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Bardet (Romain)

Bardet

Seconde (ou peut-être deuxième?) victoire d’étape pour un cycliste (ou un coureur?) français dans le Tour du même pays: profitons-en pour (le) célébrer et analyser un patronyme supplémentaire à mettre dans ces archives déjà très fournies (*). Car ce Bardet est un mot de poids, à tous points de vue semble-t-il, mais aussi un gage d’endurance, pas seulement sur les routes mais dans la vie:  »l’autre » homonyme déjà apparue dans les médias (en 2012) était le nom de la bretonne doyenne des français (114 ans).

De fait, la racine initiale (bard) a donné beaucoup de dérivés, à commencer par Bard, l’étymon, le mot originel sur lequel se sont construits les variantes comme Bardet donc, mais aussi Bardin (comme Jean, ex-animateur de radio), Bardon ou Bardot (Brigitte, no comment) pour les noms propres. Côté commun(s), on trouve un barda, un barde, le bardot, un débardeur et le verbe barder. Voilà une suite de sons que l’on croirait issus de la même famille…Eh bien non, c’était un piège: ils sont presque tous issus de langues différentes!

Commençons par notre valeureux pédaleur; tout comme Bardin et Bardot, leur origine remonte à la traditionnelle période de dissémination linguistique qui a accompagné les mouvements des tribus germaniques dans l’Ouest de l’Europe (pour ce qui nous concerne). En clair, ces patronymes viennent de la racine ‘bard’, ou ‘bardo’ (en gaulois), ce qui évoque une hache de guerre (utile à déterrer quand on veut attaquer le peloton).

Il est probable qu’on ait ici un effet de métonymie (on prend la partie pour le tout), ce qui revient à surnommer une personne par un accessoire ou un outil qui le caractérise; conséquence: le ‘Bardo’ devient le surnom d’un guerrier équipé de l’arme en question. On trouve aussi, pour le même mot, le sens de ‘géant viril’, certainement par glissement de sens entre le poids du hachoir portatif et la carrure du type qui avait assez de force pour la manipuler.

Parmi ces guerriers, on trouve donc les Bard d’Auvergne, les Bardet de Bretagne ou Normandie, les Bardiaux du Nord, les Bardin de la Loire, les Bardon de Corrèze, et les Bardot des Vosges. Toutes ces régions sont statistiquement les souches géographiques du nom, ce qui n’empêche pas les ‘transhumances’ au cours des siècles (La Madrague, c’est pas en Moselle).

Une autre racine dispute la paternité des Bardet, Bardot et associés: il s’agit d’un terme homonyme dérivé du celte (‘bardo’, toujours) mais qui s’applique cette fois à un lieu boueux, caractérisé par la présence de glaise ou d’argile. C’est précisément le cas de hameaux, dans l’Est, qui s’appellent Bardot, bien loin donc de l’idée d’un bâtard issu d’ânes qui bénéficieront de l’affection d’une Brigitte quelques siècles plus tard. Après le germain, le celte; et ce n’est pas fini…

En ce qui concerne les noms communs, on trouve donc le bardot, équidé issu du croisement d’un cheval et d’une ânesse, lequel vient…d’Italie; il s’agit en fait de la traduction française du terme ‘bardotto’, qui désigne un…mulet (ne pas confondre). Mais l’équivoque vient en l’occurrence du fait que l’un et l’autre sont des bêtes de somme, de celles qui portent le ‘bard’ (le fardeau), qui donnera aussi en français le ‘bât’, de même racine. Je vous l’avais dit, un mot de poids: nous en sommes donc à germain, celte, latin…

Or, ce ‘bard’ va transiter par…l’Algérie, vers le milieu du XIXè siècle, pour donner le mot arabe ‘barda’a’ (=la charge du mulet), lequel sera récupéré pour désigner le chargement (lourd, en général) qui équipe les soldats en campagne, le barda! Surprise: trois siècles auparavant, la langue du vieux-français avait déjà appliqué l’idée d’un renforcement (lourd, aussi) à une armure de guerre; et, comme cette armure était ajourée et principalement constituée de bandes metalliques, on créa le terme ‘barder’, avec le sens de protéger en entourant quelque chose ou quelqu’un. Vous pouvez donc rajouter dans la famille l’idée de ‘blinder’ (barder ou se barder contre quelque chose), mais aussi l’idée d’entourer un…gigot, par exemple, avec des lamelles (de gras), comme les parties de l’armure. Germain, celte, latin et arabe…

Quant aux ouvriers dont le rôle est de dé-barder de lourds colis sur leurs épaules, ils portent évidemment comme vêtement de travail un maillot de corps qui deviendra vite un dé-bardeur, dont les modèles ‘haute-couture’ vous permettent de frimer sur les plages en passant devant des cageots…Paradoxalement, ce débardeur, même rayé, n’aura pas beaucoup de succès auprès des marins des régions de l’Ouest: en marine, dès le 19ème siècle, le terme évoquait plutôt la fureur des vagues; d’où peut-être le sens de ‘çà va barder’? C’est ce qu’on souhaite à Romain sur les Champs-Elysées…

(*) c’est le 900ème nom, avec plus de 1300 mots-clé…


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