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Naufragés (de la neige)

naufragés

Ah, les pauvres vacanciers de Noël, injustement bloqués par une neige scandaleusement abondante en montagne! Heureusement, cela donne de la matière aux professionnels de l’information, qui s’acharnent à montrer la détresse hôtelière et l’inconfort de ces ‘naufragés de la neige’ modernes. Forcément modernes, parce qu’il y a quelques siècles, on les aurait retrouvés noyés, étymologiquement parlant…

Un naufragé est en effet un terme uniquement (et ‘récemment’: seulement depuis le 15ème siècle, en français) réservé à la marine. Le mot se décompose en deux racines ‘nau + fragé’, et chacun a une signification très claire: le ‘nau’ vient du latin navis, qui évoque un bateau, lui-même issu du grec homonyme (et quasi-homophone). L’alternance entre ‘nau’ et ‘nav’ vient (entre autres) du fait que, pour simplifier, les romains écrivaient leur ‘u’ sous la forme ‘v’ (IVLIVS, c’est Jules), d’où la nécessité pour nos ancêtres les français de distinguer les deux lettres.

Bref, U ou V, cela revient au même, d’où le fait que l’on retrouve dans le même bateau les mots navi-re, navi-gation ou navi-gant, à côté de nau-tique, nau-tisme, nau-machie (la bataille sur l’eau), ou…cosmo-naute (celui qui flotte dans l’espace) et bien sûr inter-naute (celui qui navigue ou qui surfe sur la Toile!). On voit bien qu’il s’agit d’abord et toujours de naviguer, et, dans l’Antiquité, il ne saurait être question d’Airbus, ni même de berline allemande avec des porte-skis perdue sur une route de la Tarentaise.

Un naufragé est donc beaucoup plus logique (et glorieux) sur une île déserte, parfois même ‘naufragé volontaire’ (Alain Bombard, en 1952), sans oublier les historiques ‘Naufragés du Bounty’ (qui avaient une autre gueule que les handicapés de la chaîne de pneu). Au pire, peut-on envisager le ‘vrai’ naufrage deux-en-un, avec celui du funeste Vol 442 d’Air France, à la fois naufrage aérien et atlantique, conséquence d’un crash en pleine mer. Car…

La seconde partie du mot, ‘frage’, vient d’un autre mot latin qui est le verbe frangere, qui signifie briser ou casser (et, en général, pas qu’en un seul morceau, sauf peut-être dans le dérivé ‘fraction’ qui sépare deux chiffres ou deux nombres, et qui coupe une seconde ou un morceau de pain en deux). Un ‘naufragé’ est le participé passé du verbe naufrager, par ailleurs rarement employé au présent de l’indicatif: je naufrage, tu naufrages (on a rarement le temps de twitter à ce moment-là); le mot décrit donc très exactement la situation de celui qui est sur un bateau en train de se casser (et très probablement de couler). En comparaison, à part s’embourber dans la neige (s’enneiger?), les naufragés de Noël semblent bien peu menacés, sauf par l’instinct de consommation hivernale.

Hélas, le naufrage devint si commun et facile à manier dans les médias, qu’il s’applique maintenant à toute idée de perte (le naufrage du CAC 40), de déchéance (le naufrage de la vieillesse), ou de manque d’inspiration rédactionnelle (le naufrage d’un article). Sauf en étymologie, bien sûr.


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