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fief

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Difficile d’échapper à quelques lieux-communs quand la gent journalistique se met en émoi autour d’un événement: la déclaration de Manuel Valls à la candidature suprême, annoncée -que dis-je claironnée- depuis son «fief» d’Evry (Essonne), ville et département de la région parisienne dont il fut maire et député…Le mot a une connotation clairement guerrière, et suppose que le héros de l’histoire est allé se retrancher derrière ‘ses’ murailles pour déclarer Urbi (et très peu Orbi) ses intentions -en l’occurrence électorales- afin de dérouler en toute sécurité son programme et/ou son plan d’attaque. Oui, mais étymologiquement?

Notez tout d’abord que le contraire de ‘fief’ est ‘bastion’, l’endroit duquel il ne faut pas s’approcher car il est supposé être ‘aux mains’ (ou aux pieds si c’est un club de football) du concurrent ou de l’équipe adverses. Aller défier un homme politique dans son ‘bastion’ (après parachutage) est une opération à laquelle se risquent peu de prétendants, surtout si la ville ‘appartient’ au même parti depuis longtemps, là où il s’est ‘bâti’ (basti) remparts et réputation. Restons-en donc à ce fief, que l’on repère dès le 11ème siècle dans le vocabulaire d’ancien-français.

La racine est suffisamment répandue pour être revendiquée par une bonne dizaine de langues européennes, toutes s’étant emparées (dans leur fief) d’un mot de latin ‘vulgaire’ (=post époque classique) qui est ‘feudum’; ce qui explique une première forme en ‘fieu’ ou même ‘feu’ (rien à voir avec les flammes) dans notre langue…Simultanément, on repère quasiment le même son dans plusieurs dialectes germaniques (‘fehu’, puis ‘fihu’) et néerlandais (‘vee’), tous ayant en commun non pas le sens d’un château-fort dans lequel on se réfugie pour faire de la provoc à la télé, mais une idée de possession ou de richesse.

Et quelle est la richesse principale des seigneurs du Moyen-Age? Leur(s) troupe(s) quand il s’agit d’éléments humains, mais surtout leur(s)…troupeau(x) si l’on parle propriété animale! D’ailleurs, plusieurs linguistes n’hésitent pas à mettre ce ‘fieus’ (autre orthographe) en rapport avec le ‘pecus’ romain qui désigne bel et bien du bétail. Après la transformation en ‘fecus’ puis ‘feus’, on est arrivé à rajouter ‘artificiellement un ‘f’ final par analogie avec boeuf ou soif par exemple, d’où cette syllabe assez rude dans le répertoire français.

Aller dans son fief reviendrait donc à se regrouper avec (derrière?) ses congénères afin de se sentir plus fort, plutôt que de risquer une mise en péril en allant déclarer ses intentions dans un bastion hostile. Un mouton se sent-il plus fort dans son fief d’étable devant le loup? Un taureau a-t-il davantage de chances de combattre dans le fief de son arène? Manque de chance, le seul et unique autre mot que nous avons conservé (sous cette forme) de cette famille est un adjectif dérivé qui exprime un renforcement péjoratif, un entêtement ou une affirmation, le ‘fieffé’ (souvent menteur) qui n’en démord pas de ses déclarations. A bon entendeur…

** Voir aussi, en complément, le sujet sur la ‘bataille de fiefs’ (les nouvelles régions), déc.2015


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