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Fabius, Delaunay et Sapin

Ministres végétaux

Strip-tease, déballage, effeuillage…On aura tout dit de la démarche à peine forcée qui oblige les ministres du gouvernement à dévoiler leur patrimoine. Les motivations en sont peut-être discutables, mais l’objet de ces chroniques étant de suivre les noms qui apparaissent à la Une de l’actualité, on ne peut éviter aujourd’hui le trio (tiercé?) de tête d’un classement qui déshabille l’avoir de nos êtres politiques. L’étymologie de leur nom réserve d’ailleurs une belle surprise, car le mot le plus judicieux qui correspond au hasard de leur fortune est précisément…effeuillage, puisqu’ils sont tous issus directement de végétaux!

Commençons donc par Laurent Fabius, patronyme ayant essentiellement fait souche dans l’est de la France (Lorraine, Alsace, Moselle), ce qui signifie qu’on en trouve également de l’autre côté de la frontière actuelle, plus spécialement sous la forme Fabarius. Il faut remonter à l’époque romaine pour trouver l’origine de ce nom ‘de famille’; en effet, les latins utilisaient un prénom + un nom de famille + un nom de lignée + (éventuellement) un surnom. Ici, il s’agit du nom de la lignée, laquelle évoque une tradition de vendeurs ou de récolteurs de…fèves. Sur le latin ‘faba’, on a créé le mot de cette graine légumineuse de la famille des faba-cées, puis celui de l’exploitant -le Fabius, donc, issu d’une famille romaine réputée- et enfin une version un peu plus allongée qui est Fabianus, clairement à l’origine du ‘prénom’ Fabian puis Fabien. D’où également les Fabiane, Fabienne, et même l’espagnole mignonne comme une ‘petite fève’, Fabiola!

On passe un cran plus haut dans la végétation pour Michèle Delaunay, puisqu’on arrive à la cîme d’un arbre, celui qui était caractéristique de la propriété ou du domaine de son propriétaire. Autrefois, il suffisait en effet d’un repère caractéristique pour désigner une maison, ‘celle au peuplier, au châtaignier ou au hêtre’. Sauf qu’ici, il s’agit d’un pluriel, avec le suffixe ‘-aie’ (transformé en -ay localement). Une roseraie, une houssaie (le houx), ou une châtaigneraie sont des lieux où l’espèce est cultivée en abondance. Nous voici alors dans une bois d’aulne (une aunaie / aunay), cet arbre des sols humides qui inspirera aussi bien Goethe (‘le Roi des Aulnes’) que Michel Tournier (idem!) dans des genres différents mais toujours avec des personnages un peu bizarres (un elfe, un ogre). Bref, l’ancêtre de Michèle habitait ou exploitait le bois de-l’aunay, d’où le formation finale. A noter que les gens du sud portent plutôt le nom occitan de l’aulne, à savoir le vergne (ou le vernhe, pour être tout à fait gascon), d’où les nombreux Delavergne et Delaverne(s)…

D’un arbre l’autre, on ne peut pas mieux tomber avec Sapin, pour lequel on peut cependant trouver parfois deux étymologies. D’abord, dans la continuité de tout ce qui vient d’être dit, une histoire de sapin, tout simplement, planté quelque part devant ou le long de la maison, et cette fois sans doute, en exemplaire unique. Il ne s’agit pas ici d’une sapineraie ou d’une sapinière (si, si, les deux existent, pour décrire une plantation, sauvage ou naturelle), mais d’un seul sapin, suffisamment visible pour qualifier celui qui habitait ‘la maison au sapin’. Aujourd’hui encore, vous trouvez sur le bord de quelques petites routes départementales des pancartes ‘Le châtaignier’ ou ‘Le Peuplier’ comme direction vers un lieu-dit qui (autrefois) permettait de repérer un résident et de lui donner un surnom.
L’autre hypothèse -moins fréquente- concerne essentiellement les gens de l’ouest du pays, avec une possible déformation de Sabin (ou Savin), nom d’un saint originaire du Poitou, et particulièrement honoré dans les régions limitrophes (de nombreuses communes du Sud-Ouest s’appellent St Savin de…). Coup du sort: si ce martyr s’appelle Sabin, c’est que son nom vient du latin ‘sabina’, qui signifie le…genévrier! Encore un nom de plante, et qui deviendra très célèbre dans le monde commercial sous sa forme provençale de ‘cade’, exploitée au début du 20è siècle par un ingénieur américain de passage dans la région, et qui en fera la marque Cadum.

Récapitulons dans un dernier clin d’oeil, d’un goût aussi contestable que ce regard indiscret sur les fortunes ministérielles: nous avons donc dans ce ‘top 3′ celui qui a mangé ou qui a tiré la fève (fabius), celle qu’on attend au coin du bois (de l’aunaie), et enfin l’arbre détesté des peintres importunés par un passant (alors, çà peint?), histoire d’éviter de sentir le sapin.


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Un commentaire au sujet de Fabius, Delaunay et Sapin

  1. Voilà une étymologie bien plantée!

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