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Estoup (Pierre)

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Finalement, on a beau faire (et dire, et écrire): rien n’empêchera jamais les gens de jouer avec les mots, et particulièrement les patronymes. C’est bien sûr assez souvent l’origine de nos ‘noms propres’, mais on frise parfois les moqueries de cour d’école que certains d’entre nous ont connues en raison d’une consonance particulièrement évocatrice, parfois à juste titre mais le plus souvent sans aucun fondement. Tout ça pour dire que la presse du moment n’a pas pu s’empêcher -à quelques exceptions près- d’afficher des titres d’articles tels «Le juge Estoup proche de l’entourloupe», la rime étant tellement facile et, en l’occurrence, quasiment logique. Le problème, c’est qu’encore une fois, la fiction de l’ironie supposée rejoint -et même dépasse- la réalité!

Le ‘juge’ en question est l’un des arbitres qui ont estimé le montant du préjudice finalement versé à Bernard Tapie, dans le règlement du contentieux qui l’oppose (depuis bientôt…trente ans!) au Crédit Lyonnais. Le brave (pour l’instant) homme s’appelle donc Estoup, et la provenance du mot ne fait aucun doute: direction le Sud-Ouest, plus précisément la Gascogne, et encore mieux les Landes sans doute. Estoup ou Estop à Mont-de-Marsan et région; Estoube ou Estoubé entre Foix et Perpignan; Estoupey et Estoppey à l’ouest de Paris; et même Estoupan du côté de Marseille: tous ces noms de la même famille ont un rapport avec l’estoupe (en ancien-français), devenue étoupe dans le langage actuel. Actuel peut-être, mais pas forcément courant, puisque la chose désigne très spécifiquement ce mélange de chanvre et de lin assez grossier, parfois malaisé et éventuellement risqué à ‘travailler’, dont on se sert dans plusieurs métiers pour des opérations de bouchage sur une fissure, de rafistolage sur des (petites) canalisations, et surtout en marine pour le calfatage de défauts dans la coque d’un navire.

Les romains avaient déjà et la chose et le mot, avec ‘stuppa’, qui a donc donné estoupe en français mais aussi estupilla en espagnol. Le suffixe de ce dernier mot indique une forme de diminutif, ce qui nous donne le sens de ‘le petit bout d’étoupe’, sorte de mèche fibreuse que l’on imbibait d’huile à des fins d’éclairage, avec les désagréments d’ambiance et d’odeur que l’on peut imaginer à l’époque…L’Eglise en a confectionné de meilleures pendant des siècles, à une fin très particulière: il s’agissait de faire brûler quelques brins au moment de l’intronisation papale, histoire de symboliser la brièveté de la vie qui se consume, l’opération étant assortie d’une litanie où l’on rappelait la citation latine «Sic transit gloria mundi» (Ainsi passe la gloire du monde…)

Mr Estoup est donc une sorte de ‘bouche-trou’ professionnel (en fait, boucheur de trous), éventuellement le fournisseur de cette matière ou même son producteur. C’est la langue occitane qui a permis la survivance du terme, en maintenant le verbe ‘estopar’ (estouper), c’est à dire boucher quelque chose avec de l’étoupe. Il est assez inattendu de constater qu’il y a eu, pendant le Moyen-Age, une période où ce verbe a également eu un sens figuré, celui de ‘boucher la vérité’ en quelque sorte donc mentir ou tromper quelqu’un en lui racontant des fadaises. Décidément! Est-il besoin de faire un commentaire avec l’actualité? D’un point de vue strictement étymologique, bien sûr…


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