C’est un patronyme à la fois trop particulier pour passer inaperçu et trop évocateur pour être complètement ‘innocent’, linguistiquement parlant bien sûr. Hélas, les porteurs de ce nom, dont fait partie le désormais ex-évêque «d’Eredax»(*), sont également chargés d’une croix inattendue, celle de l’étymologie! Sans vouloir aucunement en rajouter dans les mesures d’éloignement qui frappent l’ecclésiastique accusé «d’attitudes inappropriées» et de «propos déplacés» sans que personne ne dise -pour l’instant- précisément lesquels (ça manque de clarté tout ça), on est bien obligé en l’occurrence de s’enfoncer en terrain instable…

Instable car marécageux à tout le moins, mais n’anticipons pas, et procédons d’abord comme d’habitude à une analyse ‘technique’ de ce phonème (ce son). En effet, l’argument vaut ce qu’il vaut, mais il est plus facile de s’appeller Moulin ou Dumont que Gaschignard, en tous cas d’un point de vue sonore: le cumul de trois syllabes, renforcé par l’obligation d’articuler chacune pour passer au travers d’un premier ‘a’, suivi d’une ‘chuintante’ (-schi-) qui se termine par un second ‘a’ inclus dans un suffixe péjoratif, voilà qui interdit toute discrétion vocale!

A commencer donc par cette finale en ‘-ard’, traditionnellement -et effectivement- significative d’une nuance plutôt négative. Exemples, plusieurs fois cités dans d’autres chroniques: un revanchard, c’est un mauvais perdant qui cherche à se venger; un cumulard, c’est un vilain député qui refuse d’abandonner (le salaire de) plusieurs fonctions; un smicard, c’est un méprisable travailleur incapable de trouver un poste supérieur, etc…Voilà ce qui traine dans l’in-(à peine)-conscient collectif.

Or, Gaschignard est bien une variante de Gaschin, lui-même formé sur un substantif dérivé d’un verbe d’ancien-français (on dit un déverbal, si vous voulez caser ça dans un diner), le verbe ‘gascher’ ou ‘gaschier’, synonyme de laver, de détremper, d’où le sens dérivé d’un toponyme, celui qui désigne une terre…détrempée, un endroit boueux ou un domaine où l’on s’embourbe (no comment). C’est évidemment la même racine qui, après élision (effacement) du ‘s’ et transformation en accent circonflexe, a donné la gâche et le verbe gâcher, qui s’applique aussi bien, au sens…propre, à un mélange d’eau que l’on ‘trouble’ avec du ciment qu’à l’avenir compromis de certains jeunes que l’on ‘souille’, sur un plan figuré…

Il faut rajouter dans la même famille les formes simples de Gaschet (simple ‘petit diminutif’), Gaschin donc, mais aussi Gaschis (!) et Gascheau; plus les versions longues en Gaschereau et nos malheureux Gaschignard…Pour une fois, insistons sur la précision de l’orthographe et la présence (ou pas) de ce ‘s’ central; car il existe, parallèlement, une autre liste de noms hérités, eux, de la ‘gache’, d’après le verbe occitan ‘gachar’ qui signifie observer avec attention, épier. D’où le sens de poste de guet ou de point de surveillance (naturel), tenus par des soldats futurs Gache, Gaches, Gachet, Gachard (celui qui s’endormait pendant la garde?) et autres Gachin. Et, à la suite, des Gachignard (sans ‘s’ donc) ou Gachignat; peut-être même certains Gachassin, qui passaient sans doute leur temps à jouer au rugby plutôt que de scruter l’horizon…

Que dire pour conclure, sans vouloir gâcher définitivement le sujet? Que l’on peut fermer cette chronique en tournant la clé dans la gâche, troisième homonyme qui n’a strictement rien à voir avec le reste puisqu’il vient d’une ‘gaiche de serrure’ (13ème siècle!), issue d’une racine celte (disons gauloise) qui est ‘gaspia’ et qui désigne une boucle. La preuve, le diminutif la petite-boucle, c’est bien évidemment la…gâchette, l’arrondi dans lequel vous mettez le doigt pour lâcher le(s) chien(s) de votre arme. Mortel, ce mot!

(*) Je vous jure, je l’ai vu écrit comme ça dans un journal (gratuit)! Je ne sais pas où se trouve cet évêché, mais il vaut quand même mieux comprendre ‘Aire (sur Adour) et Dax’ (Landes), même si vous n’avez jamais mis les pieds au-delà du périphérique parisien..