Les affaires courantes de la nouvelle Ministre chargée (entre autres) du Logement ont provoqué quelques remous, avec sa proposition de limiter l’augmentation des loyers à la relocation. Surfons donc sur la vague de l’actualité récente pour retrouver l’origine de ce patronyme qui semble si simple qu’il n’aurait pas besoin d’explication. A voir…

On suppose donc que Duflot se compose de deux mots, du-flot, et c’est effectivement le cas. Facile. La question est maintenant de trouver une logique à ce ‘flot’, puisqu’on va imaginer que les ancêtres de Cécile ne peuvent avoir hérité de ce surnom que parce qu’ils venaient d’un flot, ou des flots, ou avaient un rapport avec (de) la flotte…? Du coup, la chose parait moins évidente, puisqu’il faudrait envisager une histoire de marins, ou de ville sur les flots, ou de terre envahie par les flots; mais, là encore, on se trouve devant une multitude d’hypothèses -et de lieux possibles- qui ne devraient pas nous laisser dans un tel flou pour être crédibles.

Précisément, il ne s’agit pas ici de ‘flot’ (marin), mais bien de…’flou’, au sens picard du mot, région d’où est originaire le patronyme. Car il y a quelques siècles, entre Pas-de-Calais, Wallonie et Cambrésis, un ‘flou’ désignait un trou d’eau, une mare, en tout cas une petite réserve naturelle pouvant servir d’abreuvoir. D’accord, il y a toujours de l’eau, mais rien à voir avec les ‘flots bleus’ ou quelque ‘flotte nationale’! Voilà pourquoi ce toponyme a permis de nommer, selon les régions et les langages, des Duflos, Duflost, Duflo, Dufloo et…Duflou, histoire de parler net.
Vous trouverez parfois, dans un coin de page internet ou dans votre dictionnaire des belgicismes préféré, une allusion au ‘rossignol du flou’, autrement dit la bébête qui chante au fond du marigot, le…crapaud! Est-il encore besoin de différencier la quantité d’eau entre la mer et la mare?

Mais, puisqu’on en parle, et qu’on est tout près du bord, parlons des flots ‘de la mer’ cette fois: Le mot vient d’une très ancienne racine franco-germanique (dans une langue pré-française, dite le francique), et cette syllabe ‘flod’ évoque un groupe ou un amas…d’objets, dont le mouvement éventuel peut créer un courant, d’où la transposition aux «flots». Mais, à l’origine, l’image de base irait plutôt vers le ‘flot des véhicules sur le périphérique’, ou, plus historiquement, vers un ‘groupe de bateaux voguant dans le même courant’, ce qui va devenir une…flotte (pour ne pas dire une Armada, puisque c’est le terme espagnol de ‘flota’ qui va faire basculer définitivement le sens de ce mot germain).

Cette même racine ‘flod’ va également avoir une destinée parallèle en vieux-français (le stade après le ‘francique’), et va devenir le mot ‘flo’, adjectif aujourd’hui disparu, qui signifie fatigué, faible, et finalement…fluet (dérivé direct de flo!).
Plus fort encore: comme quasiment toujours, ce mot de ‘flo’ va écoper d’un sens figuré; on va donc passer de l’idée de ‘fatigué’ à celle de ‘languissant, flasque, mou, voire fané’, selon l’object concerné. Et donc, pour finir, ce manque d’énergie donnera le terme ‘flou’, c’est à dire pas net, littéralement: sans puissance…lumineuse. Ce qui ne saurait qualifier l’action de Mme Duflot, même étymologiquement.