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Mélenchon (Jean-Luc)

Mélenchon

Morne fin de semaine étymologique, qui donne la vedette à un passager d’Air France poursuivi (sans raison) par une meute de caméras au sujet d’une affaire de taches réelles, et à un ex-président de la République poursuivi (avec raison?) par deux juges au sujet d’une affaire de tâcherons fictifs…bref, personne dont il n’a pas déjà été question dans ces chroniques (1).

Heureusement, un nouvel amoureux de la langue française s’est manifesté lors d’une émission télévisée, pendant laquelle on demandait à Jean-Luc Mélenchon ce qu’il ferait comme sport s’il était élu président. Ce à quoi il répondit qu’il se contenterait de jardiner dans les jardins de l’Elysée, allant jusqu’à « …planter un petit bouquet de bambous, dont je suis assez raffolé. » (Canal +, samedi 3 septembre, 19h45). En voilà une expression raffolante! Renseignement pris (on ne sait jamais), raffoler est bien un verbe transitif indirect, on ne peut donc que raffoler de quelque chose. Mais, bambou pour bambou, cela valait bien la peine que je m’attelasse (du verbe atteler, rien à voir avec le sommier) à l’origine de ce nom.

Le mélenchon -le nom commun- n’est d’ailleurs pas très clair, au contraire des positions politiques de notre natif de Tanger. Il n’empêche, le mot est vraiment de souche très parisienne, en tous cas de la grande région.

Première constatation, il s’agit d’un diminutif; en effet, avec « -et » ou « -eau », la terminaison « -on » est utilisée pour désigner le petit de quelqu’un ou de quelque chose. Quelques exemples: un garçon (un petit gars), un baluchon (un petit ballot), un capuchon (une petite capuche), un quignon (un petit quoin/coin de pain). Même chose chez les animaux: un ânon, un autruchon, un bichon (petite biche, pas le chien (2), etc…

Deuxième étape: on a donc une racine initiale « mélench- », ou peut-être « mélenss- », et c’est là que les opinions divergent. Les plus doctes des étymologistes y voient une variante du mot grec « mélas », qui signifie noir (comme dans Mélanie, ou la mélasse, c’est à dire le miel noir, littéralement). Le fait que l’on passe du « a » au « e » central n’a pas beaucoup d’importance, mélenchon, mélanchon, voire mélansson étant des formes proches. Seul problème: à part le surnom de gens aux cheveux noirs, que vient faire cette couleur dans l’histoire? Par ailleurs, le procédé n’est pas très fréquent dans ce contexte. Et puis, cela nous ferait davantage Mélachon que Mélenchon…

D’autres chercheurs, plus réalistes sans doute en fonction de la région d’origine de la famille, rattachent le mot à la forme mélensson/mélenchon, possibles aphérèses (3) de…Amélenchon. Dans ce cas, on se retrouve avec une version francisée d’un mot germanique (logique, par rapport à la région parisienne) qui est « a-mal », ce qui donnera plus tard des Amel, Amelin (pas Hamelin), Amalric, Amaubert, etc. Cette racine, que l’on trouve fréquemment chez les Goths (avant le 10è siècle!), évoque quelqu’un de travailleur, de laborieux (dans le bon sens du terme), bref, quelqu’un qui réfléchit et qui s’investit dans l’action.

Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a aucun rapport avec le « mélangeons », forme du verbe mélanger, lui-même issu du verbe mêler; je ne dis pas que, parfois, Jean-Luc n’emmêle pas ses interlocuteurs, mais bon…

Etymologiquement parlant, ce qui serait plus sûr, et en tous cas plus intéressant, ce serait de parier sur la seconde hypothèse, car si je ne me trompe, le travail et l’action, dans le cerveau, c’est le rôle du…front (de) gauche, non?

(1) tapez le nom concerné dans la rubrique « recherche » en haut de la page…
(2) le nom du chien vient du fait qu’à l’origine, il porte un (bar)bichon!
(3) Petit rappel, il s’agit d’un phénomène linguistique qui provoque la chute de la première lettre du mot (ou de la première syllabe, selon les situations).


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10 commentaires au sujet de Mélenchon (Jean-Luc)

  1. J’ai une autre piste à vous proposer : au XIXè_ siècle, à Mâcon (Saône-et-Loire) un melinchon était un « commis de nouveautés », un « calicot », un « gommeux ». Il serait intéressant de chercher du côté de l’argot des grands magasins parisiens.
    Merci de me tenir au courant.

  2. Bonjour, et merci de votre message.

    C’est une information intéressante, que je peux difficilement commenter, car, pour tous les termes locaux (dialectes ou patois), ou, comme ici, issus d’un jargon professionnel, il est souvent difficile de remonter à la source.
    Ce qui est sûr, c’est que votre suggestion vient ajouter une définition supplémentaire, probablement sans rapport avec la famille de Jean-Luc; mais, sait-on jamais, je n’ai pas non plus la généalogie de sa famille (un mélenchon mâconnais peut très bien avoir émigré en Afrique du Nord au début du 19è siècle, et avoir fait souche là-bas, avant le « retour » d’une génération plus récente…
    Se pourrait-il que l’idée du ‘gommeux’ puisse se rapprocher (dans le sens) avec celui qui travaille?
    Le seul terme local approchant que je connaisse concerne les trufficulteurs du Périgord, qui recherchent le champignon ‘noir’ (cf la couleur mélasse, dans la chronique) et que l’on appelait parfois les Mélanon.
    En tous cas, l’anecdote enrichit le sujet, et va peut-être susciter d’autres réactions.

    Merci pour cela, et pour votre fidélité attentive.
    Cordialement, Dominique

  3. son grand père espagnol s’appelait melisson ou un truc comme ça du nom de son village en espagne et l’a « francisé » quand il a reçu la nationalité française, car en algérie, tous les espagnols devenaient français..
    cherchez sur google et vous trouverez

  4. erreur, c’est belinchon -nom de village en castille

  5. Bonjour, et merci de vos précisions.
    Deux choses, pour répondre à vos remarques judicieuses:
    1/ Beaucoup de noms, au cours de l’Histoire, ont été francisés, soit pour des raisons « d’anonymat » (les familles juives allemandes fuyant le Reich) et ont pris des allures de patronymes ‘bien français’. Soit pour des raisons de ‘colonisation » et donc de régularisation au moment d’une naturalisation, comme le cas des espagnols que vous évoquez.
    2/ Le but de la chronique était -mais je n’ai peut-être pas eu toute la place nécessaire pour un plus long développement- de partir de ce ‘Mélenchon’, dans l’actualité ce jour-là, et de présenter les différentes hypothèses du nom.

    Le cas personnel de Jean-Luc est bien celui d’une francisation ‘sonore’, pus ou moins réussie (de Mélisson à Mélenchon…); quant aux Bélinchon (prononcez bélinechone) du sud de l’Espagne, ils n’ont pas été déformés en Mélenchon, mais ont été enregistrés tels quels dans l’Etat-Civil français. Le mot est en rapport avec un toponyme marqué par une rivière et/ou un village castillans, comme vous le soulignez. Des personnes originaires de la région m’ont confirmé qu’il pourrait s’agit en fait d’un déminutif (-chon) de ‘bélis’ (belin, en ancien-français), qui désigne le mouton. Donc un site marqué par des troupeaux (venant à la rivière?) ou en pâturage dans le lieu…

  6. Bien reçu votre réponse, merci. Je tiens à persister dans mon affirmation selon laquelle, il y a zéro « mélanchon » d’origine française dans le monde , on peut toujours découper des noms étrangers modifiés pour s’amuser à en extraire quelque vieux mots moyenâgeux, c’est très facile, mais non probant.
    Lisez l’article suivant
    http://www.atlantico.fr/decryptage/politique-insidcretions-jean-luc-melenchon-jean-louis-beaucarnot-211604.html
    et vous en saurez autant que moi.
    Dans un autre domaine, j’ai cherché un jour des commentaires sur le nom du journaliste Leymergie, et j’ai trouvé des explications parfaitement farfelues, on y expliquait une modification de « immergé » et autres farandoles. Or ce nom est également une francisation – à l’origine, c’était « el mergy » comme on dit « el kabach ».
    mergy étant une mauvaise prononciation de Mersi -habitant du port (mers = port en arabe) vous devez savoir que les juifs d’AFN étaient arabophones avant notre arrivée, et qu’il y a certains mots qu’ils ne peuvent prononcer, comme « Simon » par exemple qu’ils prononçaient « seymoun » ou « chmihoun » (au féminin « chmiha ») – -le H, tonique fortement prononcé. Idem pour Léon prononcé « liahou » – la voyelle « on » n’existe pas en arabe, et prononce « ou ». idem pour le P, prononcé B . (au Maroc, les remorques Poclain portaient le nom français d’un côté et ‘Bouclen’ en arabe de l’autre, les lettre « O » et « P » n’existant pas dans l’alphabet arabe
    Et également « Hamon » qui vient de l’arabe hamou, qui pourrait signifier ‘boucher’ (ham=viande) mais pas sûr. « amou » sans H = son oncle (paternel)
    Mais comme vous savez, après la 2° guerre mondiale, tous les juifs riches ont songé à quitter l’europe pour s’installer aux USA, terre de sécurité, pour cela, on arrangeait les noms, et on donnait aux enfants des prénoms à consonance anglaise, comme Jack ou William, etc..
    J’espère que cela pourra un jour vous aider dans une recherche étymologique.

  7. Merci de vos commentaires et indications très documentées.
    Il y a effectivement un nombre important de patronymes tout à fait inattendus, pour lesquels on trouve souvent des explications simplistes (en général dictées par le format très court de définitions de ‘dictionnaires’).
    Pendant des années, j’ai eu l’occasion de présenter des conférences sur le sujet, en partant de la constatation très basique de différences de morphologies ‘crâniennes’ du visage, pour expliquer l’impossibilité, pour certains peuples, de prononcer certains sons. Ce qui éclaire très directement les remarques que vous faites sur plusieurs mots (et donc, forcément, noms ou marques).
    Le cas ‘Hamon’ est intéressant, parce qu’il fait toucher du doigt un ultime élément de l’étymologie: la logique. Dans ce cas, l’étymon peut très bien faire allusion à un boucher autant qu’à l’oncle (j’avais, personnellement, penché pour la seconde hypothèse, étant données les traditions onomastiques de la langue); mais il y a de nombreux cas où l’on trouve, à nouveau, des déclarations lapidaires, par simple proximité avec un nom commun, et qui sont en général erronées…

    Cordialement,,

  8. …Petit post-scriptum immédiat (et assez effarant) qui illustre la fin de mon précédent mail:
    L’article d’Atlantico que vous me signalez en lien est très intéressant. Et exact, sauf que (d’entrée)…donner au prénom Luc une racine venant du grec ‘loukos’ (le loup) est tout à fait fantaisiste!
    Il s’agit évidemment d’une référence au Lucius latin (la lumière), voire ‘loukios’ (totalement post-classique). A moins d’imaginer que l’évangéliste (qui a permis la diffusion du surnom) ait été un ‘lycanthrope’?!
    Fantasme, quand tu nous tiens -).

    Cordialement,

  9. Ho letto che deriverebbe dal nome di un paese spagnolo, un tempo occupato dai Mauri (arabi) o che sarebbe una mutazione di Bellinchon. In questa caso segnalo che il nonno di Dante Alighieri si chiamava Bellicione degli Alighieri.

  10. Il y eut, à la Renaissance, un humaniste, savant traducteur d’Hébreu, nommé, de mémoire, MELANCHTON. Peut-être, d’ailleurs, était-il juif.Pourrait-il y avoir un rapport avec notre MELANCHON ? Je sais: ne « mélanchons » pas tout ! Cela dit, l’origine de noms propres et des toponymes m’a toujours passionné, d’autant qu’avec la naissance de l’état civil, les différentes formes d’un même nom furent – parfois définitivement – fixées. Constate-t-on encore l’apparition de nouveaux patronymes, ou bien la source est-elle tarie ? et qui a donc nommé les paysages, dans le lointain passé ? Le moindre trou a son étiquette ! On peut penser que les Néenderthaliens, ou les Dénisoviens commencèrent pour des raisons pratiques de chasse ou de cueillette à coller un borborygme sur le moindre ru, la moindre colline, puisque nous savons désormais qu’ils possédaient une forme de langage parlé, peut-être pas si rudimentaire.La première mouture d’un G.P.S pour un repérage dont bien souvent dépendaient leurs conditions de survie…

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