Un anniversaire est l’occasion de célébrer la longévité ou la mémoire d’une personne, et certains media n’ont pas raté l’opportunité de créer un ’32è anniversaire’ de la disparition du chanteur de «l’Eté indien». On remarquera d’ailleurs au passage que sa notoriété est intacte auprès de ses anciens fans mais aussi, parait-il, des nouvelles générations qui sont capables de citer plus de dix titres de chansons sur les quelques soixante tubes qu’il a délivrés pendant sa carrière; et ce, sans pour autant revendiquer le statut de star tapageuse qui fut l’option prise par Claude François. Dassin, un homme simple qui vient de loin, avec un nom simple qui vient de plus loin encore, et pour cause…

Décédé le 20 août 1980 donc, Joe, de son vrai nom Joseph-Ira Dassin, est né à New-York (déjà «L’Amérique»…). Il s’appelle Dassin parce que c’est le fils du cinéaste Jules Dassin (avec çà, vous êtes bien avancés, mais çà n’est pas innocent), et c’est donc le petit-fils de Samuel Dassin, émigré de la diaspora juive partie…d’Ukraine. Or, à son arrivée à New-York, notre brave Samuel, coiffeur de son état pas encore uni, doit passer le filtre des Services d’Immigration, comme tous les aspirants au rêve de l’époque. On questionne donc le grand-père de Joe, qui déclare, dans un mauvais anglais, qu’il vient «d’Odessa» (logique). «Where from?» dit le fonctionnaire. «Oddessaa, Oddassaa» répète l’autre…et l’on enregistre ipso-facto le ‘nouveau’ nom entendu par l’officier d’immigration, Mr (O)Dassan; mais comme visiblement il n’a rien d’un irlandais (O’Dassin), ce sera Dassin tout simplement.

Si la démarche vous semble un tantinet stupéfiante (ce qu’elle est), n’oubliez pas de compter, sur quelque monument aux morts des régions de l’Est, les nombreux «Landais», surnom générique donné arbitrairement à tous les bergers de la forêt landaise conscrits de force sur les marches de la Faculté de Bordeaux, pour servir de chair à canon pendant la Grande Guerre. «Comment t’appelles-tu?» disait le sergent. L’autre, qui ne comprend que son patois gascon, pense qu’on lui demande d’où il vient et répond: «Landais». La suite est évidente…

Petite note particulière sur les prénoms du chanteur: Si l’on imagine aisément que Joe est le diminutif abrégé de Joseph, son second prénom a été imposé par sa mère en hommage au talent d’Ira Gershwin. Comme on le suppose à tort assez souvent, ce n’était pas la femme du compositeur George, mais…son frère, car malgré sa consonnance féminine (pour nous), Ira est bien un nom masculin. D’origine hébraïque, il a acquis sa notoriété dans le peuple juif grâce à l’un des prêtres du roi David. Le brave Ira, dont le nom est toujours accolé à celui du musicien, a été le parolier de dizaines de ‘standards’ mondiaux interprétés par quelques starlettes du nom d’Ella Fitzgerald, Frank Sinatra, Harry Connick ou Sammy Davis junior, excusez du peu.

Une fois de plus, l’étymologie permet quasiment de suivre sur un globe le cheminement géographique d’un nom. Celui-ci est forcément un peu particulier en raison de la confession religieuse de la famille et des événements de la première moitié du 20ème siècle. Les français ont été pendant longtemps persuadés que le mot était grec (en raison du mariage de Jules avec Melina Mercouri, et du retentissement mondial de quelques films dont le fameux «Jamais le dimanche»), alors que le cinéaste avait commencé sa carrière comme figurant à Los Angelès. Son fils Joe, que la France considère -étymologiquement- comme l’un des siens, n’a fait que décéder dans notre pays (à…Tahiti); il s’appelait donc en fait Joseph Ira d’Odessa, deux mots d’hébreu et un ukrainien, ce dernier probablement hérité de la création de la ville au temps des Grecs (Odessos: la ville d’où on voyage!)…