L’homme qui aura un coup de pompe en cette fin d’août 2012 sera sans conteste Pierre Moscovici, ci-devant ministre de l’Economie et des Finances, puisqu’il aura à se prononcer au sujet d’un éventuel blocage des prix des carburants. Voici l’occasion de faire le plein d’étymologie avec ce patronyme politique désormais familier, qui s’avère être néanmoins un réservoir à surprises…

A l’époque de la guerre froide (un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître), une expression eut son succès en Europe, «l’oeil de Moscou», laquelle devint rapidement dans le langage courant synonyme d’espion ou d’observateur indiscret…Loin de ces connotations soviétiques, Moscovici est néanmoins très souvent compris comme ‘l’homme de Moscou’, tant la sonorité du mot est claire. En fait, il faut détailler un peu plus les différentes parties du nom, qui se compose de deux éléments: mosco-vici, et c’est le suffixi -vici qui nous raconte le mieux l’histoire de la famille.

Cette finale est en effet la marque d’une ‘roumanisation’, et fait de Moscovici (ou Moskovici) le surnom de ‘celui qui est originaire de Moscou’, fréquemment attribué à des groupes juifs askhénazes (d’Europe centrale), émigrés ou réfugiés en Roumanie à partir de la fin du 19è siècle. (De fait, les parents de Pierre ont quitté la Roumanie en 1947 pour s’établir en France). Ce patronyme serait donc un nom ‘de provenance’, comme cela arrive si souvent dans ce domaine, ce qui tomberait parfaitement dans un gouvernement où l’on croiser Mme Touraine (Marisol) et Mr…Hollande (François).

Or, les choses ne sont peut-être pas si simples, car la même finale -vici peut désigner l’origine non plus géographique mais familiale; il faut alors comprendre ‘celui qui vient de la famille de, qui est le descendant de’, pour résumer, autant dire ‘le fils de’. Nous voilà donc avec ‘le fils de Mosko’, ce qui nous oriente alors non plus vers le Kremlin mais vers le…Sinaï, puisque Mosko a de fortes chances d’être l’orthographe slave de Moïse! Moscovici rejoint alors toutes les variantes comme Moscovitch, Moscovitz, et autres Moskowicz, selon les zones linguistiques.

Rappelons donc que le brave Moïse, grâce à son expérience de barreur précoce à bord d’un berceau en osier sur le Nil, a été surnommé par sa nounou égyptienne ‘celui qui est issu ou qui est né des eaux’, que la religion va rapidement enjoliver en ‘celui qui a été sauvé des eaux’ (çà peut toujours servir, surtout quand, quelques années plus tard, il faudra se coltiner les tonnes de vagues de la Mer Rouge pour laisser passer le peuple élu)… Moïse (en français), Moshé (en hébreu), ou Moussa (en arabe!), en tant que personnage biblique, va alors devenir une figure de référence, sous la protection de laquelle vont se mettre de nombreuses familles, d’où la diffusion internationale du mot.

Voilà qui donnera sans doute du coeur à l’ouvrage à Mr Moscovici, et peut-être la force de séparer les flots de taxes de ceux du prix du baril. Il suffira d’un seul commandement: ‘Les prix à la pompe, tu n’augmenteras point’.