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Lampedusa

Lampedusa

«Porte de l’Europe pour certains, porte de l’Enfer pour d’autres», le cliché court depuis plusieurs semaines sur tous les journaux et toutes les ondes, et il concerne évidemment cette île italienne des côtes…tunisiennes, théâtre régulier et récurrent d’immigrations se déroulant dans des conditions parfois dramatiques. Contrairement à ce que l’on imagine à travers les reportages du journal télévisé, Lampedusa n’est donc pas ‘l’île européenne la plus proche du continent’ (c’est Malte), mais c’est devenu, dans le tourbillon de l’actualité, l’une des villes (la seule de l’île, qui lui a donné son nom) inconnues hier et tristement célèbre aujourd’hui. On vous en parle, mais on ne vous l’explique pas; donc, essayons ensemble…

C’est donc l’une des trois ‘L’ de ce qu’on appelle l’Archipel des Iles Pélagiques, adjectif qui signifie en grec ‘la haute mer’, donc ici cela désigne trois îles qui sont loin de la côte: Lampedusa, Lampione et Linosa. Rien d’étonnant à cette appellation: toute l’étymologie de notre toponyme va tourner autour de termes grecs, l’endroit étant connu -et largement fréquenté, déjà pour ses plages remarquables- au temps des géographes et historiens grecs, autour de la naissance du Christ (1ers siècles avant et après).

Le seul problème, c’est que, comme pour les frontières de l’Europe, l’étymologie du coin est un chouïa poreuse, et l’on se bat encore, entre deux accostages clandestins, pour savoir quel est le vrai sens du mot. Parce que, avant la tourmente des naufrages, Lampedusa a failli sombrer dans l’accumulation des noms, chaque siècle ayant sa propre orthographe ou presque; jugez plutôt: Lapadosa, Lapadoussa, Lopadusa (pour le début de carrière); puis Lapedosa, Lipidusa, Lambedusa, Léopadusa, Lampedola, Lepadula (avant le Moyen-Age), et enfin Lampido, Lampas et enfin Lampadous, racine de la version moderne et semble-t-il définitive!

Belle leçon de phonétique (quand on vous dit qu’il ne faut pas s’attacher à l’orthographe à tout prix!): toutes ces variantes, finalement voisines, sont dues aux peuples dont la présence ou l’influence se sont succedées sur ces îles, et tout ça sur une seule racine, celle du mot grec ‘lepas’, qui veut dire le rocher…Seul inconvénient, sur cette pierre on va bâtir plusieurs interprétations, qui vont finir par s’éloigner les unes des autres. En clair, et chronologiquement:

Premier sens de ‘rocher’ ou ‘roc’, on va rapidement trouver logique que l’île, essentiellement pierreuse, ait pu être surnommée ‘la terre des rochers’. Elémentaire, mon cher Watson. ‘Lepas’ va alors donner l’adjectif ‘lepaïos’ (rocheux), puis ‘lapedous’ (la petite roche, autant dire…la rochelle!), et enfin ‘lapedusa’ ou Lampedusa en italien. On est même allé jusqu’à affirmer que c’était ‘l’île du volcan’ (sacré gros rocher!); manque de chance, sur les trois îles de l’archipel, Lampedusa est la seule surface à ne pas avoir de sol volcanique. Donc, on en reste à la pierre sédimentaire, sur terre ou dans la mer.

Or, dans la mer, il y a des coquillages, et parmi eux des mollusques monovalves qui s’accrochent sur les rochers, des sortes de mini-coquilles St-Jacques qui vont prendre le nom de ‘huitres des rochers’, autrement ‘lépadoï’, toujours sur la même racine (et sans ventouse).

Et maintenant, second sens, d’après un autre mot -grec toujours- qui est ‘lampas’, et qui évoque une flamme, et plus spécialement celle d’une torche, ou d’un feu de signalisation. Les historiens s’appuient sur le fait que les feux côtiers étaient, évidemment, la seule façon de guider les navires à l’époque. En grec, ce ‘lampas’ va être utilisé aussi bien pour qualifier une retraite aux flambeaux qu’un fagot de bois allumé dans un foyer. On peut éventuellement envisager que ce fanal avant l’heure ait pu donner son nom à «l’île dont la côte est signalée par des feux», lampa-dosa, puis Lampedusa.

Pour conclure, essayons de rester dans l’étymologie pure, entre une histoire de rochers ou de repères lumineux côtiers. Mais, une fois de plus, il faut bien avouer qu’on peut aussi bien comprendre avec Lampedusa que des lumières dans la nuit peuvent attirer les barques à la dérive des immigrants sur les rochers de l’Europe…


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