En cette période olympique, et avant d’analyser (probablement) les nombreux patronymes de champion(ne)s qui reviendront des bords de Tamise avec une (ou des) médaille(s), coup de projecteur sur celle qui a chaperonné l’organisation de la délégation française, notre pétulante Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education Populaire et de la Vie Associative, Valérie Fourneyron. Sa médiatisation un peu plus appuyée en cette période n’a pas donné d’elle une image de ventouse de salon adepte des petits-fours…Il n’empêche que c’est là, en partie, l’étymologie de son nom (les petits-fours, pas les salons)!

En effet, le fourneyron est un terme assez répandu en zone ‘d’oïl’ (au nord de la Loire, comme on dit toujours, approximativement); de la Champagne et la Bourgogne jusqu’aux contreforts des Monts d’Arrée donc aux portes de la Bretagne, il s’agit d’un nom de métier: pendant des siècles, le mot a désigné «l’homme qui travaillait au ‘fornais’», autrement dit un boulanger.

Il est vrai qu’à l’origine, ‘fornais’ est une variante du mot ‘four’, ce qui désigne bien, depuis le Moyen-Age, non pas une cuisinière à gaz ou autre chose, mais bien un grand four, plutôt du format qui sert au pizzaïolo à griller les croûtes des galettes de pain italiennes. Autant ne pas s’approcher trop près. Le premier mot qui est entré dans la langue française ‘moderne’ est le féminin de ce ‘fornais’, ce qui nous donne évidemment la ‘fournaise’, qui représente depuis le 17è siècle le ‘four à boulange’ dans les régions de l’Est (Vosges et Bas-Rhin) jusque dans les Ardennes belges. Même sens dans les zones francophones ‘pures’, comme le Québec ou…La Réunion, où un certain piton ne laisse aucun doute sur la dimension de la Fournaise en question.

Parmi la grande famille des Fourneyron (plutôt normands, çà tombe bien Valérie est originaire de la banlieue rouennaise), on trouve également des Fournieau (dans le Nord), des Fournaux (en Pas de Calais), des Fournaud ou Fourneaud (dans la Vienne), et même des Fournau (en Pyrénées-Atlantiques).
Pas besoin de préciser aux linguistes avertis que vous êtes qu’on peut y rajouter la même racine non ‘vocalisée’, c’est à dire avec un ‘L’ à la place de la (ou des) voyelle(s) finale(s): on a donc des Fournel, Fournelles (les petits-fourneaux), et même des Fournès (du côté de la Provence). Pour certains de ces noms, on peut parfois oublier de se focaliser sur le boulanger lui-même, pour imaginer un endroit avec plusieurs fours. Comme on a peine à imaginer une batterie de boulangers pour…fournir un supermarché, il faut considérer alors que les fours en question pouvaient servir à autre chose (brûler, fondre). Parfois, il y a équivoque avec des sites de forges, tout simplement.

Encore deux petits fours, pour terminer: tout d’abord le Fournet, avec son suffixe diminutif habituel en -et. Et surtout, celui qui porter le ‘vrai’ diminutif d’un nom de métier (-ier), ce qui nous donne donc le Fournier, comme un certain Alain (oui, l’auteur du «Grand Meaulnes»). Profitons-en pour rappeler que ce n’était pas du tout son prénom: il s’appelait en fait Henri-Alban, que l’usage a contracté en Alain-Fournier, le trait d’union devenant obligatoire pour bien signaler qu’il s’agit justement d’un pseudo. Voilà un cousin (linguistique) de la Ministre, auquel on aurait pu décerner une médaille.