Avant la grande giclée olympique à venir, profitons du contexte du Tour de France pour illustrer l’un des principes de l’étymologie: la technique du ‘surnom’, à la base de quasiment tous les patronymes connus, tant il est vrai que ce que nous considérons comme un nom ‘propre’ a jadis été un simple sur-nom (comme on pourrait dire un sur-moi), c’est à dire une façon, le plus souvent spontanée, de héler son voisin ou son ennemi.

Le surnom est alors très simple (‘Hé, toi, le Gros…’ ou ‘LeGrand’, ou ‘LeRoux’, etc), parfois plus compliqué ou du moins moins évident (Hé, toi, Trierweiler’, ou ‘Voeckler*’) car le mot a l’apparence d’un terme étranger, moins lisible pour une…oreille francophone. Une illustration spectaculaire nous est donnée par les noms anglais (pas forcément britanniques, parce que l’écossais ou l’irlandais, çà ne se devine pas comme çà): essayez de traduire en français le nom de vos stars de la chanson ou de l’écran préférées, on perd tout de suite en glamour: les ‘Beatles’ ne sont que des cancrelats, les ‘Rolling Stones’ des Pierres qui Roulent, Mick Jagger devient Michel le soulard (!), et Kate Middleton Catherine la fermière de la vallée…

Même raisonnement évidemment pour nos stars américaines, de Thomas le Dragueur (Tom Cruise) à Antoinette Virage (Tina Turner), de Paul le nouvel homme (Paul Newman) à Georges Bosquet (G.W Bush), etc…En ce qui concerne le Tour de France, on peut encore y intégrer l’homme qui fait le plus parler de lui en ce moment, un certain Lance Armstrong, dont les ancêtre devaient avoir suffisamment de biceps pour tenir le guidon, les «bras puissants» (arm-strong, en anglais), lequel partage cette particularité avec le conducteur du module lunaire Eagle, un certain Neil Armstrong.

On n’imagine jamais à quel point une oreille anglo-saxonne identifie ces patronymes de façon très commune, mais, avec le temps, on a depuis longtemps oublié le sens très basique des mots pour les ‘sacraliser’ en noms-propres. Or, à l’origine, l’homme aux bras forts a la même valeur (linguistique) que ‘Taureau Assis’ ou ‘Sitting Bull’! Le principe est donc strictement le même…Dans la famille des hommes forts, Lance aurait tout aussi bien pu s’appeler Mr Hardy (oui, comme le copain de Laurel), autre façon de qualifier une force de la nature, directement construit cette fois sur un terme germanique d’avant le Moyen-Age (hard, ou hardt). En anglais plus classique, on trouve aussi Mr Hale, comme équivalent à ce Hardy. En français, ‘hard’ n’a pas donné de patronyme direct, mais entre en composition dans tous les mots issus de l’influence germanique: c’est le cas des Bernard (bern-hardt: fort comme un ours), Gérard (ger-hardt: à la lance puissante), et même les Renaud (issu de Ren-hardt; astucieux comme un renard), etc…

Le français préfère carrément distinguer le nom du surnom, en rajoutant une expression à un patronyme «(Untel) les gros bras», ou «le fier-à-bras», ce qui revient au même dans l’esprit. La tradition des cheminots parle même de certains ‘bras d’acier’, surnom donné aux conducteurs de convoi capables de rattraper le retard d’un train, en souvenir de l’époque -à vapeur- où il fallait se retrousser les manches et gonfler les biceps pour charger le foyer de la loco et faire monter la pression!

Pour en terminer avec Mr Armstrong, nul ne sait si les soupçons de dopage actuels  l’amèneront à faire un bras d’honneur au cyclisme, mais si l’affaire se termine mal pour lui, çà risque de lui coûter…un bras, même fort!

(*): Pour lire ou relire l’étymologie de Thomas Voeckler (juillet 2011) ,taper son nom dans l’espace ‘rechercher’ en haut à droite de cette page.