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Fabiola

Fabiola

La veuve de feu le roi Baudoin de Belgique vient à son tour de décéder. Dans un étonnant signe du destin qui a croisé l’itinéraire de leur vies, le nordique Comte du Hainaut s’était éteint en Espagne; elle, la fille du sud ensoleillé, est morte à Bruxelles. Et ce n’est pas faire injure aux citoyens belges que d’affirmer que la bien-aimée souveraine était d’abord la reine des fèves. Y compris étymologiquement…

Car Fabiola de Mora (papa) y Aragon (maman) avait été placée sous la protection tutélaire de Ste…Fabiola (Fabiole, en français; si, si, ça existe), une pieuse veuve romaine du quatrième siècle après JC. Ni vierge, ni martyre (pour une fois, ça change), mais personnage…sulfureux de la société de l’époque: on lui attribue le scandale d’un premier divorce ‘dans la bonne société’, puis une retentissante vie de pénitence (condition sine qua non de la canonisation chrétienne, quand même), avec la création d’un hôpital gratuit ouvert aux pauvres sans carte Vitale.

Quinze siècles plus tard (1949), l’histoire inspirera librement le scénario d’un film italien réalisé par Alessandro Biasetti, au générique duquel figurent, en tête, deux stars…françaises (enfin, au moins une): une certaine Michèle Morgan, qui cèdera aux charmes du péplum en nylon d’un figurant culturiste clermontois nommé Henri Vidal (son futur et feu mari).
Tout cela est bien beau, mais ne nous dit pas d’où vient la racine de ce mot. Eh bien, du sol, tout simplement, puisque que ‘fabiola’ est une forme de diminutif du latin ‘fabia’, qui désigne une fève. Fabiola signifie donc ‘(ma) petite fève’, ce qui tombe plutôt bien pour ceux (ou celles) qui tirent les Rois. Le passage du latin classique au latin ‘de cuisine’ de la fin de l’Empire, puis au charabia gaulois, francique et enfin français, va faire passer ‘fabia’ à ‘febia’, ‘fevia’ et enfin fève (je résume).

La raison de ce coup de post-it agricole n’a rien à voir avec une volonté de surnom affectueux (connotation très contemporaine) mais parfois aussi…péjoratif («toi, t’es une drôle de fève»); il semblerait que l’appellation concerne le plus souvent un ancêtre qui cultivait ou vendait des fèves (*). Du coup, le phénomène va concerner tous les noms ou surnoms qui pousseront autour de cette faba/fava/fèbe/fève! A commencer par la marque de lignée de la fille Fabia, nom de jeune fille Mme Néron (l’empereur). Si cela ne vous impressionne pas beaucoup, dites vous que Fabia, qualificatif féminin, fait Fabius au masculin (je suis sûr que ça vous parle davantage), et tous leurs propres diminutifs, soit Fabianus, Fabian, Fabienne ou Fabien, à mettre dans le même panier de fèves.

On trouve aussi des formes plus inhabituelles en France, mais tout à fait voisines, comme Fabarius (en Allemagne), Fabioux, ou tout simplement Fabier, qui conservent tous le ‘b’ latin, tout comme les Fabignon (antillais) ou les Fabiole (provençaux)…Avec le ‘v’ français médiéval, il faut alors rajouter les Favier (comme la comédienne Sophie), les Favières (le lieu où abondent les fèves, comme l’homme de radio Maurice), les Faverolles (idem, mais sur une surface plus limitée), les Favereau (angevins), Faveraud (vendéens), Favroux (lyonnais) et même toutes les orthographes approchantes, comme les Favignon (charentais). Comme vous le voyez, un champ très ouvert.

Il n’empêche que, même si elle ne sort de l’anonymat qu’une fois par an, ou presque, pour la fève, c’est un peu la fin des haricots: selon les régions (et les fantasmes), l’expression «avaler la fêve avec le gâteau» (ou ‘dans’ le gâteau, parfois), signifie que le (mal)heureux élu n’a pas envie de payer sa tournée et préfère engloutir la petite figurine symbolique, au risque de se casser une dent en céramique sur la porcelaine du sujet; car, de nos jours, rares sont les ‘vraies’ fèves dans les galettes; on trouve plutôt un mélange de petits santons (sic) en plastique, de figurines animales, de symboles divers (dont les signes du zodiaque ou des détails anatomiques humains difficiles à décrire ici). Pour…couronner le tout, en argot, un ‘enfévé’ est, au mieux, un richard (celui qui a tiré la fève); au pire, je vous laisse deviner; car, cette fois, c’est loin d’être de l’étymologie.

(*) Rien à voir avec le mois de février -en fait, ‘f(i)évrier’- qui ne doit rien aux fèves mais aux ‘fièvres’, la saison des grippes!

Ps: un lecteur belge -et cultivé- me demande d’éclaircir l’origine de ce mois de février avec ‘le mois des Purifications’, défini par le verbe ‘februare’ (purifier) et l’adjectif ‘februus’ (purifié). Y-aurait-il une erreur de sens avec la fièvre? Pas du tout: on considère généralement que, d’un point de vue linguistique, ces deux derniers mots sont des ‘déverbaux’ (des mots issus) du nom commun ‘febris’, ou ‘fevris’ (la fièvre), car, du temps des Romains (et ça n’a pas changé depuis), on considérait que la hausse de température du corps représentait une réaction de l’organisme qui se défendait contre un élément étranger, contribuant ainsi à…purifier l’organisme de la maladie évacuée (enfin, quand ça marchait).


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