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Oradour-sur-Glane

Oradour sur Glane

Hormis les passionnés d’Histoire, les limougeots, et les lycéens ayant réussi à parvenir à la page concernée avant la fin de l’année du Bac, peu de gens connaissaient (vraiment) l’existence d’Oradour-sur-Glane, qui a accédé en quelques heures à la notoriété (au moins) nationale, grâce à l’abandon de deux présidents dans une étreinte franco-allemande. Cette commune définitivement figée dans le temps (1) porte un nom facile à comprendre, mais pas forcément évident (2). Regardez-le encore quelques instants…Vous supposez qu’il y a une histoire de cité (l’oradour) construite sur un cours d’eau (le ou la Glane)? C’est bien ça, et tout commence par une histoire…d’os!

Non, pas le morceau de squelette, mais le mot latin (homonyme, il est vrai) qui a un rapport avec l’apparence ou l’expression du visage. Les romains vont rapidement retenir un élément très particulier de ce visage, la bouche, laquelle peut dire les meilleures et les pires choses (dixit Esope). Bref, ‘os’, dont une des formes de déclinaison est ‘oris’, va donner tout ce qui est ‘oral’, par opposition à l’écrit (pas toujours le même coefficient au Bac). Et qui pratique le mieux l’oral? Un orateur bien sûr, lequel a comme premier sens toute personne qui est habile en paroles, à savoir des députés (politiques), ou des envoyés militaires (pour négocier), et enfin des avocats, lesquels sont réputés exceller dans l’art…oratoire, ce dernier mot n’étant encore qu’un adjectif.

Passent l’Empire Romain, la Décadence et les Barbares, et nous voici en plein Moyen-Age français, dont la langue est alors largement dominée par un latin devenu langue officielle de l’Eglise, et dit ‘ecclésiastique’. Au douzième siècle, ‘parler avec la bouche (concernant, forcément, des choses sacrées)’, c’est donc dire des prières, et voilà comment on aboutit au sens strict de prier (le verbe latin orare). Et pour bien prier, que ce soit dans une chapelle, un château, ou une simple maison, on va consacrer un ‘coin’ où seront installés un autel, une statue ou une simple bougie (selon vos moyens); ce petit coin-ci s’appellera donc l’oratoire.

Des oratoires, on peut également en trouver en public, disons en plein air, le long ou au carrefour des chemins, parfois pour rappeler au cheminot la présence divine sur sa route, mais le plus souvent pour signaler une ou plusieurs sépultures consécutives à des morts d’épuisement, d’attaques, ou de tout autre accident, dans un geste de commémoration encore pratiqué aujourd’hui après un drame, les passants déposant des fleurs au pied d’un platane, sur le pilier de tunnel d’un pont meurtrier, ou sur la grille du collège attaqué par un déséquilibré. C’est probablement cette fonction de recueillement qu’il faut retenir pour la création, à l’époque romaine, d’un oratoire particulièrement fréquenté en Limousin, cet ‘oratorium’ devenant *oradorium, puis francisé en *orador, et enfin oradour, prononciation et orthographe logiques dans la limite nord d’une zone occitane (qu’il ne faut pas cantonner au sud toulousain!) pour une commune dont le nom originel est bien ‘Orador de Glana’. Littéralement: l’oratoire des bords de Glane, ou au-dessus de la Glane.

Dans plusieurs régions, d’autres noms de lieux seront construits sur la même racine: après contraction de la partie centrale, ‘oratorium’ donnera aussi…Ozouer, et même Ozoir (la Ferrière ou non). Mais le dernier avatar du mot naitra au 16è siècle, quand un certain Philippe Neri (canonisé par la suite) fondera à Rome une institution destinée à remettre les jeunes dans le droit chemin, avec un programme à base de prières et de musique: alors, forcément, le lieu va s’appeler l’Oratoire, et les intermèdes musicaux, les oratorios, dont un certain J.S Bach fera ses choux-gras, à Pâques, Noël ou l’Ascension…

Quant à la Glane, qui désaltère les Radounauds et Radounaudes (si!), elle ne vient pas d’une histoire de chênes plantés sur la berge et dont les…glands tomberaient dans cet affluent de la Vienne (je l’ai lu de mes yeux!); pas plus qu’une histoire de champs de blé ‘glanés’ à cet endroit (sinon il y aurait des glanes partout en France). Il s’agit d’une assimilation transparente d’un mot gaulois qui est ‘glano’ et qui signifie pur, ce qui, ici comme ailleurs, qualifiait la clarté des eaux de la rivière. Voilà donc un endroit rafraichissant où l’on peut se recueillir en toute quiétude.

(1) Une nouvelle ville a été entièrement recréée à quelques kilomètres.
(2) ‘Evident’ n’est pas le contraire de facile, mais simplement ‘qui ne se voit pas au premier coup d’oeil’


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2 commentaires au sujet de Oradour-sur-Glane

  1. Bonjour,
    Il existe un village dans le nord du Quercy qui s’appelle Glanes, où par ailleurs se produit un vin les coteaux de Glanes.
    Est-ce la même origine que celle que vous décrivez ici ?

    Merci.

  2. Bonjour,

    Etymologie annoncée comme de même…source effectivement. Je n’ai pas trouvé mieux, et en tous cas rien d’autre. Glanes a d’ailleurs un superbe point de sur la Dordogne, non? Même configuration semble-t-il pour Glanet, à quelques kilomètres au nord de Nantes, au bord d’un affluent de l’Erdre.

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