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Hidalgo (Michel)

Il restera l’homme qui a mené l’équipe de France (de football, au cas où vous auriez passé les vingt dernières années sur Mars) à son premier grand titre international, le Championnat d’Europe 1984. Devenu entraineur après une carrière de joueur lui-même, le natif -par hasard- de Leffrinckoucke (Nord) partage ce patronyme hautement espagnol avec la maire (actuelle) de Paris. Pour ceux qui nous ont rejoint depuis 2013 (précédent article), petit retour parfois surprenant au soleil de Castille.

Dans le français courant, l’hidalgo est en général le prototype du séducteur style Jules-Les-Eglises (Julio Iglesias), joueur de foot, chevalier à la figure triste ou pas (on en reparle plus bas) ou fougueux andalou à la croupe cambrée. Bref, quasiment tout le contraire de l’origine du mot, en tous cas étymologiquement!

En effet, malgré ce que l’on croit en être la définition, y compris dans la tradition locale, l’hildalgo n’est pas un ‘gentilhomme’, en tous cas de naissance ou de rang réel. Le sens de ‘noble’ qu’on lui donnera par la suite n’est peut-être qu’une ironie, qu’il faut prendre dans le sens contraire, un peu comme les Leroi ou les Lepape français, qui n’ont jamais de rapport avec les premiers personnages du royaume ou de l’Eglise.

La connotation de noblesse n’arrive qu’assez ‘tard’ dans l’évolution du mot, et encore au sens figuré, grâce à la célébrité d’un personnage du début du 17è siècle, amateur de chevaux efflanqués et de mirages de moulins, un certain «Ingénieux Noble Don Quichotte de la Mancha», et à cause d’une traduction approximative de son surnom en v.o, précisément «ingenioso hidalgo».

Or, à l’origine, un ‘hidalgo’ est tout simplement la contraction de ‘hijo-de-algo’, soit littéralement le ‘fils de quelque chose’. Et c’est là que les interprétations divergent: car on a souvent compris le qualificatif comme un…’fils de rien’, soit quand même exactement le contraire d’un noble censé posséder un minimum de richesses…

Puis ce ‘quelque chose’ a repris son sens originel, qui est peu (de choses), ou assez (de quelque chose). Ce qui en fait peut-être une leçon sous-jacente de satisfaction matérielle («Il en faut peu pour être heureux», ça vous dit quelque chose?)…Troisième niveau: fidèle à la définition portugaise cette fois, ‘algo’ représente ‘du bien’, soit, comme en français, une possession ou une propriété.

C’est là que le hijo-de-algo deviendrait alors ‘le fils (d’un père, évidemment) jouissant de maison(s) ou de territoire(s)’. Notons au passage que l’ancienne langue espagnole donne à ‘algo’ le sens d’une hacienda. Si ça continue, on va se retrouver dans la villa californienne de Don Diego de la Vega (dit Zorro, pour les intimes)…

Quant à l’hypothèse la plus surprenante, elle nous emmène loin de l’Espagne d’un point de vue linguistique, tout en restant en Castille à l’époque de la (longue) présence arabe dans la péninsule: certains étymologistes font remonter le terme ‘algo’ à l’arabe ‘al-khoms’, qui veut dire ‘le-cinquième’, unité de mesure qui concernait le pourcentage de rançon demandé sur des terres conquises.

De fait, les personnes installées sur les surfaces concernées (et devenues par la suite propriétés de l’Etat) auraient pris le surnom de ‘ibn-al-khoms’ (=le fils des cinquièmes; même raisonnement que hijo de algo!), devenu en espagnol ‘hijo-al-gom’ puis ‘hidalgo’…Bel étymo pas si logique que ça: le terme ne s’est en effet développé seulement à l’époque coloniale en Afrique du Nord, d’où un décalage temporel peu crédible.

Quoi qu’il en soit, l’Histoire retiendra de Michel un panache certain, tout en invitant malgré tout à clore cette chronique car, comme on dit à Madrid, «algo es algo» (assez, c’est assez). Y compris étymologiquement.


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