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Alors, Euro ?

Euro

L’une des stars -bien involontaire, on l’espère- de la saison aura été la monnaie européenne, dont l’avenir s’est plusieurs fois joué lors de fluctuations boursières un peu sévères, occasion de revenir quelques instants sur la racine étymologique de ce terme adopté par tous (enfin, presque…).

Souvenons-nous tout d’abord que son aïeul était le franc, terme d’une logique implacable pour la monnaie nationale de la France et qui avait l’avantage plus ou moins inconscient d’évoquer l’adjectif « franc ». A chaque fois que l’on touchait un franc, n’est-ce pas un peu de…franchise que l’on affichait, sans bien réaliser que -petit rappel- France, franc, ou français(e) sont des racines que nous devons à une petite tribu d’origine…germanique, installée quelque part dans le tiers nord du pays. Cela étant, en Histoire aussi, toutes les franchises ne sont pas gratuites!

Puis vint…l’écu. Ou plutôt l’Ecu, acronyme anglais (!) désignant une nouvelle devise européenne, abréviation de « European Currency Unit », mais que l’on ne vit jamais puisqu’elle était destinée à rester une monnaie d’échange et de compte non matérialisée. En fait, l’écu était déjà français (re-cocorico) au 13è siècle, puisque c’était le premier «sou» frappé par la dynastie des Valois, mais restons à notre époque.

Au moment de l’agrandissement de l’Europe, beaucoup ont été soulagés d’abandonner l’écu en tant qu’éventuelle espèce « sonnante et trébuchante », et ce pour de simple raisons de commodité quotidienne. Allait-on dire «j’ai touché l’écu» et autres sordides «j’en ai plein l’écu», qui eussent choqué les oreilles françaises? Impensable! Surtout que, dans la bouche d’autres peuples européens, l’exercice n’est pas plus facile, de « eïkou » (pour les Grecs) à « Iquiou » (pour les Anglais), on risquait fort d’en rester sur l’ecu.

Vint alors l’euro, illustration parfaite d’un phénomène parfois cité dans ces chroniques et toujours rébarbatif pour certains lecteurs, j’ai nommé l’apocope, figure de linguistique qui consiste à supprimer la dernière syllabe d’un mot, pour des raisons d’articulation ou de longueur. Euro est l’apocope d’Europe, tout simplement, un euro invariable, pas seulement en valeur mais aussi en orthographe (au fait, saviez-vous que les deux barres horizontales qui frappent le dessin du E sont censées être le symbole de la stabilité de la monnaie?).

Là, les avis divergent car théoriquement, selon la déclaration officielle du Conseil Européen de Madrid de 1995 qui a adopté le mot, « l’euro doit être simple et symboliser l’Europe ». En l’occurrence, Euro est invariable, ce qui se conçoit aisément par respect mutuel pour toutes les langues de l’Union, qui ne se déclinent ni ne se conjuguent de la même façon, beaucoup s’en faut…Même les Lettons et les Hongrois ont accepté que ce terme éloigné de leur vocabulaire soit traité à part dans leur langue.
En France, rien de tout cela: l’Académie et surtout l’usage qui, comme toujours, a imposé sa logique, ont admis (et répandu) le pluriel avec un « s », alors qu’on devrait écrire « dix euro » (et non dix euros); la preuve immédiate se trouve sur le billet de banque que vous avez dans la poche. A l’origine, la raison était simple: le pluriel ne se marque pas de la même façon dans tous les pays, donc restons neutre(s).

Et revoilà nos pauvres anglais, qui se retrouvent avec un « iouro » imprononçable, bien moins concernés cependant que les grecs, qui héritent d’un « evro » aussi équivoque pour eux que l’était l’écu pour un français. Car si « parler d’ecu » peut être évocateur en France, que dire de ce « iouro » anglais, immédiatement compris comme « uro », racine identique à la nôtre pour désigner tout ce qui touche l’ur-ine (urologue, urologie) ?! Plus délicat encore chez les grecs, pour lesquels « evro » peut signifier l’urine, le pire étant le pluriel de ce mot (« evra ») qui se rapporte à toutes sortes de sécrétions…

Par ailleurs, je suis sûr que certains russes n’adorent pas entendre « ouro », et que plusieurs peuples baltes sont obligés de recréer un « eira » pour pouvoir l’intégrer à leur façon de parler. C’est donc vrai, l’Europe est difficile à faire, y compris semble-t-il étymologiquement.


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