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Ligne rouge, jaune, blanche…

Lignes

C’est tel suspect qui insulte la Cour au risque de ‘dépasser la ligne rouge’; c’est tel homme politique qui fait semblant de croire qu’il n’est pas enregistré et fait des déclarations ‘à la limite de la ligne rouge’; et même la météo qui provoque dans les rivières des crues ‘au…bord de la ligne rouge’! On se demande un peu d’où sort ce repère, manifestement symbolique, qui a l’air de définir un degré de risque ou une marque qu’il ne faut pas dépasser. Ne serait-ce pas la décoloration d’une plus ancienne ligne?

Car, de ‘Ligne Rouge’ (‘La Mince Ligne Rouge’ en v.o québecoise), je ne connais que le titre du film du réalisateur américain Terence Malik, une histoire de guerre dont la notoriété ne semble pas pouvoir permettre une telle irruption dans la langue française…

…et même étrangère, car, si on connait également une ‘Red Line’ dans les pays anglo-saxons, c’est souvent un équivalent (moins dramatique) de la ‘Green Line’, une ‘Ligne Verte’ devenue elle aussi un film (à succès) dans le lequel Tom Hanks (le gardien-chef) et surtout le colossal acteur noir Michaël Clarke Duncan (le détenu au pouvoir mystique) unissaient leurs efforts pour éviter d’entrer dans le bloc du couloir de la mort vers la chaise électrique.

Il me reste aussi une ‘ligne bleue’, celle, poétiquement optimiste, des Vosges ‘françaises’ pendant la guerre de 1870, sur laquelle les soldats devaient fixer leur regard en pensée avec leurs compatriotes restés de l’autre côté en territoire alsacien devenu allemand, une ligne imaginaire aussi inutile que la future ligne Maginot des années trente (1) mais repère intéressant pour orienter la tombe de quelque idéaliste (2), en expiation de la tuerie de 1918. Il parait que cette couleur pâle n’est pas due à la nuit qui tombe à l’horizon de Belfort mais à la très scientifique sécrétion d’aérosols expulsés des feuilles de certaines essences d’arbres (conifères)…

Enfin, dans mon nuancier virtuel, j’ai encore la très fréquente ‘ligne jaune’, la plus probable sans doute à l’origine, qui serpente sur les routes de France depuis la nuit des temps (de circulation), toute première signalisation horizontale destinée à un marquage capital sur le bitume, celui de la portion de voie qu’il ne faut pas dépasser. Continue, discontinue ou parallèle, centrale ou latérale, choisie -comme la couleur des phares des automobiles- en raison de son taux de lisibilité dans le noir (et à tort), elle a valu au pays des milliers de morts à cause de conducteurs endormis au volant ou ne respectant pas le type de continuité lors de dépassements, en attendant la Convention internationale de Vienne en 1968, qui uniformisera les routes et les phares européens (disons, les Français à la traine) du jaune vers le blanc.

Or, curieusement, si cette ligne blanche va bien faire ses preuves sur la chaussée, elle aura davantage de mal à adhérer au vocabulaire commun, puisque, récemment encore, un homme politique invité d’une émission de télévision considérait «la situation des étrangers à Calais (comme) au-delà de la ligne jaune acceptable», ce qui, officiellement, n’est plus possible sur les routes françaises depuis 1972.

A l’époque, la couleur de ce tracé avait dû suffisamment traumatiser les automobilistes pour qu’ils en fassent, plus ou moins consciemment, un repère aussi intouchable que le feu…rouge dans tout le Code la route.

(1) Ou, en version allemande, le Mur de l’Atlantique, peu efficace lors d’un débarquement en Normandie.

(2) Supplique du sénateur Jules Ferry pour être enterré sur la butte de St Dié, face aux montagnes


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