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Gilberto (Joao)

Gilberto

« La Fille d’Ipanema » a perdu son papa, avec la disparition d’un musicien considéré comme l’un des plus créatifs du 20ème siècle, auteur brésilien de plusieurs chansons au succès international et accompagnateur de nombreux artistes de la chanson. Gilberto, c’est un peu comme Neymar, autre brésilien d’origine -forcément- portugaise (1), son nom n’est pas son nom, du moins pas ‘à la place’ où on l’y attendrait…

Comme Neymar Junior, fils de Neymar Senior, lui-même fils de Neymar Senior etc, ‘Joao-Gilberto’ ne représente pas la notation traditionnelle prénom-nom mais juste ses deux prénoms; pour la carte de visite complète, il faudra rajouter…Prado Pereira de Oliveira, ce qui allonge quand même un peu le format du carton. Quelle est la raison d’une telle accumulation de patronymes? Tout simplement l’Histoire, et les différentes alliances de la famille au cours du temps (2). Prenons les mots un par un.

A commencer par les ‘prénoms’ dont un Joao, facile version d’influence lusitanienne pour un Jean francophone, un John anglo-saxon, un Gino italien ou un Yan breton (et néerlandais, mais pour d’autres raisons)…Pour Gilbert, beaucoup plus guttural, il faudra remonter les siècles pour accepter l’importation de sons d’origine germaniques (lors des ‘Grandes Invasions’) jusqu’au-delà des Pyrénées, via un Gilibert et même Gisliberth plus caractéristiques, formés des deux racines ‘gisla’ (un otage) et ‘berth’ (illustre, brillant).

Résultat final de ce curieux hypallage (3) un peu difficile à comprendre, en tous cas avec certitude: était-ce le vestige d’un surnom concernant un prisonnier de prix (mais alors, pourquoi le débaptiser si c’était un ‘otage-connu’), ou celui d’un guerrier ayant pratiqué une prise (d’otage-s) et donc devenu célèbre pour cela? Toujours est-il que le Gilberto a su capturer les meilleures mélodies pour asseoir sa réputation.

De Prado, on peut dire clairement qu’il vient de la racine latine ‘pratum’ qui désigne un pré, ou une prairie (la dimension n’est pas tout à fait la même), voire, symboliquement, un vaste espace découvert pour faciliter une plantation ou la présence d’une forêt. C’est le sens initial de la topographie qui s’appliquera aussi bien au quartier du Musée madrilène qu’au large boulevard marseillais (justement rebaptisé par comparaison avec le site espagnol!).

D’un point de vue linguistique, hormis la marque finale en ‘-o’ qui fera ‘prato’ en italien, le terme hispanique s’est juste un peu assourdi pour remplacer le ’t’ par un ‘d’ (y compris dans le ‘prad’ breton), les peuples du Nord préférant le son germanique ‘wei’ (pour le néerlandais) ou ‘wiese’ (en allemand), les anglais optant pour ‘meadows’, des prés qui subiront un jour un coup de chaud (to flush) sous l’action de balles de tennis (4).

Et que trouvait-on dans ou sur ce Prado? Des ‘peira(s)’ bien sûr, le fruit des ‘pereira(s)’, en français des poiriers. A-priori, sauf quelques rares exceptions, il n’y a pas de rapport avec les Lapeyre qui renvoient à une histoire de pierre (la peyre, en occitan) et donc de carrières d’extraction. Le correspondant de Pereira est en fait Lapereyre (la poirière ou la ‘poireraie’ comme on dit pour la roseraie par exemple, pour désigner la zone d’exploitation fruitière).

Il y a de nombreux Pereira célèbres au Brésil, en Colombie et dans toute la zone d’influence portugaise dont les ex-colonies africaines (Carmen Pereira, femme politique guinéenne), plus une foule de footballeurs comme Joao Pedro Pereira Silva, et même le cycliste français professionnel Florent Pereira. En version gasconne, les plus actifs auront été les frères bordelais Emile et Isaac Pereire, descendants d’un José Rodriguez Pereira juif…portugais immigré à la cour de Louis XV; ce sont les promoteurs (et investisseurs risqués) d’une ligne de chemin de fer historique qui permettra le développement de la ville d’Arcachon.

Ne nous reste plus qu’un Oliveira qui ne dépare pas avec son voisin puisque, généralement, il faut comprendre le mot comme une allusion au propriétaire ou à l’exploitant d’une…oliveraie, autrement dit un champ d’oliviers, pour rester dans l’évocation du patronyme. Sauf que, dans ce cas précis, vient parfois se… greffer sur le sens proprement agricole de la racine, une branche plus mythique qui renvoie à un patronage sous la protection d’Olivier, le valeureux compagnon d’armes de Roland, à condition évidemment que la lignée des Oliveira (ou Olivier, en français) ait débuté après le 11ème siècle, date supposée de la rédaction de la-dite épopée de la ‘Chanson de Roland’.

Finalement, chercher à lier tous ces patronymes est certainement vain (Jean-Gilbert du pré aux poiriers et aux oliviers?) mais chaque élément onomastique accumulé au fil de la saga familiale aura donné suffisamment de fruits (artistiques) à la culture brésilienne; y compris semble-t-il étymologiquement.

(1) voir l’article qui lui est consacré, et les nombreuses hypothèses sur son état-civil.

(2) En France, on est davantage habitué à une juxtaposition de deux noms, trois au maximum, souvent après divorce et/ou remariage (la décision personnelle de conserver plusieurs termes étant désormais possible)

(3) Allô, (Petit) Robert?

(4) La véritable origine de ‘Flushing Meadows’ correspond en fait aux fondateurs néerlandais de la ville, venus de…Flessingue , déformé en flushing (coïncidence: il s’agit quand même, en flamand, d’une histoire de prés humides ou de marécages aux eaux stagnantes!)


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