Cas rarissime en étymologie, le patronyme du  »n°2 de chez Renault » comme disent les médias, ou du président -du Conseil de surveillance- du groupe Canal + (1), est presque un jeu de mots, qu’il suffit de fantasmer un peu pour en trouver l’origine ou plutôt la…racine, littéralement. En effet, on peut imaginer, avec ce ‘bolloré’ initial, une déformation de ‘bol doré’ par exemple, ou encore ‘beau doré’ pour ‘beau loré’; eh bien, c’est presque ça!

Question origine géographique, les choses ne sont pas forcément évidentes (au sens propre) si vous n’êtes pas né du côté des Monts d’Arrée car; avec ce mot, nous sommes bien en Bretagne, même si sa forme ne ressemble pas au folklore armoricain ‘habituel’. Le nom Bolloré, que l’on trouve parfois avec l’orthographe Boloré ou, plus rarement, sous la forme Bouloré est en fait issu d’un toponyme, un (sur)nom de lieu appliqué à un ancêtre qui habitait près de ou dont la maison était signalée par un ‘bod-loré’ (en v.o), autrement un buisson de laur(i)er, en français!

Un peu comme pour un certain nombre d’autres cas, soit il s’agit d’un pied unique (les Sapin, les Lavergne -nom occitan du noisetier-), soit également d’une plantation un peu plus fournie (les Bouleau, les Besse -d’après le mot latin qui désigne le peuplier- ou les Duchêne). ..D’un point de vue ‘technique’, il s’est produit un phénomène simple, dit d’assimilation, c’est-à-dire qu’une des consonnes centrales (d-l), la plus difficile à dire, a été aspirée par sa voisine, le bod-loré devenant alors bol-loré. Quant au son ‘o’, qui s’écrivait ‘au’ chez les Romains, il témoigne bien d’un ‘l’aurier’, l’arbuste dont les feuilles forment une…’auréole’, autour du crâne des vainqueurs olympiques à l’origine! Des siècles plus tard, en s’inspirant de la coupe de cheveux très courte des blondes des années 1930, dont les reflets semblent faire une couronne lumineuse autour de leur tête, un chimiste parisien inventera la marque ‘L’Auréole’ puis ‘L’Auréale’, et enfin L’Oréal évidemment, juste en écrivant différemment le son ‘au’!

La démarche -linguistique- sera strictement la même pour qualifier l’accessoire de néon fluo censé représenter l’esprit de sainteté planant au-dessus des ‘illuminé(e)s’ -pardon, au sens propre- du calendrier chrétien…Tant qu’on est dans le ciel, signalons le caractère d’un petit oiseau aux ailes noires et dorées (chez le mâle) appelé l’auriol (parfois le lauriol), également connu sous le nom de merle…d’or ou grive dorée. Celui-là aussi se retrouvera, dans certaines régions, sous la forme lauriot puis loriot, en vertu du même phénomène.

Il serait trop facile de gloser pour terminer sur les mérites -ou pas- des Bolloré, histoire de savoir s’ils méritent qu’on leur tresse des couronnes (de laurier). Sauf étymologiquement bien sûr.

(1) voir aussi la chronique (identique, mais avec quelques anecdotes supplémentaires) consacrée à Vincent, en avril 2016. Et aussi sur le footballeur Lloris (Hugo)!