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Infiltrés (les)

Infiltrés

Difficile de titrer un article concernant l’étymologie du français avec un mot étranger; c’est pourtant ce qui aurait dû être le cas aujourd’hui avec ces ‘infiltrés’, à la place de l’anglais ‘Undercover’, qui signifie secret ou caché (en première intention) mais qui, au 21è siècle, accompagne le plus souvent l’idée d’espion(s) ou de clandestin(s). Ce sera (malheureusement, pour beaucoup de puristes de la langue et peut-être l’avenir de quelques élus politiques) le cas d’un prochain programme de la chaine TNT (et câble) ‘D8′…

En effet, c’est officiel: il est question de diffuser un programme (« Politiques Undercover ») qui fait polémique avant même sa diffusion, dans lequel des hommes et femmes politiques se ‘déguisent’ pour…infiltrer la société des ‘vraies gens’, histoire de ressentir ce que vivent ces Français dont ils et elles savent si bien dire ce  »qu’ils veulent » (en général sans le faire). A l’instar des ‘Agents Troubles au Québec’, sous-titre du film de Martin Scorsese ( »Les Infiltrés », 2006), voilà donc un beau piège (entre autres) étymologique, qui nous réserve quelques surprises. Où il est question de poussières, d’urine et de chapeaux de mafieux.

Pas beaucoup de commentaires sur le terme anglais, si ce n’est pour remarquer qu’il ‘fonctionne’ aussi bien au sens propre que figuré: si certains de nos audacieux élus testent la fabrication des matelas et oreillers, ils seront bien contents d’être ‘sous la couverture’; s’ils jouent au contrôleur-qualité dans un supermarché, ils auront bien besoin de cette fausse identité comme ‘couverture’. Vous avez vu? Le mot marche aussi bien en français qu’en anglais, ce qui signifie peut-être que, dans les deux cas, il y avait quelque chose à cacher. Ou peut-être même à isoler; pour pas dire à ‘défiltrer’!

Car, pour s’en tenir à l’une des traductions possibles de ce mot, dans  »infiltrés », il y a le préfixe ‘in-’ (ou im-, devant m,b,p) + une histoire de filtre (n’est-ce pas fort de…café?). Le-dit préfixe, qui marque souvent une négation, un contraire, ou un empêchement (in-connu, in-dicible, im-possible, im-muable, etc) est ici exactement inverse: il accentue l’in-trusion de l’action dans la racine qui suit: in-filtré(s) signifie donc qui passe par le filtre, ou qui traverse le filtre. Exemple: quand vous tirez sur la cigarette, la nicotine infiltre -forcément- vos poumons, que vous ayez ou non le symbolique bout en papier, lui-même par ailleurs chargé en substances diverses (mais l’information n’a pas filtré auprès de tout le monde).

Bon, quand il s’agit d’une virée de reconnaissance de James Bond chez le Méchant, ou des flics de la Brigade des Stups dans la Mafia, il faut passer par le tamis des différents dealers pour arriver au boss, d’où l’image d’un parcours d’obstacles, de sélection, de tri afin d’arrêter les intrus et laisser passer qui de droit…Idem pour les fameux  »Incorruptibles » des années 30, obligés -eux aussi- de se déguiser pour approcher Al Capone. Or, étymologiquement, ce sont eux qui sont les seuls et véritables ‘infiltrés’, car, l’auriez-vous deviné, le mot ‘filtre’ est une forme parallèle de…feutre (pas besoin d’image, je suppose).

En effet, les premiers filtres (ou feultres en vieux-français, ce qui vous semblera moins étrange comme cousinage) datent du 12ème siècle. A cette époque, rien à voir évidemment avec le Nespresso de George; il s’agissait en fait d’utiliser un tissu épais, le plus compact possible, pour apurer de la terre, des gaz, ou même du charbon (époque romaine!)…Au milieu du 16ème siècle, un certain Ambroise Paré, médecin -entre autres- de son état, utilise ce même principe pour filtrer les ‘humeurs’ du corps humain (en général cadavérique) à travers une étoffe de mieux en mieux tissée. Et voilà comment, un jour, resurgit l’idée de ce filtre sous forme d’un cône de papier (désormais gaufré) chargé de faire passer dans votre tasse de l’eau chaude à travers une décoction de grains de café broyés (ou du jus de feuilles sèches à travers de la gaze, si vous habitez Londres).

Impossible de ne pas terminer en signalant l’homonyme de filtre, qui est bien sûr ‘philtre’, deux mots d’ailleurs longtemps confondus voire assimilés pendant le Moyen-Age; à tort car, pour une fois, l’orthographe les distingue et les sépare: ce philtre-là n’avait pas besoin de filtre pour agir, puisqu’en fait le terme dérive, de façon un peu compliquée et assez inattendue, du verbe grec ‘philein’, qui veut dire…aimer (voir tous les quelque chose-philes que vous pouvez imaginer). Voilà pourquoi cette étymologie quelque peu magique a donné à la chose le sens de breuvage d’amour (sans filtre, ni additifs, ni conservateurs, juste quelques colorants parfois)!

Je ne sais pas si le philtre médiatique agira sur les futurs téléspectateurs, ni si ces derniers sauront passer le thème de l’émission au filtre de l’humour (ou de la pitié, c’est selon) à l’égard des participants qui iront jouer les espions dans tel ou tel milieu, ou les clandestins (!) dans tel autre. Mais il y aura sûrement quelques journalistes qui, avec une bonne couverture, sauront eux aussi s’infiltrer sur les tournages; y compris étymologiquement.


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