Elle a acquis une notoriété ministérielle en manifestant une (petite et tardive) visibilité médiatique à l’occasion de la longue panne ‘électrique’ qui a forcé la SNCF à déporter la gare Montparnasse dans un arrondissement voisin, dans un Austerlitz devenu Waterloo le temps d’un malencontreux week-end de départs en vacances. Hélas, le nom de la ministre n’a pas empêché quelques animateurs radio (on espère pas journalistes) d’en profiter pour en faire des tonnes -ou plutôt des kilomètres- et marquer par leurs commentaires cet incident d’une pierre blanche et d’une ignorance sans…bornes. A tort!

En effet, le patronyme de la (prenez votre respiration)  »ministre des Transports auprès du ministre de la Transition Ecologique et Solidaire (un certain Nicolas H.) » ne doit rien à ces grosses pierres dont la position a marqué, pendant des siècles, les limites d’une propriété agricole ou d’un terrain particulier, des sortes de mini-menhirs de coin de prairie qui permettaient de…borner un territoire; et ce, même si, plus tard, et sous l’impulsion ‘généreuse’ de la société Michelin, elle se sont retrouvées sous forme de cubes surélevés puis la tête peinte en rouge ou en jaune sur le bord des routes du réseau routier français en développement.

La borne d’Elizabeth peut en fait venir de deux origines très différentes, et la plus fréquente est du genre masculin, devenue populaire (et néanmoins péjorative) à la sortie du Moyen-Age, puisqu’il s’agit d’une déformation de l’adjectif…’borgne’, peut-être dans un élan politiquement correct en gommant le son initial du mot, ou tout simplement par un effet de prononciation, certaines langues régionales de l’époque arrivant mal à ‘passer’ le son -gn-.

Du coup, en essayant de s’éloigner du modèle très explicite du surnom Leborgne (lui aussi répandu), on a créé des Bornet, Bornot ou Borniol, ce dernier nom obligeant, à cause de la présence du ‘i’, à revenir à une articulation en Borgniol, vite suivi par Borgnot et Borgnet! Le plus célèbre de la famille est un homme du sud, où l’on trouve le diminutif Bourniche ou Borniche (en ‘parisien’), comme l’inspecteur de police Roger, un fonctionnaire qui avait l’oeil sur le milieu du grand banditisme des années 1950 (René la Canne, Emile Buisson), auteur d’arrestations spectaculaires et inspirateur de nombreux films…policiers (‘Flic Story’, ‘Le Gang’).

Et pourtant, au 12ème siècle, date de l’apparition des premiers ‘Borgne’ dans nos campagnes, le mot ne désignait pas un regard…éborgné (avec un seul oeil) mais un homme qui louchait, l’adjectif étant pris au sens large de ‘malade’ (l’organe) ou ‘étrange’ (le regard), ce qui pouvait être dû à toute bizarrerie, de la simple blessure ou conjonctivite au strabisme, en passant parfois par des yeux vairons (de couleur différente).

L’autre borne, moins fréquente et donc moins visible, vient du fond des âges puisqu’il s’agit de la racine celte homonyme ‘bornà’ qui évoque un trou, un grand trou même, le plus souvent une excavation dans le sol ou une crevasse si l’on est en montagne (d’où l’une des origines possibles de la station du Grand Bornand, en Haute-Savoie)…Mais quelques interprétations de l’époque romaine feront dériver le sens de creux vers celui d’une source ou d’un flot qui passe dans ce creux, d’où l’idée de rivière souterraine (ou pas), le terme s’appliquant par la suite à des localités traversées par un torrent (dans l’Ain et le Dauphiné), puis, par transfert du toponyme, à des familles Bornas, Bornel, Bornarel ou Bornu. Un peu loin de la borne de notre Elizabeth quand même; même étymologiquement.