Dernière nouvelle: le diesel, c’est pas…super, puisque de récentes études viennent de confirmer la nocivité pour l’homme de ce dérivé du pétrole (vingt ans de recherches, tout de même). Ce qui était quasiment la meilleure solution -surtout économique- pour les moteurs de nos véhicules devient donc un facteur (de plus) hautement cancérigène. Au fait, cancérigène ou cancérogène? Et puis ce diesel, d’où vient-il (à part des nappes souterraines)?

Tout le monde sait bien que ce procédé de pression puis d’injection du carburant est l’invention de l’ingénieur allemand né à Paris, Rudolf Diesel, patronyme qui, fait rarissime dans l’histoire de la communication, pourra servir à désigner une autre marque et un autre produit, et ce, dans le même siècle, ou presque: en effet, le système était déjà en place aux USA dans les années 1895 pour alimenter des générateurs électriques ou faire tourner les moteurs de…bateaux et locomotives; mais c’est en 1923 qu’on montera le premier ‘diesel’ sur un camion, puis à partir de 1936 sur des véhicules légers. Voilà donc une invention qui assurera l’immortalité à son auteur (contrairement à certains qui la respireront plus tard), puisqu’il fait partie des -finalement nombreux- noms propres devenus communs, comme Louis de Béchamel, John Mac Adam, Joseph Guillotin, Eugène Poubelle ou Félix Kir, chacun ayant laissé une trace en général indélébile dans le vocabulaire mondial.

Cela étant, que signifie exactement Diesel, que l’on trouve également sous l’orthographe voisine de Diesels (en Autriche, même ‘bassin’ linguistique que l’allemand)? Il s’agit tout simplement d’un diminutif, relié au nom Dietrich, avec donc le sens de ‘descendant de Dietrich’, ou ‘le petit Dietrich’, parfois ‘la branche -familiale- éloignée des Dietrich’, véritable étymon du groupe (le mot de base)…Ne reste donc plus qu’à rappeler que Dietrich, que ce soit Marlène ou Philippe-François, le fondateur de la dynastie des cuisinières alsaciennes, vient de deux racines germaniques: ‘théot’ (qui va devenir plus sonore en ‘Diet-’) qui signifie le peuple; et ‘rich’ (ou -ric) qui veur dire puissant. Les Dietrich et consorts perpétuent donc la mémoire d’un lointain ancêtre qui faisait partie d’un peuple puissant (on connait peu de cas où quelqu’un a accepté de s’appeler ‘le dernier de la tribu des trouillards’, mais bon…).

Originalité ‘française’: après être passé en Alsace donc, puis s’être frotté au langage des Francs, Dietrich va ‘s’assécher’ en…Thierry (théot-ric, puis thé-ry, puis thierry!), ce qui nous donnera le prénom bien connu. Les éventuels Thierry Dietrich représentent donc un pléonasme, étymologique s’entend.

Un qui ne s’appelait pas Thierry mais Renzo est un certain signore Rosso, industriel italien qui fonda, en 1978, la Diesel S.p.A; l’objet de l’entreprise n’a plus rien à voir avec les moteurs mais avec la mode, ou du moins ce que beaucoup considèreront comme le ‘jean à haut indice d’octane’ (sic), le jean Diesel. La légende donne en effet cette explication au pantalon ‘qui met le feu aux fesses?’, mais Rosso disait lui-même qu’il avait emprunté ce mot tout simplement parce qu’il trouvait que çà sonnait bien et qu’on pouvait le comprendre partout dans le monde sans aucun effort de traduction.

L’autre Diesel célèbre appartient au cinéma, avec l’acteur-réalisateur Mark Vin(cent) Sinclair, dit Vin Diesel, l’homme qui carbure sans doute le plus vite au cinéma («Fast & Furious») et qui n’a pas besoin de particule(s), même en suspension dans l’atmosphère…Au fait, cancérigène ou cancérogène, le diesel? En réalité, les deux sont admis; il est probable que l’un et l’autre soient une confusion abrégée du terme complet qui est ‘carcinogène’ (= qui produit une tumeur, en grec), utilisant alternativement le ‘i’ ou le ‘o’, en fonction du ressenti de son locuteur. Nous voilà donc, n quelque sorte, avec un mot à double carburateur. En tout cas, étymologiquement!