En 1962, une «fille de notaire impatiente» (traduction en anglais: Petula/impatiente + Clark/le clerc!) prétendait «aller à London pour pêcher la crevette et le petit poisson», tout en regrettant que la France et l’Angleterre n’aient pas encore fini leur pont, pour pouvoir pêcher sans s’en faire de Paris à London…Après quelques effets de Manche, ce sera donc finalement un tunnel, lequel a vu passer récemment la quasi-totalité des équipes olympiques du proche continent, sans compter tous les souteneurs/supporters qui se sont rués à Londres. Au fait, Londres? Ou l’Ondres? Ou Long-dres? Et pourquoi Londres en français, mais London en anglais? Qui le sait?

Pas grand monde effectivement, puisque l’étymologie de la capitale britannique fait toujours l’objet de piquantes polémiques, plusieurs distingués linguistes ayant, au cours des siècles, trouvé à cette ville des racines très différentes. Alors, amusons-nous un peu, nous aussi, à passer en revue toutes les hypothèses envisagées, qu’elles soient plausibles ou farfelues, car, je dis, ceci est une joyeuse chose, n’est-elle pas?

La première analyse (et peut-être la vraie!) nous vient d’un évêque d’origine…normande, qui était au service du roi de l’époque à la fin du 12è siècle. Dans un recueil d’écrits sur «l’Histoire des Rois de (Grande) Bretagne», il est fait allusion à un roi celte, Lud, sous les ordres duquel on aurait construit ou du moins structuré la ville initiale, une sorte baron Haussmann avant l’heure. En son honneur, le site prend alors le nom de ‘domaine de Lud’, soit Kaerlud, développé ensuite en Kaerlundein. Comme vous vous en doutez, la première syllabe de ce mot trop long va tomber, et le résidu ‘Lundein’ va devenir London. Logique, et surtout linguistiquement plausible. C’est par la suite que çà dérape…

A la fin du 16è siècle, un antiquaire anglais fan, lui, d’Elizabeth 1ère (forcément), propose une racine venant d’un très ancien dialecte ‘britonnique’, la syllabe ‘Lhwn’. Ne cherchez pas à prononcer, c’est anglais…enfin, gallois, puisque l’orthographe moderne de ce son est ‘Llwn’ (je vous avais prévenus). Cette racine signifie un bosquet. London serait donc formé de ‘llwn’ + ‘town’ (la ville); une fois la lettre ‘t’ devenue plus sonore et transformée en ‘d’, vous avez ‘llw(o)n-down’, autrement dit London, la ville des bosquets (?).

Un siècle plus tard, un aristocrate émet l’idée qu’en fait la véritable étymologie serait «Glynn-din», le premier terme venant du mot de vieil-irlandais (ou gallois, encore), qui signifie la vallée. Glynn-din devient donc (G)Lonn-don, c’est à dire la ville dans la vallée (où il y a les bosquets, sans doute).

A la même époque, des dignitaires israélites font remarquer que les anglais, d’après la Bible, sont en fait des descendants de la ‘tribu de Daniel’, autrement dit en hébreu (avec accent anglais), les ‘lan-dan’, les fils de Daniel. Et hop, encore un ‘lan-dan’ qui devient London, Dieu reconnaitra (ou pas) les siens…

Nous arrivons en 1821, où, en plein crise romantique, un journal de Cambridge évoque la fondation d’un Londres sous influence celtique, sous la forme d’une forteresse. Ni l’un ni l’autre des arguments n’étant idiots, on aurait donc dédié cette place-forte à la déesse (païenne) de la…Lune, ce qui nous donne donc ‘Luna-din’,la cité de la Lune, déformé en London. Lunatique, isn’t it?.

L’hypothèse tient la corde pendant quelques décennies, jusqu’à un jour de 1851, où un chercheur fait référence à un hypothétique Temple de Diane, sur les ruines duquel aurait été construite la Cathédrale St Paul. Or, in english, le temple de Diane se dit…’Temple of Diana’(sic). En voilà un qui avait le sens de la prédiction.

A peine quatre ans plus tard, un historien revient aux racines galloises du nom, persuadé qu’il vient de l’expression ‘Llyn Dain’, qu’on peut traduire par quelque chose comme ‘(la ville construite sur) les marais de la Tamise’. Pas téméraire, le monsieur…

Signalons que les ‘guides du voyageur’ de la fin de ce 19è siècle assurent, eux, que Londres tient son nom du latin ‘ (colonia) lindunum’, à savoir la…colonie fondée par Lindo, nom de personne germanique. On n’est pas sûr que ‘colonia lindo’ ait donné Londres, par contre, en inversant les racines, c’est bien la véritable étymologie de…Lin-coln! Mais faire de Londres la patrie de Lincoln, çà ne va sûrement pas faire plaisir aux anglais.

Plus fort encore: au tournant du siècle, ce sont les Belges qui revendiquent la paternité du nom (et de la cité), en arguant de leur présence ancestrale en Brittanie, une fois. Alors, forcément, Londres vient (accrochez vous) des ‘initiales’ de trois villages belges: Lime, Douvrend et Londinières…Remarquez bien: à la même époque, quelques lettrés français mettent en avant la racine (saxone) ‘lind’, qui signifie le tilleul. D’un point de vue linguistique, avec le suffixe locatif -on, cela donnerait bien Lindon/London ‘le lieu du tilleul’. Seulement voilà, les anglais, c’est plutôt du thé qu’ils mettent dans l’eau chaude, pas des infusions.

Conclusion: une fois de plus, on constate que la cause principale de toutes ces interprétations est probablement due à des questions de phonétique. Vous avez remarqué qu’on navigue entre plusieurs types de racines (le celte, le gallois, le saxon, le germain et même le latin) et donc autant d’accents et de prononciations possibles, le tout étalé sur huit siècles, chaque époque ayant eu sans doute ses propres références pour essayer de donner un sens à ce mot de Londres. Et vous croyiez que l’étymologie, c’était facile? Allons donc…