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Conclave, sixtine, et autres paperies

conclave

Cette semaine de mars 2013 va être fertile en pronostics de toutes sortes au sujet de l’élection du futur pape; les reportages et articles de presse vous répèteront à l’envi ce qui se passe (ou pas) dans la chapelle sixtine où se tient un conclave, précisant peut-être pour certains l’origine de ce(s) mot(s) apparu(s) sous les feux -et la fumée blanche- de l’actualité. Profitons-en pour nous soumettre à la tentation de quelques commentaires étymologiques sur des noms qui vont devenir tellement communs pendant quelques semaines.

Faut-il rappeler que tout ça est la faute de Benoit, dont la dernière lettre «motu proprio» annonçait sa démission, situation d’ailleurs unique où le signataire ne peut pas remettre la-dite démission à son supérieur; il lui reste donc l’autorité de décider de sa propre initiative («motu proprio» précisément; littéralement: de son ‘mouvement-propre’, et non pas en envoyant un mot au proprio). Bref, nous voici donc avec un énième conclave (le nombre est contesté, à cause de quelques réajustements papaux à l’époque de la Renaissance). Au passage, conclave est un mot semble-t-il définitivement adopté au milieu du 14è siècle, abréviation de l’expression «(nella camera) con clave», c’est à dire «(dans la chambre) fermée à clé», le mot ‘chambre’ devant être pris ici au sens général de pièce de séjour, pour éviter tout interprétation inappropriée.

S’enfermer à clé étant le meilleur moyen de verrouiller (aussi) l’information, une centaine de types habillés en velours rouge (je simplifie) prétendent donc ‘être ici par la volonté du pape et n’en sortir que par la force des allumettes’ (il faut bien s’occuper de la cheminée sacrée). Et quelle chambre est plus luxueuse que la Chapelle Sixtine, vaste bande dessinée suggestive pouvant servir d’inspiration (ou d’expiration, c’est selon) à tout électeur dont le regard risquerait de s’égarer vers le plafond? Sixtine, vous avez dit sixtine…adjectif uniquement féminin et à usage unique dans le monde entier (si vous arrivez à caser, lors d’un diner, que vous avez acheté des oeufs en emballage sixtin, racontez-moi tout de suite!). Sixtine signifie donc: en rapport avec le chiffre six. Mais pourquoi?

Il s’agit évidemment d’une qualification dûe à celui qui en ordonna la construction à la fin du 15è siècle, le pape Sixte IV, d’où le nom. Le brave Sixte ne verra d’ailleurs pas l’inauguration du monument, car celui qui signera la réception des travaux est Jules II, après quelques engueulades sonores avec un certain décorateur du nom de Michel-Ange (*). Mais au fait, si Sixte était IV (quatre), c’est qu’il n’était pas le seul sixième! Plus compliqué encore: il y a bien eu un jour un ‘premier’ Sixte (pape au 1er siècle après JC); pourquoi alors l’appeler ‘sixième’ (vous avez suivi?). C’est tout simplement que le mot existait bien avant à Rome, sous la forme d’un surnom, en l’occurrence ‘sextus’ (le sixième, évident), pour désigner…le sixième enfant d’une famille. Tout comme Quint (5) ou Septime (7), le tout devenant plus tard des ‘prénoms’ de baptême dans le répertoire chrétien.

Mais le mot le plus étonnant est sous doute ‘pape’ lui-même, dont on imagine bien qu’il représente une des variantes du mot ‘papa’, le titulaire concerné étant censé assumer la charge symbolique d’une autorité à laquelle a inévitablement besoin de se soumettre l’homme (et la femme). Des ‘Petit Père des Peuples’ russes (et même stalinien) aux ‘Père de la Nation’, en passant par les ‘Mère Patrie’ ou celles de l’Eglise, quand ce n’est pas de l’Armée, il faut toujours un référent qui vous prenne sous son aile (ou son voile). Papa-Maman, jusqu’au bout. On retrouve d’ailleurs la même fonction dans tous les ‘bon Berger’ et autres ‘Pasteur’ chargés de guider le troupeau des moutons et de ramener éventuellement les brebis égarées.

Or, de ‘papa’, il n’y avait pas, à l’origine; être ‘pape’ était un simple titre honorifique accordé, depuis le 3è siècle, à tous les évêques sans distinction (les fidèles avaient donc plein de papas différents, hum…), le sens étant un peu celui de ‘sage’. Mais, à partir du 9è siècle, le terme va être réservé spécifiquement au prélat de Rome, d’où le sens actuel. On notera que le mot est adaptable sous plusieurs formes, dont le très orthodoxe ‘Pope’, ou encore les Pappas ou les Pappos (grecs), et les très communs papi, papé, et autres pépé à la carrière très pépère. Petite anecdote: en grec, le mot ‘pap(p)os’ désigne également l’aigrette ou le duvet de certaines plantes dont la fleur fanée se transforme en texture cotonneuse, tout comme la barbe du menton des vieux se met à blanchir!

Pour terminer, on peut se demander d’où vient ce son de ‘pap(a)’, si commun et si spontané? Eh bien il vient du fond de la gorge, plus précisément de celle d’un bébé. Comme bébé ou maman, papa fait partie de ces mots simpl(ist)es créés à partir d’un redoublement de syllabe; physiologiquement -et mécaniquement- parlant (si l’on peut dire), le petit enfant balbutie automatiquement des sons basiques, bien avant d’avoir la maitrise de ses muscles labiaux (et les autres, n’en parlons pas). Premier ‘phonème’ commun à quasiment toute l’humanité: un murmure de ‘mmm’ (qui n’exige même pas d’ouvrir la bouche) qui deviendra la racine de tous les ‘ma-ma(n)’ possibles. Deuxième stade, plus compliqué: savoir expulser l’air entre les lèvres, d’où les ‘pa-pa’ (les hommes arrivant, pour une fois, en seconde position).

Et savez-vous qu’en latin, le mot qui va donner nos futurs ‘papa’ et ‘pape’ français est le verbe ‘pappare’, qui signifie…manger (en gros, ouvrir la bouche, quoi)! Et qu’en grec, c’est un autre verbe ‘pappazein’, qui veut dire balbutier, qui va permettre de former en ancien-français le terme ‘papeter’, puis ‘papoter’, c’est à dire, littéralement, faire du bruit avec sa bouche comme un bébé sans rien dire de très intelligible. Et papoter, cela va sans dire, n’a rien à voir avec la papauté. Encore que…

(*) Si vous le pouvez, ne ratez pas de visionner le très hollywoodien mais très explicite film «L’extase et l’agonie» (de Carol Reed, 1965), avec Rex Harrisson (Jules II) et Charlton Heston (Michel-Ange).


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