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Gabart (François)

Gabart

Pour finir l’année, histoire de bateaux, d’océans et de navigateurs…Il a été question ici récemment de l’origine du patronyme Le Cléac’h, concurrent du ‘Vendée Globe’ longtemps en tête solitaire de la compétition, et désormais quasiment bord-à-bord avec son poursuiveur de longue distance, François Gabart. Un nom (pour l’instant) pas très connu si vous n’êtes pas un adepte de la voile, mais dont l’étymologie permet de naviguer (forcément) entre plusieurs mots, parfois de la même famille, parfois simplement homonymes; avec, une fois de plus, une coïncidence finale avec le nom de ce marin qui nous fait échouer sur une histoire de..bateau!

Notre Gabart est de naissance charentaise, ce qui tombe plutôt bien car le mot, sous cette orthographe ou avec un -d final (Gabard) est la trace du passage de nos ‘envahisseurs germains’ habituels qui ont délaissé, à partir du 6è siècle, les talus des banlieues de Hambourg pour venir cueillir les roses trémières de l’ïle de Ré. Après avoir traversé la Gaule d’un coin à l’autre du futur Hexagone, les voilà qui se heurtent à la frontière naturelle de l’océan et s’installent donc pour quelques temps dans la région, en important du coup un certain nombre des sons gutturaux qui leur servent de langue. Parmi eux, il y a deux racines, (gaba + hard) qui évoquent le don, la générosité, et l’adjectif dur, difficile. Nous voilà donc (peut-être) avec le surnom d’un géant moustachu qui avait la distribution radine (si c’était des vivres) ou au contraire généreuse (si c’était des coups)?

Toujours est-il que le terme reste dans le(s) parler(s) charentais, et le tour est joué. Ailleurs en France, à l’époque médiévale, il y aura d’autres Gabart, plutôt originaires du quart sud-est du pays. Dans ce cas, rien à voir avec le Père Fouras: il s’agit alors d’un dérivé du verbe d’ancien français ‘gaber’, qui veut dire plaisanter, se moquer de quelqu’un ou le tromper. Ce qui donnera certaines familles Gabin (comme l’acteur Jean) ou Gabon (rien à voir avec l’ex-colonie africaine découverte par les portugais, lesquels avaient décrété, en entrant dans l’estuaire du fleuve Komo, qu’il avait la forme d’un ‘gabao’, un manteau à capuchon!). Une idée de vêtement que l’on retrouve (par coïncidence) dans le correspondant de ce verbe d’ancien-français dans le nord de l’Italie, avec des diminutifs comme Gabardi, Gabardo. Du côté français, on trouve cette fois en Isère des Gabardin ou Gabardine (!), surnoms de personnes ayant l’ironie facile (ou dont on se moquait facilement, on ne sait jamais dans quel sens l’analyse des racines est la plus fréquente).

François le marin est également l’homonyme d’une variété de bateau de transport fluvial à fond plat, bien connu de l’estuaire de la Loire aux méandres de la Garonne, la gabarre (ou gabare d’ailleurs). Cette fois, rien à voir avec le germain ou le vieux-français, mais l’itinéraire du mot vaut quand même le détour: à l’origine, il y a le mot grec ‘karabos’, qui ne veut pas dire une fée mais une coquille, et même une coquille vivante très précise, comme on va le voir. Au fil du temps et de l’évolution des langues, ‘karabos’ va devenir ‘garabos’, puis, avec un phénomène d’inversion des consonnes (si!), on arrive à ‘gabaros’, puis ‘gabare’ évidemment.

Plus spectaculaire encore: sur la même racine, et avant que les consonnes ne permutent cette fois, ‘karabos’ devient ‘karavos’, soit ‘karave’ en français médiéval. Allez, autant l’écrire phonétiquement ‘carave’. Le mot ne vous dit peut-être rien mais son diminutif aura beaucoup de succès: la petite-carave va devenir une…caravelle, grâce à une création des arabes qui en font un lourd bateau chargé de marchandises, lequel avançait grâce à des rameurs (dos à la proue, donc ‘en marche arrière’) commandés par un équipage qui se tenait à la poupe, sur une zone carrée. Or, en grec, ‘karabos’ qualifie une crevette ou une écrevisse, c’est à dire une coquille vivante qui ‘avance à reculons’ grâce à sa queue plate. Avec un peu (ou beaucoup) d’imagination, vous retrouverez le dessin de la silhouette des voiliers favoris de Christophe Colomb.

Dernier homonyme, encore plus éloigné de l’ancêtre de François, la gabarre, terme gascon qui pousse dans les régions du sud puisqu’il s’agit d’arbustes d’ajoncs épineux (d’où certaines communes Gabarret, dans le Lot par exemple). Voilà une remarque certes piquante, mais bien loin des champs marins de l’Atlantique que doit affronter notre navigateur, lequel devra se donner à fond (gab-hard) pour arriver à l’heure (cléac’h) sur la ligne d’arrivée.


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