Et hop(el), un petit coup d’automobile (ça changera de la politique), à l’occasion du rachat de la marque allemande (du moins à sa création) par Peugeot (*). Le prénom mentionné ci-dessus n’est pas le dernier modèle de la marque -en général, les noms des voitures sont féminins- mais plutôt le premier, en tous cas celui de son créateur (qui faisait tout sauf de la bagnole et pour cause: en 1867, on ne connaissait industriellement que la machine à coudre et la bicyclette). Adam, vous connaissez; mais Opel, ça vient d’où?

On ne parle pas géographie (en l’occurrence Ruesselsheim sur le Main, du côté de Francfort) mais d’étymologie; il s’agit donc d’un patronyme de formation germanique (l’eussiez-vous cru?) issu du vieux-haut-allemand, ce n’est pas le papy mais l’ancêtre…de la langue actuelle, un dérivé du prénom Adelbert (davantage en vogue, je vous l’accorde, au 13ème siècle que maintenant). Comme d’habitude, le mot est lui-même composé de deux racines très descriptives du caractère du bonhomme, adel+bert(h), deux adjectifs déjà croisés dans ces colonnes, avec ‘adel’ (ou edel) qui veut dire noble, et ‘berth’ qui signifie brillant, d’abord au sens propre (étincelant, lumineux) puis figuré (réputé, célèbre) une fois passé dans le vocabulaire franc puis fran…çais.

C’est ainsi que ce double surnom d’un mec particulièrement bien né et bien loti s’est retrouvé dans notre langue sous les formes Adalbert (facile), Albrecht (dans l’Est, à l’époque…Ouest de la Germanie!); puis, après ‘métathèse’, une inversion des sons finaux, on a eu Al-bert et Alberte (la noble cousine de Berthe)…Troisième étage de la fusée francophone: sur les mêmes bases se produit un phénomène dit de vocalisation, qui va transformer le L en U, d’où les Audibert et ses versions courtes telles Aubert, Aubéry, Aubry (la brillante mairesse de Lille) et ses variantes Aubertin et même Bertin (**).

Tout est parti, semble-t-il, d’une fulgurante vénération pour un martyr germain de la fin du 10ème siècle, un St Adalbert torturé y compris phonétiquement par quelques tribus saxonnes du Nord, qui vont faire passer en deux siècles le nom d’Albert en…Abel (re-métathèse, maintenant vous savez comment ça marche) puis en Apel, voire Appel…Contrairement aux apparences, le résultat est sans appel et va finalement se fixer en Oppel puis Opel (ouf, on y est) sur les rives du fleuve cité, quelque part entre Mayence et le bled d’Adam…Comme dans toutes les gammes de voitures, il y a bien une ou deux autres versions un peu plus compliquées, mais il me semble que c’est celle-là qui roule le mieux. Y compris étymologiquement.

(*) pour les déjà fanas de la 3008, taper Peugeot, ou mieux PSA-Citroën dans le champ de recherche en haut à droite de cette page.

(**) voir aussi plein d’autres détails dans l’article sur Bertin (Jacques) dans la chronique Berton (Xavier, même origine) d’avril 2016. Vous savez comment faire…