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Albi (81)

Albi

Petit devoir de vacances au sujet de la ville d’Albi, où réside un internaute intéressé par l’étymologie, et qui se demande pourquoi sa ville semble avoir une racine « albe » (=blanc, en latin), alors qu’il s’agit d’une ville plutôt rose, comme Toulouse, et même surnommée « la ville rouge ». En ce qui concerne la couleur (rose/rouge), rien à voir avec les flots de sang qui ont coulé lors de la Croisade contre les…Albigeois (« repaire de cathares »), il s’agit bien d’une réputation esthétique due à la tonalité chromatique générale de la ville, et donc de la couleur des briques des maisons (y compris celles de la Cathédrale Ste-Cécile, symbole de la « récupération » de la ville par l’Eglise « officielle » à l’époque).

D’un point de vue étymologique, nous avons donc affaire à une histoire de blanc, et notre internaute a raison, « alb- » ne peut pas venir d’une autre racine que le mot latin qui évoque cette couleur; ici avec une terminaison « -i » qui marque un lieu. Mais on peut avoir également un simple « -e », comme pour la ville italienne au sud de Rome; on peut aussi y accoler un suffixe gallo-romain en « -an », ce qui va donner Alban (le prénom) ou, en composition avec l’idée d’une colline, Montalban (le nom) et…Montauban (la ville), le « l » central se transformant en « u »). Même raisonnement pour d’autres villes de la région: Aubin (en Aveyron) ou Alban (dans le Tarn). (*)

Catégorie noms communs, c’est évidemment la même racine qui a servi pour définir « le moment où l’horizon devient blanc avant le lever du soleil », l’aube. Ou encore « la robe blanche symbole virginal qui habille un baptisé ou un communiant », l’aube. Sans compter l’arbuste (qui pique) « aux fleurs blanches », l’aubépine (aube-épine).

Conclusion, à Albi comme ailleurs, noir c’est noir, mais blanc c’est blanc. A tout hasard, pas d’autre d’indice non plus du côté du nom occitan de la ville, puisqu’on dit…Albi. Et le fait qu’on trouve d’anciennes orthographes « à la parisienne » en Alby ne change rien à l’origine, c’est bonnet-blanc et blanc-Albi.

A partir de là, « historiquement », les opinions divergent. Ce dont on est sûr, c’est que, il y a bien longtemps, l’endroit a plu à des gens qui se sont installés dans ce coin où le Tarn commence à être navigable (argument de « vente » indispensable pour de futurs échanges commerciaux, avec quelques terres fertiles, et, peut-être, un peu de minerai(s) pour fabriquer des armes). Bref, il faut attendre le 5è siècle pour trouver trace écrite du nom de la cité, et il semblerait bien que le terme soit hérité de « quelqu’un de blanc », un certain Albius, notable romain dont la fortune aurait permis une partie du développement de la ville à l’époque. Si on a l’idée de « blanc », c’est donc peut-être à cause du nom de famille de ce monsieur (on disait un « gentilice » en latin, avec un sens légèrement différent de celui qu’il a actuellement, mais on va se simplifier la vie). Et ce « surnom de famille », il est lui-même dû à un ancêtre qui avait…les cheveux blancs, d’où le qualificatif d’Albius! (le procédé a l’air d’être anecdotique, il ne l’est pas! La dénomination d’une personne par une caractéristique physique est très fréquente, et, pour les Anciens, la couleur des cheveux était un repère imparable, surtout la couleur blanche ou grise, symbole soit de maladie soit, plus souvent, de sagesse -les cheveux blancs!-. C’est aussi l’origine, en français, des Leblanc, des Legris, et autres Blanchet…)

Pour revenir à Albi et être complet, une autre hypothèse évoque -toujours dans le cadre de la Grande Semaine du Blanc- une possible allusion aux falaises calcaires (donc blanches) autour de la ville. Ne reste plus, le cas échéant, qu’à prouver que le mot avait déjà été inventé avant l’arrivée de notre romain; et pourquoi on n’aurait pas alors utilisé plutôt un mot gaulois; et pourquoi il n’y a pas plein d’autres Albi dans les autres régions calcaires…Elémentaire, mon cher Albius!

Il faut mentionner aussi (on peut toujours trouver plus et mieux) une origine formée sur une racine celte, puis gauloise, qui est « alp ». C’est ce terme qui va devenir un « choronyme » (un qualificatif régional) pour former les…Alpes. Rapport avec Albi? Certains étymologistes du 19è siècle (romantiques) pensaient que le mot évoquerait dans le Tarn un lieu élevé, rocher escarpé, voire une place-forte militaire construite en hauteur, jusqu’à devenir « Alb », puis Albi. Pour être complet, la racine en question aurait (selon eux) un sens quasiment mystique, puisque, symboliquement, cet endroit « élevé » désignerait le « monde d’en-haut »! Une interprétation qui ne manque pas de hauteur, mais tout le monde sait bien qu’à une certaine altitude, le manque d’oxygène est préjudiciable au raisonnement…

Il faudrait, pour mettre tout le monde d’accord, nommer un médiateur ou un intermédiaire. Cà tombe bien: c’est l’étymologie du nom de l’aéroport de la ville (LE Séquestre, commune voisine, signifie en latin le médiateur, puis ce qu’on laisse en garantie pendant la médiation, donc ce qu’on met sous…séquestre, d’où le sens actuel!). Convenons donc de laisser la discussion ouverte sur le sujet; en tous cas, avec Albi, on ne risque pas la page…blanche.

(*) voir aussi, dans ces chroniques, « La Primaube » (Aveyron)


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Un commentaire au sujet de Albi (81)

  1. Merci beaucoup pour ces explications très fournies!

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