On a appris récemment la disparition, à plus de 100 ans, de la Germaine du film « Le Dernier Métro » (en 1946, elle jouait un rôle homonyme dans un film appelé…’Ploum Ploum Tralala’!), ou de la Mme Diogène de « Viva Maria », je veux parler de la pétillante Paulette Dubost, qui fut pendant longtemps la doyenne des actrices françaises, c’était d’ailleurs le seul titre qu’on lui accorda tout au long d’une carrière qui a besoin de trois pages au bas mot pour s’écrire.

Dubost est un pseudo, qui correspond mieux aux années du début du 20è siècle où elle commence sa carrière. Le mot se termine par une sonorité frappante (bon, Dubossst ce n’est pas Dietrichh, mais quand même). En tous cas, cela sonne mieux à l’oreille des producteurs français que son nom d’état-civil, originaire du nord, qui est…Emma Deplanque. Petit retour sur l’étymologie de ces deux patronymes.

Dubost, qu’il faut comprendre évidemment du-bost, est le surnom donné à un ancêtre qui avait un rapport (son habitat?) avec le « bost », ou le « bosc » en langue d’oc, c’est à dire le « bois ». A l’origine, il y a le latin « boscum », qui veut dire le bois au sens de groupe d’arbres, pas pour désigner la matière. (cela étant, le bois s’appelle bien ainsi parce qu’il est planté de végétaux qui sont formés de…bois, vous suivez?). Le « bost » est souvent un petit bois en fait, un bosquet ou un bouscat, mot de patois qui servira à nommer certaines communes. Voilà donc un toponyme, un nom de lieu, qui sert tout simplement à localiser quelqu’un, comme on dit également Du-pont (celui qui habite près…) ou Du-mont (celui dont la maison est sur la colline). Les branches de ce « bois » peuvent donc donner Dubois, Dubosc (ou Duboscq, comme Franck), Dubos, Dubost et autres Desbois (celui qui ramène sa fraise).

Plus énigmatique peut-être est son patronyme de naissance, Deplanque, qui paraitra plus familier aux gens du nord donc, puisqu’il est de souche wallonne, et que l’on rencontre le long de la mer du Nord sous les orthographes Deplanque, Delplancque, Delplancke, Desplanques, ou encore, au singulier puisque c’en est un, Delaplanche. Voilà qui est plus clair, car, comme Dubost, le mot est formé de plusieurs éléments, en l’occurrence de-la-planche;  vous savez parfaitement ce qu’est une planche, et c’est bien d’un morceau de bois taillé qu’il s’agit ici.

Mais cette planche-là est très précise. Elle ne sert ni à évoquer un physique particulièrement plat ni à qualifier un menuisier, mais à jeter un passage d’un bord à l’autre d’un fossé; par la suite, le mot va rester dans le langage courant, quand on va allonger (et surtout renforcer) la planche pour traverser entre deux rives au-dessus d’un cours d’eau, il s’agit donc d’un…ponton (puis d’un pont), symbolisé par la pièce principale qui le composait. Le Delplanque est donc l’homme qui (comme toujours) habite près de la planche, sous-entendu « les planches du pont ». Autant dire que c’est le cousin des Dupont, en quelque sorte.

Rien ni personne de « planqué » donc dans ce mot, dont vous trouverez peut-être des livres vous certifiant comme définition celle du fabricant de planches; en fait, le mot peut aussi avoir cette signification, mais plus tardivement, ce que reprendra plus tard un certain Alexandre Dumas pour nommer un valet (picard, précisément) de d’Artagnan, appelé Planchet. Peut-être ce dernier dormait-il sur le…plancher. En tous cas, en ce qui concerne Emma-Paulette Dubost-Delplanque, qui se retrouva à l’âge de 14 ans sur scène à chanter l’opérette, elle était manifestement prédestinée à monter très tôt sur…les planches, en tous cas étymologiquement !