C’est l’un des (rares) nouveaux visages du gouvernement Valls II, et sans doute le plus remarqué par la presse politique: l’ex-secrétaire général adjoint de l’Elysée devient donc Ministre de l’Economie (sans les Finances), et il a immédiatement suscité de nombreuses questions sur ce site au sujet de l’étymologie de son nom. Quelques-unes de vos suggestions spontanées: est-ce un «gros plan» (macro) de photographie? Ou la déformation d’un ancêtre fabriquant de mac(a)rons? Gentil, mais un peu facile.

En effet, comme signalé à plusieurs reprises dans ces chroniques, il faut à tout patronyme une origine qui soit certes ‘étymo’, mais également ‘logique’. Bien sûr, les deux hypothèses citées pourraient éventuellement être une déformation due à une prononciation locale particulière. Mais ni ‘macro’, ni ‘macaron’ ne pourraient justifier la création d’un nom propre: le premier n’est qu’un adjectif grec, qui signifie certes (très) grand ou gros (le contraire de micron), mais que nous n’utilisons -dans le langage courant- qu’en composition avec un autre mot; dès lors, se pose la question de savoir ce qui aurait été désigné par ce mot dans son évolution; les gens ‘grands’ sont des Grand ou des Legrand, tout simplement; les ‘gros’, les Gros ou des Legros.

Le macaron, lui, est trop spécifique pour avoir donné naissance à un surnom, surtout déjà utilisé sous la forme…’macarone’ (macaroni) dans sa langue d’origine, l’italien, pour désigner une quenelle (d’où la forme des pâtes). Le gâteau aurait été importé par Catherine de Médicis, à l’époque où le ‘maccherone’ évoquait également une sorte de soupe au fromage, la provenance de la version double-meringue collée étant très controversée…

Quoi qu’il en soit, les Macron français apparaissent au 16è siècle sous la forme ‘non-contractée’ de Macqueron ou Maqueron, principalement dans le quart nord-est du pays. En fait, la racine initiale descend des Flandres, d’après un verbe néerlandais du Moyen-Age qui est en ‘maken’. A une lettre près, vous avez deviné la version saxonne du mot, qui deviendra (to) make en Angleterre, qui signifie donc ‘faire’…Le sens premier est même plus précis que cela: en flamand, il s’agit spécifiquement de ‘faire un contrat’, ce qui définira le ‘makelaere’ -celui qui fait le contrat- comme le métier de négociateur ou de courtier (franchement, pour être ministre de l’Economie, on ne peut pas faire mieux!).

Il faut pourtant rajouter, comme cousin des Maqueron, ceux qui feront des affaires, de façon plus générale ou très particulière, les Maquerel et les Maquereau, dont on trouve quelques (rares) exemplaires de Macrel et Macreau, ainsi que des Macret et Macrez. Comme quoi, la phonétique, encore une fois, tient peu compte d’une orthographe sur laquelle il ne faut pas toujours se polariser.

Je suis sûr que vous vous demandez ce qui a valu son nom au poisson…Les eaux sont un peu troubles en la matière, mais il se peut que le verbe originel ‘maken’, au sens de faire, ait dérivé vers celui de ‘faire une action (violente)’, donc taper, faire une marque sur quelque chose (frapper du métal par exemple, puis frapper quelqu’un); les biologistes ont retenu ce détail pour qualifier le poisson qui a des marques sur le dos (des taches brunes ou noires). Mais pas de quoi en faire une certitude. Du moins étymologiquement.