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Enard (Mathias)

Enard

Irruption dans le monde livresque des prix littéraires: ‘le Goncourt’ (1) 2015 a été attribué à un jeune auteur (43 ans) et traducteur de métier, natif des Deux-Sèvres. Son patronyme a posé question à beaucoup de lecteurs; il faut avouer que, spontanément, il n’évoque rien de particulier si ce n’est la possibilité d’une aphérèse (la suppression d’une première syllabe) et une consonance finale très ‘paysanne’ (citation d’un internaute). En réalité, ni l’un ni l’autre; on avait bien besoin d’une ‘Boussole’ (2) pour analyser tout ça…

Le ‘énard” en question, sous forme commune avant d’être nom ‘propre’ illustre parfaitement plusieurs phénomènes (faciles) que vous connaissez maintenant: d’une part, même si, forcément, il n’apparait pas dans la majuscule du patronyme, ‘énard’ vient de ‘esnard’, le ‘s’ étant élidé comme d’habitude sous la forme d’une accent. C’est le début de la piste. Ensuite, si l’orthographe parait un peu énigmatique, il faut essayer d’imaginer d’autres façons d’écrire le mot, tout en respectant la phonétique: on a donc l’hypothèse d’un Eynard, voire Aynard…Bravo, vous avez trouvé la solution!

…bon, je vois que ça vous laisse encore perplexes. Découpons alors le mot en deux, ‘eyn-’ + ‘-ard’. La première partie est un nom d’origine germanique (5è ou 6è siècles), et la seconde est non pas un suffixe péjoratif comme c’est souvent le cas en français (3); il s’agit d’un adjectif maintes fois évoqué ici, le (h)ard ou (h)ardt saxon et anglo- qui signifie dur, fort, résistant, violent, bref tout ce qui est…hard, le ‘h’ muet disparaissant facilement des écrits.

Si je rajoute que le nom commun ‘ayn’ est une forme francisée (du Moyen-Age) de ‘ayin’ ou ‘agin’, le mot qui désigne une épée en germain, l’adjectif qui l’accompagne forme alors le surnom d’un ancêtre (inévitablement guerrier) qui avait  »l’épée lourde » (et la main probablement aussi)… Evitons l’interprétation -pourtant fréquente à cette époque et pendant plusieurs siècles- de l’image ‘épée/dague/poignard/braquemard’, prise au sens figuré de sexe masculin (surtout accolée à quelque chose de dur…), je ne suis pas assez intime avec Mathias. En tous cas l’ascendance vaut également pour quelques (rares) variantes du nom en Esnard donc, mais aussi Esnet (Enet), Esnot (Enot), Esnaud (version vendéenne) et même le diminutif Enaudeau (Pays de Loire), tous proches des Enard, y compris donc géographiquement.

Signalons une autre branche proche de ce nom et formé sur la même racine, celle qui a donné Eynaud (ou Aynaud), qui allie donc l’épée (agin-) avec le résidu (-aud) d’un verbe germain qui est ‘(w)aldan’ et qui veut dire gouverner, symbole très voisin de celui qui, sans doute, ‘signait -ses ordres- à la pointe de l’épée’, comme disait le petit renard de la nuit californienne, El senor Zorro (4). Lequel n’avait comme boussole que le fidèle Tornado (pas le muet, le cheval)….

(1) Chronique sur l’étymologie du mot dans les archives (nov.2011) en tapant ‘Goncourt’ en haut à droite de cette page.
(2) Titre de son roman primé.
(3) Voir dans beaucoup d’autres chroniques, les ‘chauff-ard’, ‘fuy-ard’, ‘gueul-ard’, ou…conn-ard, tous version péjorative de chauffeur, fuyeur (!) ou fugitif, gueuleur ou con.
(4) zorro (zorino) désigne un renard (à cause des yeux plissés -donc malins- du justicier; par contre, on ne sait rien de ses oreilles ou du reste…)


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