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Morano, le retour

Morano 2

Elle dit ‘Grrr’, Nadine, quand on lui parle de couleur(s) de peau, et qu’on veut, du coup, lui faire la sienne. Pas question ici de commenter l’événement (aussi mal argumenté par un camp comme par l’autre) mais de saisir l’occasion d’analyser l’un des derniers patronymes du personnel politique français encore absent sur ce site. Ironie du sort, les Morano ont la peau tannée, comme…Nadine, en tout cas étymologiquement!

Car la blonde lorraine, ex-ministre de la Famille et de la Solidarité porte le nom de son ex-mari, originaire d’Afrique du Nord (le sens du mot, pas le mari). En effet, Morano fait partie de l’immense famille linguistique fondée autour du ‘maure’, terme qui désigna pendant des siècles (et sans beaucoup de nuances) tout ce qui avait une ‘teinte arabe’, comprenez en général une peau mate. L’archétype du nom est évidemment Moreau (ou Mauro, dans d’autres pays latin) et sous toutes les orthographes possibles: Moreaux, Moreaud, Moraud, etc…Là encore, seul le son compte, et voilà pourquoi il faut les regrouper avec les Morano (parfois Moreno), Morel, Morelon, Morin, Morand, Morandet, Morandière et autres Morandini. Le plus vertueux de tous étant sans doute Moraux, mais là n’est pas la question.

La morale de l’histoire, c’est que cette racine a le plus souvent été en rapport avec des ‘mélanges de races’ (on disait comme ça, à l’époque) plus ou moins volontaires; souvenez-vous que, pendant des siècles, le sud de l’Europe ‘appartenait’ aux Arabes, dont la future Espagne n’est qu’une province, jusqu’au Poitou-Charentes français (Charles Martel, ça vous dit quelque chose?)…Rappelons également que le drapeau corse représente une tête de Maure laquelle, même entièrement noire, n’a rien à voir avec l’Afrique sub-saharienne mais avec les populations bazanées du bassin méditerranéen.

Et justement, puisqu’on parle de peau bronzée, il ne faut pas caricaturer à l’extrême et restreindre les Moreno à cette influence étrangère; car, dans le sud de la France, les Mauro peuvent aussi avoir tout simplement désigné les travailleurs des champs, ceux dont le teint foncé faisait horreur à l’aristocratie parisienne qui se poudrait le visage pour conserver une pâleur de bon aloi. De fait, tout comme pour les ‘Red-Necks’ (cou rouge) américains, un moraud -nom commun- a souvent qualifié un paysan. Même démarche pour les moricauds, augmentatif qui ne définit pas qu’un ‘mauresque’ à la peau très brune, mais aussi un chien (et parfois un cheval) à la robe marron foncé.

Le calvaire n’est pas fini pour Nadine qui, outre le fait qu’elle n’a donc même pas besoin de fréquenter les plages pour bronzer (étymologiquement), porte un prénom très ‘années 50′ (allez, disons soixante) partagé avec une réalisatrice (Trintignant) et une championne de la bienséance (De Rothschild). Or, sa provenance est souvent attribuée à une abréviation de Bernardine ou Bernadette, celle qui est très chouette. Hélas, ces mêmes mots ont également pour autres diminutifs Nadette, puis Nadège, et enfin…Nadia ou Nadja (là, on n’est plus en Lorraine).

Last but not least, vous savez sans doute que le nom de jeune fille de Nadine est Pugelle, mais seulement après décret du Conseil d’Etat en 1976, car il est la modification du patronyme origignel de la famille, qui est Pucelle (bonjour, les sessions au micro de l’Assemblée Nationale). Cela explique-t-il que notre héroïne pique de temps en temps là où ça gratte, car pucelle, féminin de puceau, vient bien du latin ‘pulex’ qui veut dire puceron, puis puce. La puce étant minuscule, l’image est passée dans le langage médiéval pour qualifier un petit enfant, de sexe indifférent d’abord, puis distingué ensuite entre un ‘jeune garçon’ et une ‘jeune fille’, avec le sens que vous connaissez, pour l’un comme pour l’autre.

Alors, vu l’ambiance de l’époque actuelle, où, puisqu’un Européen n’est pas « de race blanche », un Africain n’est sûrement pas « de race noire » (il n’est pas question de nationalité), inutile de dire à quel point il est difficile aujourd’hui de trouver une ‘chute’ à Morano, Nadine, ou Pugelle. Même étymologiquement.


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5 commentaires au sujet de Morano, le retour

  1. Morano peut aussi venir d’un (pré)nom romain, Mur(r)us. Morano est aussi un patronyme italien qui peut aussi désigner une personne originaire des villages de Morano Calabro et de Morano sul Po en Italie. En France , en Europe (surtout dans les régions ensoleillées), un individu au teint bronzé (généralement un paysan travaillant toute la journée au soleil) pouvait être surnommé dans son village « le Maure » ou « le Noir » sans pour autant être d’origine africaine… La grande majorité des Moreau ne sont pas d’origine mauresque.

    Pour finir, non, le sud de l’Europe n’a jamais appartenu aux Arabes pendant des siècles (seulement une partie de la péninsule ibérique, la Sicile et Malte). Seules quelques villes du sud de la France comme Narbonne et Carcassonne ont été gouvernées durant 30/40 ans par des Arabes ou par des nobles locaux chrétiens qui étaient pro-Arabes (pour des raisons géopolitiques, stratégiques) sans pour autant être islamophiles.

  2. MORANO est un nom de famille d’origine CATALAN et pas ITALIEN comme elle le proclame partout . En CATALAN, le mot MORANO est utilise2 comme un sobriquet désignant : CELUI QUI EST BRUN DE PEAU COMME UN MAURE ! Stupéfiant

  3. Merci à tous les contributeurs qui apportent leur fidélité et leurs connaissances sur ce site…Mme Morano ayant suscité (beaucoup) de commentaires (pas forcément directs), je confirme les informations données par ces deux internautes: comme indiqué au paragraphe 4 de l’article, les Morano d’origine ‘bronzée du sud -de la France- » sont l’une des évolutions de la racine, et n’entrent pas en ‘conflit » ni en retrait d’autres origines possibles.

    Il y a donc des Morano de source (linguistique) italienne tout autant que catalane; il faut aborder tous les phénomènes onomastiques avec une grande tolérance géographique et parfois historique.

    Justement à propos d’Histoire, je confirme que oui, le sud de l’Europe a longtemps été un territoire de culture arabe; déjà, du temps de Charlemagne, l’Emirat de Cordou(sans ‘e’ à l’époque) administrait la totalité de la péninsule (actuel Portugal compris), à l’exception, globalement, de la région de Galice actuelle.

    En ce qui concerne la France et les ‘préfets arabes’ des villes du Sud, il en a été, effectivement, comme à d’autres époques (depuis les Romains jusqu’à d’autres occupants), avec une certaine ‘allégeance’ des populations locales, guidées -et contraintes!- par des considérations géopolitiques (parfois même commerciales, ça peut être bon de s’arranger avec l »occupant’!).

    Enfin, je j’ai pas cité ici l’origine possible de Morano d’après le nom de famille latin Murus, dans la mesure où, à ma connaissance, il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse technique (tout à fait recevable) de linguiste, dont on ne trouve pas de citation directe dans les textes, même ‘tardifs’…

    Cordialement à tous,

  4. Merci de toutes ces indications historico-linguistiques qui dressent des obstacles très objectifs devant tous ceux qui veulent faire des lectures simplifiées et « adaptées » du passé.
    Avez-vous des lumières sur des noms anglais phonétiquement voisins, tels Moore, Moor, More…?
    Merci encore.

  5. Merci à vous de votre lecture attentive. Pour ce qui est des ‘Moore’ et variantes orthographiques, vous avez le choix, y compris celui des directions géographiques!

    Comme vous l’avez sûrement trouvé dans plusieurs sources du Net (qui se copient réciproquement), le Moore le plus fréquent est d’origine britannique (disons plutôt anglo-saxonne); c’est un toponyme qui fait allusion à de la bruyère (ou végétation associée), puis, par extension, à la lande dans laquelle elle pousse. Il y a même des notions de terrain (humide) ou de pierres, associées à cette…racine.

    Parmi les (beaucoup plus rares) formes de ce mot:

    La variante gaëlique (Ecosse, Ile de Man) s’est retrouvée en Irlande avec un sens tout à fait différent, l’augmentatif d’un adjectif signifiant ‘plus grand’, au sens figuré, pour qualifier une personne d’une grande stature morale; parfois digne des (grands) honneurs.

    Rien à voir avec l’anglais ‘moderne’, qui a également hérité d’un homonyme sous la forme Moorehead, où l’on retrouve cette fois l’idée du…maure, puisque le patronyme signifie (celui qui a) ‘une tête de maure’ (vive la Corse!). En l’occurrence, on ne peut pas échapper à ce sens.

    Moor est davantage de source germanique, et désigne un marais; presque comme la version néerlandaise de ‘moorland’ (en fait, moer-land) dont on trouve le sens (non confirmé) d’un endroit désolé, littéralement, ‘pays de peu (de valeur’…

    Au choix.

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