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Grève (des trains)

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L’époque change, l’action demeure: tout comme la précédente (novembre 2013) « grève des footballeurs », le mouvement des cheminots laisse à quai de nombreux « usagers » (terme pudique pour éviter de dire ‘clients’). Pour ceux qui auraient rejoint la troupe récemment, petit rappel sur ce droit considéré comme constitutionnel depuis la Quatrième République, dont l’objectif est ‘d’améliorer les conditions de travail ou de salaire des employés’. Faire grève, c’est toujours grave, surtout d’un point de vue étymologique.

Tout le monde connait l’histoire du mot, que l’on doit aux berges de la Seine en plein Paris, devant ce qui deviendra plus tard la place de l’Hôtel de Ville; les péniches déchargeaient autrefois leur contenu en accostant à une ‘plage’ de sable’ et de graviers, d’où le surnom de ‘place de grave(s)’ puis place de grève, c’est-à-dire exactement le sens inverse qu’on lui donne actuellement. En effet, les ouvriers à la journée avaient pris l’habitude de venir à cet endroit pour réclamer du travail (et non pas bloquer l’activité du commerce); ce n’est que progressivement que le ‘droit de coalition’, autorisé après la Révolution, se manifesta en rassemblement revendicatif, prenant au passage le nom de «grève», avec pour effet de laisser sur…le sable ceux qui n’avaient pas trouvé contrat ce jour-là.

‘Grève’ vient donc de la même racine que ‘gravier’ ou ‘gravat’, d’après le verbe latin ‘gravare’ qui signifie charger ou alourdir, ce qui se comprend aisément quand vous soulevez une brouette bien remplie pour verser dans la bétonneuse. Remarquez, les graves, ça peut aussi donner d’excellentes choses, comme la matière d’un sol idéal pour planter de la vigne et donner les fameux ‘Vins de Graves’ plutôt considérés comme assez ‘lourds’ et également issus de ceps plantés dans des cailloux.

Car quel que soit le sens dans lequel on le prend, le mot ‘grave’ a toujours du poids, comme celui du ventre d’une femme déclarée ‘gravide’ (ou gravidique) par son médecin, qui lui expliquera qu’elle est simplement enceinte et que ce n’est pas grave. Si c’est un garçon, il aura peut-être la voix grave, c’est à dire suffisamment ‘lourde’ pour rester dans le bas de la gamme, ce qui lui donnera inévitablement un air grave, même s’il est mince, puisque cette fois c’est au sens figuré que vous comprendrez ‘sérieux’. Pas question pour autant d’alourdir l’ambiance, ou de…gréver son avenir, tout comme une taxe grèverait les comptes avant peut-être d’obtenir un dé-grèvement d’impôts (ce qui allègera le bilan). Voilà bien un sujet plein de gravité (de sérieux), ce dont se fiche bien la planète qui en connait un rayon en matière de gravité, c’est à dire une masse qui génère une attraction proportionnelle à son poids (tout ça commence à devenir pesant).

Rien de graveleux là-dedans, sauf précisément l’origine du mot, en relation directe avec votre…vessie: Au 12è siècle, une maladie faisait souffrir beaucoup de monde sans qu’on sache vraiment la soigner, la gravelle, littéralement ‘la maladie du petit caillou’ (grav-elle), ce qu’on appelle aujourd’hui ‘calcul’ (ou lithiase, comme aurait dit le médecin de la dame gravide). Or, au 18è siècle, cette gravelle, qui provoque une situation gênante et surtout douloureuse au sens propre (enfin…) va prendre le sens figuré de gênant non seulement pour le corps, mais aussi pour la… conscience’. Et, à la veille du prude 19è siècle, l’idée s’appliquera forcement à ce qui est vulgaire, puis érotique, donc forcément ‘graveleux’, autrement dit : (symboliquement) trop lourd pour être supportable.

Vous pouvez trouver ça relou ou pas, c’est exactement la situation que les Romains appelaient un ‘scrupule’, mot qui désignait, avant de devenir une hésitation de honte ou de culpabilité, le petit…caillou qui se glissait entre le pied et la semelle, petite douleur agaçante qui ne vous empêche pas de marcher mais qui se rappelle à vous à chaque pas. Exactement comme les voyageurs qu’on fait descendre des trains pour marcher sur les (gros) graviers du ballast…


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