est alors encore loin de la cuisinière à quatre-feux qui réjouira les ménagères du milieu du XXème siècle à la sortie d’une guerre à couvre-feu, et plus encore du coup de projecteur (la lumière du feu) que les médias modernes mettent sur un sujet en faisant un ‘focus’, qui revient finalement au mot initial!

Plus intéressant encore est le ‘couvercle’ que l’on pose plus ou moins fermement sur la-casserole-sur-le-feu, ou le voile dont on …couvre l’ampoule de la chambre tout en tirant les rideaux, geste(s) délicat(s) qui ne représentent absolument pas leur racine.

‘Couvrir’ est en effet une transformation (certes, apparemment un peu cahotique) du verbe latin…’cooperire’ qui, malgré les apparences, n’a rien de commun avec ‘coopérer’, au contraire. Pour un Romain, cela veut dire re-couvrir, pour ne pas dire submerger ou étouffer, sens très fort qui représente aussi bien un fleuve ou une rivière qui sortent de leur lit et donc inondent toute une vallée, qu’un geste de lapidation qui doit entièrement écraser un condamné!

Heureusement, à partir du 11ème siècle, le poids de la couverture va s’alléger progressivement, d’où petit à petit le sens de couvrir pour protéger, depuis le revêtement du toit de la maison posé par un ‘couvreur’, jusqu’au ‘couvre-chef’ qui permet de se dé-couvrir devant les dames.

Entre-temps, on aura découvert le couvre-lit et le couvre-plat, toutes choses bien utiles quand on doit supporter un couvre-feu…Notez au passage que, théoriquement aussi bien que politiquement, on n’aime pas trop multiplier les couvre…feu; ou feux ?  Pour ‘couvre’, pas de problème, on ne met jamais de ’s’ à un verbe conjugué; pour le feu, l’Académie le considère comme unique et invariable, mais le ‘x’ est toléré. Surtout s’il l’on a plusieurs familles (foyers) à protéger, sans doute.

Quant au ‘feu’ dont l’enveloppe vous brûle les doigts à la vue d’un avis de décès, il n’a rien à voir avec les flammes, même de l’enfer ou si vous avez opté pour la crémation. Ce ‘feu’ (ou feue)-là vient d’un autre mot latin qui est ‘fatum’, le destin; l’adjectif qualifie donc ‘celui ou celle qui a accompli son destin’ (donc qui est mort-e). Mais je ne pense pas que ce soit pour vous une découverte. Sauf peut-être étymologiquement.

…avant, sans doute, de l’oublier à nouveau, sauf accident futur. La pétulante ‘travailleuse humanitaire’ franco-suisse retenue au Mali pendant plusieurs années (sans trop d’intérêt médiatique alors) a en effet immédiatement exprimé son souhait de revenir un jour à Bamako (au moins). Risqué, mais généreux; alors, on ne va pas lui jeter la pierre pour autant, sauf…étymologiquement!

Petit exercice facile et à peine nécessaire si vous suivez les articles de ce blog depuis quelque temps, le patronyme Petronin (1) est construit en effet sur la même pierre que le premier pape, un (saint) Pierre sur lequel Jésus a dit bâtir son église (jeu de mots totalement impossible en araméen, la véritable langue du Christ, mais c’est une autre histoire).

Bref, c’est bien le grec ‘petros’, très commun nom du caillou ou, si vous avez la folie des grandeurs, le rocher, voire la montagne, qui a donné le latin ‘petrus’, futur célèbre nom d’un ‘Château’ viticole de St-Emilion (2) qui doit son nom (et son prix) au dessin des clés (de devinez qui?) sur l’étiquette de la bouteille. Les portes du paradis, quoi!

Ce très romain Petrus, prénom autrefois aussi commun dans les rues autour du Colisée que notre Pierre, Paul, Jacques ou Jean, va donc avoir une carrière (de pierres) très abondante, à commencer par l’auteur (supposément contemporain de César, Jules) du roman longtemps dit décadent, le ‘Satyricon’. 

L’orthographe originelle de la racine latine va subsister – surtout dans les langues romanes donc plutôt autour du Bassin Méditerranéen – pour composer des Petri, Pietri (Julie), Pietro (évidemment), Petrini (3) puis Petronin, voire Petronini dans l’Italie contemporaine; il semblerait que Petronin soit spécifiquement dédié à un ou plusieurs saints éponymes du 5ème siècle, sous la protection du(des)quel(s) le Moyen-Age plaçait fréquemment ses enfants…

On reste quasiment…pétrifié (= transformé en pierre) par l’abondance des versions qui vont, par la suite, laisser des petits cailloux dans toutes les langues d’Europe: tout près des Pietro, avec un simple ajout guttural (t>d), on trouve le Pedro espagnol, mais aussi le Petrov russe, le Petrovic serbe (et associés), le Petruschka hongrois (idem), le Petrucci italien (comme Danilo, champion moto 2020) et même, au bout du clavier, le Petrucciani (comme le pianiste Michel), sans oublier le diminutif Petrolini (le petit-Pierre) qui porte presque le nom de la ‘pierre qui donne de l’huile’, le…pétrole (petr-oleum)! 

Puis, avec l’adjonction d’un ‘i’, les peuples (plutôt du Nord, cette fois) ont fait des Piotr, Piete ou Piatra, tout comme le français Pierre suivi du diminutif Pierrot et des régionaux Pierrat, Pierron et Pierret (4). Enfin, si vous faites partie des historiens des religions, vous connaissez bien sûr l’adjectif ’petrinien’, qui qualifie tout ce qui se rapporte à St-Pierre…que l’on appelle Peter à Londres!

J’ai gardé à part la fille de la romaine Petronia (Pierrette), logiquement appelée du diminutif de Petronilla, une Pétronille devenue célèbre – dans un premier temps – et sainte en tant que vierge martyre (très tendance, au début du christianisme) morte ‘naturellement’ par auto-suggestion pour éviter se marier; malheureusement (?), en 1907, l’humoriste et chanteur de cabaret Dranem va populariser dans les faubourgs de Paris une histoire de purge odorante pratiquée par une pauvre fille ‘qui sent la menthe’, rengaine reprise dans les années 1970 par le groupe Les Charlots qui vont ‘entortiller Pétronille dans du papier (toilette) mâché’. No comment.

Il semble d’ailleurs que Pétronille était pauvre fille depuis le 12ème siècle, à cause d’une lettre dans laquelle un noble de Picardie déplorait le caractère acariâtre de sa femme, complainte reprise dans plusieurs rengaines au fil des siècles suivants; à cette époque, elle s’appelait plus précisément Perronnelle (autre forme voisine), prénom ‘propre’ qui va devenir commun, voire vulgaire, au 17ème siècle pour qualifier une femme bavarde et un peu bébête.

Du coup, grâce à un Molière qui s’en moquera à loisir, cette ‘péronnelle’ (qu’il écrivait, lui, ‘pironnelle’) va entrainer la création du verbe ‘pérorer’, soit, littéralement, ouvrir la bouche (-ore) comme Pér(onnelle), autant dire à tort et à travers. Ce qui, de fait, tombe bien mal pour évoquer l’enthousiasme et l’engagement de Sophie Petronin. Sauf, pourtant, étymologiquement!

  1. Ne confondons pas: ‘patronyme’ vient de ‘père’ (pater, en latin); alors que Petronin vient de pierre (petros, en grec) 
  2. En fait, on devrait dire ‘Domaine’, il n’y a pas de château; pas plus que ‘St-Emilion’ mais Pomerol, vignoble voisin.
  3. Et même avec une une ‘agglutination’ de l’article, comme pour Depétrini (Anne, ex-animatrice de télévision).
  4. Plus, bien sûr, Perret, comme le chanteur…Pierre, un pléonasme donc.