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cluster

Avec ‘pandémie’, ’quatorzaine’, ’confinement’, ‘masque’, ‘écouvillon’ et quelques-uns encore (1), c’est l’un des mots que ce début d’année 2020 aura mis à la Une des médias, l’un des rares à avoir gardé sa nationalité anglaise. Non pas que l’époque rechigne aux tweet, data, smartphone et autre imports linguistiques, mais quelques courageux journalistes se risquent de temps en temps à traduire en un ‘foyer de contamination’ probablement trop effrayant et pourtant plus adéquat. De plus, il y avait déjà un mot idéal dans la langue française!

Commençons par le sens actuel du terme anglais qui évoque couramment…une grappe; ou plutôt un groupe (sans jeu de mots) c’est-à-dire un rassemblement de quelque chose, ce que la richesse (ou la complexité) du français va effectivement traduire selon le cas par une grappe (de raisin) mais aussi un bouquet (de fleurs), un archipel (d’îles), un amas (d’étoiles), voire, dans le vocabulaire technique moderne, une…colonne d’enceintes empilées sur la scène ou suspendues au-dessus du public pour sonoriser un concert!

A l’origine, la langue de Shakespeare avait utilisé une racine nordique dite ‘proto-germanique’ (=très ancienne) pour fabriquer son mot sur le son ‘klas’ ou ‘klus’ qui évoque une agglutination, une réunion d’éléments qui s’agglomèrent pour former un tout, d’où le premier sens de cette grappe de raisin que l’on retrouve également sur la table du suédois ‘kluster’ ou de l’islandais ‘klasi’.

Or, il semble bien que la syllabe gutturale adoptée par nos Germains des premiers siècles ait été récupérée sous influence du latin ‘claustrum’ (ou claustra, au pluriel), deux noms communs issus du verbe qui signifie ‘fermer’. Et c’est là qu’on passe du contenu au contenant si j’ose dire, car l’image est en fait celle d’unités que l’on en-ferme (dans une main, dans un lagon, dans une galaxie, etc…pour reprendre les précédents exemples)!

Du coup, ce ‘claustrum’ va donner naissance à toute une famille de mots en rapport avec l’enfermement, en évoluant de façon habituelle et très simple sur plan phonétique: pour commencer, on ne change rien et on copie directement le pluriel latin pour faire ‘claustra’, un panneau ajouré (souvent en bois) qui peut se poser dans une fenêtre ou comme séparation sous forme de palissade.

Ensuite, puisqu’on peut transformer ‘claustrum’ en ‘clostrum’ (au Moyen-Age) sans rien changer au son, et que vous connaissez bien le phénomène qui transforme un ancien ’s’ en accent circonflexe dans le français moderne, ‘clôtrum’ va commencer par donner ce qui permet de délimiter une zone avant de la fermer, la clôture.

Mieux encore, on peut aussi faire varier la forme ‘clostre’ pour en faire la clôture qui regroupe des gens particuliers dans une enceinte très particulière, un ‘cloistre’ qui va devenir…cloître pour permettre à une grappe de moines (ou de moniales) de rester enfermé(e)s. Voilà pourquoi le mot s’est restreint, sur le plan architectural, à la ‘cour intérieure’ d’un monastère ou d’un couvent (selon le sexe), dans tous les cas l’image d’un en-clos définitif (2).

Il n’empêche que le cluster qui vient de faire irruption dans le langage courant est en fait déjà présent dans de nombreux répertoires techniques car, en dehors du domaine médical désormais connu, il circule aussi bien en informatique pour qualifier des…grappes de serveurs (un réseau) qu’en géographie (des sites comparables) ou en économie (des entreprises du même secteur d’activité).

Finalement, de ‘cluster’ à claustras puis à cloître, voilà un thème sur l’enfermement paradoxalement très…ouvert. Et comment un mot évoquant un groupe a pu devenir un motif d’isolement à cause d’une ébullition virale activée au sein d’un périmètre donné. La seule solution pour stopper l’épidémie était donc bien de rester cloitré chez soi, y compris étymologiquement!

(1) Tous ces termes sont dans les chroniques récentes. Tapez un mot dans le champ de recherche en haut à droite ou cliquez sur le plus récent et descendez dans la page.


(2) La tradition populaire disait: « On entre dans un couvent, on se jette dans un cloître ». Tout est dit!


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