L’investiture du président de la République François Hollande sera donc placée sous le signe de deux figures tutélaires et symboliques du génie français: Jules Ferry et Marie Curie. L’éminence et l’influence sociale et scientifique de ces deux personnalités étant incontestables, il est donc peut-être bon pour notre instruction laïque de passer aux rayons X de l’étymologie les patronymes ainsi mis à l’honneur. L’un et l’autre ont d’ailleurs l’air d’être simples à comprendre; mais est-ce vraiment le cas?

Commençons par régler le cas de Jules: l’oeil et l’oreille exercés de tout amateur de phonétique va rapidement reconnaître dans Ferry une probable racine ‘fer-’, puis un suffixe ‘-y’, avec un redoublement du ‘r’ entre les deux, histoire de composer une orthographe logique. En prenant l’exemple du fer, justement, ne dit-on pas ‘ferreux, ferrugineux, ferré, ferrant et ferret’. En effet, avec le nom du métal en question, on peut…faire une multitude de noms propres, en rapport avec ses caractéristiques, que ce soit pour sa couleur (grise, qui s’appliquera souvent à une personne ‘poivre et sel’) ou sa dureté (qui a la tête dure comme fer).

Ainsi vont naitre les Ferré (comme le chanteur Léo) dont l’origine très pragmatique désigne celui qui travaille le fer, soit le forgeron. On trouve également sa variante très proche, les Ferrer (en pays catalan, souvent). Quant au lieu où exerce le forgeron, il pourra s’appeler (la) Ferrière, histoire de localiser une forge, plus fréquemment qu’une mine de fer, moins fréquente statistiquement.

Pour les mines, on touvera plutôt Ferrères (en français), équivalent du Ferreira portugais; lui-même cousin (de l’ambassadeur) Ferrero espagnol, que l’on trouve également sous la forme Herrero en zone occitane en France (de la Provence aux Landes). Citons enfin les Ferreux (comme l’acteur Benoit -je sais, on peut ne pas connaitre) pour les gens aux cheveux gris, ou les Ferri corses (comme la chanteuse Catherine -idem)…Ne manquent donc plus à l’appel que les Ferry, et pour cause: paradoxalement, ils n’ont strictement rien à voir avec une histoire de fer!

Nos Ferry (décidément très marqués par l’Education Nationale , entre l’homme politique Jules et le ministre Luc) sont originaires de l’Est de la France; le patronyme semble avoir fait souche en Lorraine, Ardennes ou Vosges, ce qui est précisément la région natale de Jules (St Dié). La composition du mot est donc forcément de structure germanique, même avec quelques phénomènes inattendus pour sa francisation: Ferry est en fait une ‘contraction déformée’ de…Frédéric, surnom formé de deux racines des 6è ou 7è siècles, ‘frid/fred’ qui signifie la paix + ‘ric/ry’ qui veut dire puissant (et non pas forcément riche, dans un premier temps).

Frid-ric (Freidrich, Freidrik, Frédéric, Freddy, et toutes ses variantes) qualifie donc un ancêtre dont les qualités exprimaient la puissance et la paix (la paix par la puissance? La puissance sur la paix? Une paix puissante? Une puissance pacifique?). Bref, la sonorité du mot va être modifiée par le français du Moyen-Age en ‘Fre-ric’, puis, par une interversion du ‘r’, devenir ferric, et enfin ferry (rien à voir avec le transbordeur de Marseille*). Voilà comment les Ferry ont évité le coup de barre, au moins étymologiquement…Parce que, même si les manuels d’Histoire ont retenu la figure républicaine de «l’école gratuite, laïque et obligatoire» (Charlemagne, le retour), ils ont rarement mentionné que le brave Jules-François-Camille fut l’un des plus virulents partisans de la colonisation française, et çà , c’est peut-être un peu moins républicain…

(*) A toutes fins utiles, le ferry-boâte de Marius représente évidemment deux mots anglais, le bateau (boat) qui transporte (to ferry, directement emprunté au verbe…latin, ferre).