Evénement au Québec: malgré l’intervention d’un déséquilibré qui a quelque peu détourné l’attention des media, le fait de la semaine francophone est bien l’élection de Pauline Marois, le chef du parti «indépendantiste» québécois. A cause du résultat du scrutin en tant que tel bien sûr (le retour au pouvoir d’une représentante affirmée de l’identité francophone); mais surtout en raison des connotations linguistiques constatées à cette occasion.

Car avant de parler de l’étymologie proprement dite du patronyme de Pauline, remarquons à quel point la presse renâcle encore à mettre au féminin certaines fonctions: la dame a en effet été élue « Premier Ministre » du Québec, comme on l’a entendu en France; alors que le Canada ne rechigne plus à dire « LA PremièrE Ministre », évidemment plus logique. Souvenez-vous vous qu’il n’y a pas si longtemps, on continua longtemps à qualifier les dames (sous le premier gouvernement Chirac) de « Madame LE Ministre », avant de mettre enfin l’article au féminin, au bout de quelques années quand même! Visiblement, le poste du Premier d’entre eux (elles) n’est pas encore assez courant. A quand Madame LE Président, puis LA Présidente de la République Française?

Mais ne nous embourbons pas dans de vaines scléroses. C’est le mot, car le nom Marois -forcément de provenance française- est tout simplement une variante régionale du bien connu Marais, que ce soit pour le musicien Marin ou l’acteur Jean. Le mot n’est pas exclusif à une seule zone, mais a davantage fait souche au-dessus de la Loire, depuis l’Anjou et la Touraine jusqu’au bout de la Normandie (par ailleurs lieu de naissance de Jean Marais, Cherbourg). On trouve également la forme Maroix un peu plus au sud, en Dordogne, avec une terminaison en ‘x’ (ou -oix, ici) que l’on constate dans beaucoup d’écrits limousins (toutes les communes se terminant par -eix, par exemple).

Ce qui est intéressant ici, c’est l’illustration limpide du principe phonétique qui guide la plupart de nos patronymes: Marais en ‘français du nord’ (le futur parisien officiel); Marois plus au sud. L’une et l’autre de ces variantes se sont distinguées à cause de la prononciation. Or, au temps de François 1er, qui lança les premières expéditions vers le St Laurent et dont date peut-être la traversée d’un Marois outre-atlantique, on disait « Marouais » à la Cour, tout comme on disait « Françouais » pour désigner le roi. On constate alors dans ce mot la présence des deux diphtongues qui vont survivre et évoluer séparément: tout comme le ‘françouais’ donnera à la fois ‘français’ et ‘François’, Marouais va donner ‘Marois’ ou ‘Marais’ en fonction de la provenance de son porteur.

Mais puisque qu’il est fait allusion à un Marais qui se prénommait Marin (le génial maitre de musique du film ‘Tous les Matins du Monde’), terminons en rendant hommage à un autre Marin (Christian), Chevalier du Ciel et Gendarme de St-Tropez récemment disparu. Pour lui, aucune équivoque, il s’agissait bien d’une histoire de mer, ou de matelot.

PS/ pas besoin évidemment d’attirer votre attention sur la photo d’illustration et les qualités d’ortografe de la personne (française!) responsable des titres de fichiers chez certains administrateurs de sites…