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Mille Vaches

Millevaches titre

Attroupement devant le Palais de Justice d’Amiens pour le ‘procès des Mille Vaches’, autrement la ferme industrielle dite ‘l’usine à bovins’ installée près d’Abbeville (Somme). « Comment se fait-il, m’écrit un fidèle lecteur, qu’on ait appelé ainsi cette ferme de Picardie, alors que le ‘Plateau’ du même nom se trouve principalement sur les départements de la Creuse et de la Corrèze!?». Bonne question, à laquelle on peut répondre par deux phénomènes linguistiques, l’un tout à fait ordinaire, l’autre un peu plus surprenant…

Tout d’abord, parlons chiffre -ou plutôt nombre- puisque ce numéro 1000 est, théoriquement, la capacité totale de contenance des bâtiments, même s’il faut préciser l’existence actuelle de 150 bovins seulement (et une autorisation préfectorale pour 500 têtes). A terme, peut-être, si les petits cochons ne mangent pas les veaux…D’autres commentateurs, certes plus éloignés des contingences agricoles, avaient voulu, un temps, en faire une sorte de figure de style poétique, le chiffre ‘mille’ était alors pris dans le langage courant comme le symbole global d’une abondance particulière.

Exemples: ‘Les Mille et une Nuits’ (en fait, 987 selon les sources); ‘j’ai mille choses à faire’ (en général c’est juste deux ou trois); ‘je ne gagne pas des mille et des cents’ (à voir si c’est en euro ou en yens), etc…sans parler de la ‘myriade’ d’étoiles dans le ciel, dérapage de sens dû à la phonétique (mi-) de la première syllabe, puisque ce mot grec signifie en fait non pas mille mais dix mille (remarquez bien que là encore, le temps de compter, pas moyen de certifier qu’il n’y en a pas 10.001 ou 99.999).

Voilà donc pour le nom ‘officiel’ de cette Ferme, strictement en rapport avec le nombre de pensionnaires condamnés. Mais saurez-vous maintenant deviner l’étymologie du fameux ‘Plateau’ limousin? Je sais, c’est vache, mais je vous le donne en mille…

Il faut alors revenir à vos souvenirs de géographie en école primaire, quand ce nom impressionnant trônait en caractères gras au milieu d’une carte de France parcourue de varices hydrographiques (20ème siècle) ou au bout de la flèche de la souris sur le fichier Wikipédia projeté sur l’écran de la classe (de Steve Jobs à nos jours). Chacun imaginait, pour la région concernée, une activité intense d’élevage sur des pâturages paisibles et verdoyants…Or, rien n’est plus faux, car il n’y eut jamais mille vaches à Millevaches (en un seul mot, c’est aussi le nom de la commune éponyme, qui compte à peine…mille habitants), au moins en raison d’une végétation rare et rase, peu favorable au pacage. Ce paysage aride aurait d’ailleurs donné l’une des premières explication à ce nom, sur l’origine duquel on se fait encore les cornes entre historiens.

Commençons par citer (comme c’est souvent le cas) une légende occitane qui voulait qu’une bergère avait donné au diable ses mille vaches (costaude la bergère, on espère qu’elle avait quelques chiens avec elle), lequel les avait parsemées sur ce plateau aride sous forme de grosses pierres blanches et noires (pas très limousines, tout ça!), d’où le surnom mythique du lieu. Bon, on laisse tomber ce caillou, pour quelque chose de plus raisonnable.

D’autres pensent que les vaches viendraient de ‘vacca’, terme celte (?) hérité d’un ‘vatz/batz’ signifiant source (*). La preuve serait donnée par le grand nombre de cours d’eau, petits ou grands, qui prennent leur origine dans les réserves naturelles du lieu (certes autrefois appelé le ‘château d’eau de la France’); seul problème -au moins linguistique- ce mélange d’un terme latin ‘mille’ et d’une racine de provenance germanique, difficilement accordables ici. Sans doute encore une légende occitane, même si le terme ‘miauvatsas’ a circulé au 17ème siècle; lequel va peut-être nous donner la direction finale…

Car ‘miau-(vatsas)’ n’est pas mille, et on peut sans doute envisager plus logiquement la présence de deux mots gaulois (ce qui est plus cohérent, a-priori) avec ‘mélo’ (variant possiblement en ‘miau’ dans certains parlers) + ‘vacua’ (et non vacca!). La première racine évoque un lieu élevé, et la seconde est l’adjectif d’inspiration latine qui signifie vide (vacant). Ne se pourrait-il pas que ce plateau soit tout simplement un ‘endroit en hauteur particulièrement désert’, ce que semble confirmer la topographie des lieux, à la fois peu propices à la végétation et plutôt vides d’habitants, donc…de vaches? Alors, si un jour vous allez vous promener par là-bas, essayez d’en voir au moins une (vache); ce ne serait déjà pas si mal. Même étymologiquement!

(*) avec la même évolution linguistique que le ‘baigts’ béarnais donne vallée, par exemple; nous y reviendrons.


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