Coup de projecteur sur un homme qui tombe à pic, le ministre du Budget Jérôme Cahuzac, qui ‘opère’ en ce moment des arbitrages dans diverses taxes; on ne peut pas mieux dire en l’occurrence, puisque le néanmoins député du Lot-et-Garonne est chirurgien de profession. Né à Talence (banlieue de Bordeaux), maire de Villeneuve-sur-Lot, son nom illustre parfaitement la provenance de la souche familiale, la Gascogne. Ne reste plus qu’à savoir quelles sont ses vraies racines, étymologiques bien sûr.

Le mot a de fortes chances d’être un ‘nom de provenance’, c’est à dire que l’ancêtre des Cahuzac (à tout le moins, celui dont Jérôme est l’un des descendants) venait d’un lieu dit…Cahuzac. Ce qui fait de ce terme un toponyme, très probablement celui d’une commune du Sud-Ouest, au sens (très) large du terme, puisqu’on trouve des communes Cahuzac aussi bien dans le Tarn, le Gers et l’Aude (les départements-souche), que dans l’Hérault, la Haute-Garonne ou les Landes, sans oublier évidemment le ci-devant Lot-et-Garonne. Tout cela fleure bon l’Occitanie, car, comme de très nombreuses villes baptisées sous influence gallo-romaine, Cahuzac se caractérise par ce suffixe en -ac, témoin linguistique d’une appellation de domaine, en général, et qui a pour fonction de désigner un lieu (Barsac, Loupiac, Fronsac, etc…sont la traduction actuelle d’une ancienne propriété gérée par un romain installé là, qu’il s’appelle, dans l’ordre, Barisius, Luppius, Frontius, etc…La règle vaut évidemment de Ribérac à Figeac, et de Pauillac à Ribérac ou Marciac, parmi des centaines d’autres.

On doit donc sans doute ce nom à un certain Cadisius, préfet local ou haut-gradé militaire récompensé par un territoire pour sa campagne de Gaule; Cadisius-ac ayant donné progressivement Cahisius pour Cahizac/Cahuzac, tout cela est très attendu…Ce qui l’est sans doute moins, c’est que pour le citoyen Cadisius, à Rome, la sonorité du (sur)nom n’est pas innocente: la seule racine à laquelle on rattache ce mot est le verbe « cadere », qui signifie, globalement, tomber. Parfois ‘mal tomber’, comme…dé-ceder (c’est le moins qu’on puisse dire), parfois bien tomber, et alors le mot qualifie un événement ou une occasion plutôt positive. Cahuzac, «l’homme qui tombe bien» (pour relever les chiffres dans les sondages?).

Il y a également une autre étymologie possible, sur laquelle se battent de doctes internautes: Cahuzac pourrait venir de la même racine que « cahuter » (rien à voir avec une ca-hutte, une mauvaise hutte). Et, si l’on dit ca-huter dans le sud, on a forcément une forme cha-huter dans le nord! (tout comme chev-al devient cav-alerie, cha-ux devient cal-caire, cha-riot devient ca-rriole, etc). L’alternance du « c » seul (avec le son k) et du « ch » (chuitant) nous rapprocherait donc de ce verbe chahuter…On ne souhaite pas un chahut à Mr Cahuzac lors d’une séance de l’Assemblée Nationale, mais savez-vous qu’à l’origine, le « cha(t)-hut » désigne les cris des…chats-huants, autrement dit des chouettes ou des choucas (dont le bruit devient vite insupportable si vous n’êtes pas né à la campagne).

Coup du sort final: à cause de cette racine, Cahuzac se retrouve alors sur la même branche que le patronyme…Cauet (oui, l’animateur de télévision), version abrégée de ‘chauet’. A vous de juger lequel des deux fait le plus de bruit au micro. C’est chouette, non?