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Eté

Eté

Selon un sondage indispensable à toutes les périodes de retour au travail, les français ne lui disent pas ‘merci pour ce (pas si bon) moment’; il s’agit bien sûr du bilan météorologique de la saison…estivale, autrement dit tout simplement l’été. Trois lettres qui reviennent chaque année, indispensables à la réussite obligatoire de vos vacances et dont la responsabilité de l’échec incombera sans doute un jour aux gouvernements des nations. Car un été réussi, c’est un été au soleil, et celui-ci a été  »pourri » (1); mais que savons-nous de l’étymologie de cette saison?

Rien à voir, tout d’abord, avec le participe passé du verbe être, y compris quand vous dites ‘j’ai été en vacances’ (au lieu de ‘je suis allé’!); dans ce cas il s’agit d’une forme du verbe latin originel qui signifie ‘se tenir’, ‘exister’ (être, quoi)…L’inter-saison printemps/automne vient, elle, d’un nom commun également latin, qui signifie…l’âge, soit le mot ‘aestas’, dont une autre forme de déclinaison (aestatis) va donner tout ce qui est (a)estival, justement. Dans cette évolution, il y a plusieurs phénomènes simples: on ne prononce pas le ‘a dans l’e’ (tout comme aesthetic se dit esthétique); le ‘s’ central (et final) se transforme comme d’habitude en accent aigu; et avec un ultime petit effort de contraction, on passe donc de ‘aestas’ à été.

Or, parallèlement, la même racine va évoluer de ‘aestas’ vers ‘aasge’ puis âge (le circonflexe représentant toujours l’élision du ‘s’), parmi d’autres formes médiévales qui mettront un certain temps à se stabiliser. La raison de ce doublon? C’est que le premier sens du mot latin est précisément ‘période’, ou ‘saison’, quelles qu’elles soient. Puis, La période ou La saison la plus importante (ou la plus attendue), celle des moissons (les 35 heures, à l’époque de Néron, c’est pas encore ça), donc forcément l’été, qu’on pourrait appeler «l’âge du blé», comme on dit «l’Age de pierre» (moins facile à déterminer que l’âge de Pierre, comme quoi la distribution des majuscules importe!).

L’été, c’est donc l’âge par excellence, la période de référence. Curieusement (pour ne pas faire de jaloux?), quand vous parlez d’une personne, vous dites plutôt ‘elle a quatre-vingt…printemps’, alors que l’âge peut être premier (pour le lait en poudre ou les couches), adulte (pour réprimander les ados), bel (en général, pour ne pas dire ‘déjà fané’), juste avant d’être mûr (largement flétri). Remarquez bien, l’autre forme du mot, l’été, peut lui aussi avoir plusieurs avatars: à commencer par cet été ‘indien’ qui est en fait amérindien, pour ne pas dire canadien, toujours à cause de la gaffe de Christophe Colomb qui se croyait aux Indes (le véritable été en Inde, c’est autre chose que la pluie qui inonde la tente au camping des Flots Bleus). Au rayon délicatesse, dans la zone slave, cette même période s’appelle ‘babie lato’, mot-à-mot ‘l’été de la vieille femme’ (?!), sans oublier, très souvent en Europe occidentale, l’été de la Saint-Martin, pour de simples raisons de date (non, ce n’est pas encore l’heure de mettre son demi-manteau).

D’autres pays ont fait un choix étymologique différent: si ‘l’estate’ italien est forcément cousin du français en tant que langues romanes, le monde germanique utilise la racine saxone ‘sumor’, dont on suppose qu’elle a désigné le soleil (non?!). D’où le ‘summer’ anglais évidemment, mais aussi le ‘sommer’ commun aux allemands, danois, norvégiens ou suédois. Il n’y a que les espagnols et portugais qui ont une saison de retard, en utilisant un ‘verano’ (ou verao) qui signifie…le printemps (veranum aestas: la période du printemps!), dans une langue déjà encombrée d’un ‘primavera’ équivalent à notre ‘printemps’ (le premier-temps, sous-entendu de l’année).

Ailleurs, on parlera carrément d’autre chose pour l’été, comme cette ‘belle saison’ (Kalokairi, en grec) alors que pour nous il s’agit plutôt du printemps (allez comprendre!). En fait, il n’y a pas de frontières pour parler de l’été; désormais, vous savez qu’il n’y a pas d’âge non plus. En tout cas, il faut sûrement arrêter de se plaindre après les vacances: on ne peut pas être et avoir l’été! Y compris étymologiquement.

(1) En réalité, c’est faux, il a juste été doux et humide, comme cela se produit depuis des siècles.


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