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La Rochelle (17)

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Il y a longtemps qu’il n’a pas été question dans ces colonnes de toponyme, d’un nom de lieu, et donc, entre autres, d’une ville. Or, un internaute téléspectateur attentif me fait remarquer qu’il va beaucoup être question, le week-end prochain, de la ville de La Rochelle, lieu de rencontre d’universitaires intermittents nonobstant politiciens permanents, puisque la rentrée des ‘ténors’ (et probablement aussi quelques sopranos) du Parti Socialiste aura lieu, comme chaque année, du côté du Port des Minimes. Parlons-en tout de suite, vous saurez tout pour la fin de semaine.

La Rochelle, si vous n’y aviez jamais porté attention, est bien le nom du site d’un très ancien village de pêcheurs (10è siècle), installé sur un promontoire rocheux au milieu des marais (A l’époque, il y avait même une zone surnommée « le cloaque puant ») ; rien d’étonnant à cela, l’un des premiers réflexes des peuples, avant de détacher la caravane pour s’installer quelque part, était de vérifier – à défaut d’autres protections – qu’on pouvait au moins surveiller l’horizon et voir arriver les ennemis éventuels; il fallait donc trouver un endroit haut perché, car le citoyen Vauban ne naîtra que dans quelques siècles.

Puisque étymologie sous roche il y a, on s’inspire donc du mot latin qui désigne le (gros) caillou en question, à savoir « rupes ». Un rupes, pour un latin, cela évoque une grande paroi de roche (la preuve: les peintures préhistoriques sur la pierre des cavernes, cela s’appelle des peintures rupes-tres!). Mais ici, comme il s’agit ici d’une hauteur plus modeste, on va utiliser le diminutif du mot, « rupella », la petite roche, et le tour est joué. Rupella est d’ailleurs l’appellation initiale de la cité, comme en témoigne sur place une foule de commerces et entreprises soucieux d’authenticité historique.

Or, comme pour beaucoup d’autres mots, il existe souvent un second terme, créé plus tardivement, sous l’influence d’autres langues venues se mélanger avec le latin dit ‘classique’ au début de l’ère chrétienne. A cause des Germains, ce latin plus ‘décadent’ va utiliser le mot ‘rocca’. Et voilà comment le coin de la petite roche est devenue la rochelle. (On aurait tout aussi bien pu avoir le terme ‘rochette’, forme de diminutif plus habituel, mais ce dernier terme va servir, lui, à désigner une fortification bâtie sur un rocher; les trois vocables vont donc cohabiter quelques temps: Rupella, La Rochelle, rochette.

Pour le nom de la ville proprement dit, c’est entre les 10è et 13è siècles que le mot va évoluer ainsi, passant du latin au vieux-français: rocella > roscella > rochella > rochelle, puis La Rochelle, ainsi qu’on l’appellera dès l’époque d’Aliénor d’Aquitaine.

De fait, on peut maintenant jouer avec toutes les variantes de cette idée de rocher ou de roche, en y ajoutant un adjectif ou une caractéristique, avant ou après la racine, et on va pouvoir créer des centaines de toponymes…A commencer -justement- par la voisine fortifiée, Roche-Fort; on trouvera aussi partout en France des Rochechouart (place forte de Chouart, francisation du latin Cavardus, nom de personne), des Rochebernard (autre nom de propriétaire), des Rochebrune (pierre noire), des Rochetaillée ou Rochetaillade (avec des pierres taillées), etc.

Tous ces noms existent évidemment en version ‘langue d’oc’ (racine rocca), pour faire des Roque, La Roque (de ceci ou de cela), Roquebrune (avec un cap ou pas), Roquetaillade, Roquebert, Roquevert, Roquecave (rocher creux), ou Roquefort (comme celle de Charente-Maritime, mais avec les trous -dans la pierre- pour le fromage)…Sans parler des Rocca, Roccaserra, et autres Roccabianca corses, qui ont conservé la racine latine telle quelle.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire en passant du côté du port maritime au nord de la ville, le fameux ‘Monsieur de la Palice’ (ou plutôt de la Palisse) n’est pas d’origine charentaise mais bourbonnaise: il était seigneur de…La Palisse, village situé au nord-est de Vichy! Il s’appelle donc en réalité Jacques de Chabannes, et c’était un maréchal des armées de François 1er. Notre pauvre Jacques a été tué à la bataille de Pavie (toujours aucun rapport avec La Rochelle), ce qui lui a valu une postérité bien connue mais usurpée, puisque la tradition a perpétué une erreur de gravure sur sa pierre tombale; il était écrit: « Ci-gît le Seigneur de la Palice / S’il n’était mort, il ferait encore envie ». Or, dans le second vers, « ferait » a été gravé (déformé? abîmé?) en ‘serait’, faisant dire à des générations que s’il n’était pas mort, il s-erait encore en-vie, point de départ de pléonasmes et autres tautologies réjouissantes mais tout à fait infondées. Mais, pour autant, pas de quoi lui jeter la pierre (de la Rochelle)…


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