Au vu des réactions et tractations provoquées par le sujet, le gros mot de cette saison d’été va donc être «indemnité parlementaire», gros-mot mais aussi long-mot et même expression incontournable, mais tout çà, ce sont certainement des grands-mots. Indépendamment de la (peut-être) légitime inquiétude de nos élus au sujet de la transparence obligatoire sur leurs frais de fonctionnement, il est intéressant de revenir quelques intants sur l’étymologie de ces deux mots. Et, en gros, ils en disent long!

Indemnité: somme allouée en compensation d’un dommage subi (!), donne le dictionnaire, ce qui en dit déjà long sur la pénible charge des parlementaires. De fait, on parle de percevoir des indemnités pour un dégât des eaux, pour un licenciement ou pour une situation de chômage, rien que des réjouissances. D’ailleurs, dès le 15è siècle, une indemnité intervenait dans des circonstances encore plus précises (voire dramatiques): il s’agissait du droit que percevait un seigneur sur une terre ou des biens qui tombaient en ‘mainmorte’, c’est à dire laissés sans successeur. Finalement, de nos jours, on parlerait plutôt d’indemnisation que d’indemnité, histoire de bien faire la différence.
Car, soyons honnête, il y a eu immédiatement un second sens à ce mot, celui que nous connaissons et que nous pratiquons en français moderne, qui est celui d’une somme, plus ou moins iimportante, allouée pour frais de représentation, de fonctionnement, de logement ou de déplacement, tous ces termes pouvant parfois être mis au pluriel, ce qui peut alors poser problème(s) à certains…

Assez étrangement, indemnité et indemnisation se rapportent à l’adjectif…indemne, c’est à dire, littéralement, ‘celui qui est exempt de toute redevance’. Donc, si l’on y réfléchit, non seulement l’indemnisé n’a rien à payer mais, en plus, il reçoit une somme qui est censée réparer un préjudice; il serait donc de très mauvaise foi d’essayer d’illustrer cela par le comportement (passé, bien sûr) des locataires de l’Assemblée Nationale ou du Sénat (le système les concerne aussi). Et, tout comme le sens premier d’ indemnité, l’adjectif ‘indemne’ a évolué du sens de redevance à celui de dommage; quelqu’un qui sort indemne d’un accident ou d’une maladie est quelqu’un de chanceux (on ne va pas en plus le payer pour çà, non?).

Pirouette ultime: tous les mots de cette famille de privilégiés viennent d’une seule et même racine latine, le ‘domnum’, qui nous ramène à l’idée de dommage, d’abord compris comme une perte matérielle, puis comme un ‘dol’ comme disent les juristes, une souffrance (morale) qui fait partie de la même famille que ‘douleur’ et que…’doléance’. Autant dire qu’on pourrait en faire tout un cahier pour nos hommes politiques.

Le mot de ‘parlement’ est tout aussi instructif, puisqu’il s’agit à l’origine d’un nom commun, le parlement étant alors synonyme de discussion, de prise de parole, de ‘palabre’ comme on dit en Afrique. La chose n’est pas toujours très claire lors de certains débats où la parole ressemble davantage à une vocifération ou à des sifflets, mais bon…Par ailleurs (ne le répétez pas trop), les invités au parlement, puis au Parlement, sont d’abord des nobles ou des aristocrates, à tout le moins des sages ou des Grands d’un royaume; si vous voulez une image, ce serait plus proche des Chevaliers de la Table Ronde que des Combattants de l’Hémicycle.

Par la suite, le Parlement s’ouvrira aux représentants du peuple et évoluera vers une assemblée souvent houleuse, principalement sous l’impulsion des Anglais qui, dès la fin du 13è siècle, nous piquent et l’idée et le mot pour en faire la Maison du Parlement (House of Parliament) que vous connaissez.
On constate donc que, forcément, au Parlement, çà parle, çà parle, pour ne pas dire que çà parlote. Alors, en conclusion, on peut se dire que, pour faire avancer et (peut-être) résoudre ce débat sur les justificatifs de frais, il va sans doute falloir beaucoup parlementer. Reste à savoir si les députés en sortiront…indemnes.