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Jacquier (Gilles)

Jacquier

A l’occasion du rapatriement de la dépouille du reporter de France 2 Gilles Jacquier, une fidèle lectrice attentive à l’actualité se (et me) demande si ce patronyme a un rapport, de près ou de loin, avec le prénom Jacques, et, dans un cas comme dans l’autre, quelle en est la signification…Réponse: non seulement il a un rapport proche, mais il est, littéralement, l’une des variantes de Jacques, car ce mot a généré, via plusieurs personnages célèbres, une immense famille de patronymes, parfois assez loin de notre orthographe française.

Commençons par le commencement: Jacquier est la version savoyarde du prénom en question; on trouve parfois la forme Jaquier sans ‘c’, mais le mot est le même. En fait, le terme s’est diffusé dans toute la vallée du Rhône, du sud de la Champagne aux portes de Marseille, depuis un ‘foyer’ initial qui est donc la Savoie. Coïncidence -ou fidélité – géographique, Gilles, né à Evian-les-Bains, a passé son enfance dans le Chablais, puis à Chamonix: on ne peut pas faire mieux comme identification locale.

Or, comme tous les patronymes, Jacques a d’abord été un surnom, puis un prénom, et enfin un nom ‘propre’. Chronologiquement, cela donne une première étape, en l’occurrence biblique, où ‘yakob’ signifie en hébreu «Dieu supplante» ou «Dieu tient le talon», image. A cette époque, c’est le prestige du patriache, fils d’Isaac, qui va permettre la ‘médiatisation’ du mot. Etapes suivantes: au fil des siècles, parmi les 7 (au moins) Jacques canonisés par l’Eglise, celui qui ramassera le jackpot sera évidemment un pêcheur devenu apôtre (et peut-être cousin de Jésus); premier martyr de la chrétienté, ses reliques ont été transférées en Espagne, à Compostelle, petit village dunaire qui sera très couru par la suite.

On ne s’étonnera donc pas de voir naitre, en fonction des pays, des langues et des parlers locaux, une cohorte de Jacques sous différentes formes, dont les Jacot (diminutif suisse), les Jacquot (lorrains), les Jacoud, Jacoulot ou Jacoutot (franc-comtois), les Jacquemin (ardennais ou nordistes), Jacquard (bourguignons), Jacqué, Jacquet ou Jacquel (vosgiens), Jacquelin (autre diminutif, loirais), Jacquemard ou Jacquemin (encore le Nord); encore quelques Jacquiaud ou Jacquiau (limousin-charentais), etc, etc…

Passons à l’étranger: le Jack anglo-saxon est plutôt ordinaire ou carrément américain; le vrai Jacques anglais, lui, est plus distingué, sous la forme James; en Germanie vont naitre les Jakob (retour aux sources), mais aussi Joachim, voire Achim (après chute de l’initiale); en Italie, le pizzaïolo s’appelle souvent Jacomo; en Espagne, Joachim encore, Joaquin ou Joaquino en diminutif, etc. On voit que, depuis les croquants (Jacquou) aux éventreurs (Jack), le jacques a eu un certain succès. Sauf, hélas, dans le langage courant classique, où il va progressivement servir à désigner quelqu’un (que l’on connait), contrairement au Jean (que l’on ne connait pas); ce jacques-là va entrer dans plusieurs expressions populaires, et « faire le Jacques ou faire son jacques » va signifie faire l’idiot, ou faire son intéressant; l’apogée de l’ironie arrive à la fin du 19è siècle, où le mot évoque proprement (si j’ose dire) un naïf, un idiot. La raison de cette infamie? Les Anglais, messire! (comme à chaque fois qu’il nous tombe quelque chose de mauvais sur la tête, c’est la faute de l’étranger): on dit que le brave William Shakespeare, dans son théâtre, faisait dire « to play the Jack », pour annoncer un personnage roublard ou imbécile, d’où cette connotation ‘culturelle’…(En néerlandais, on dire « faire le Jean »!)

C’est moins pire que l’utilisation argotique actuelle, que tout anglo-saxon comprend aussi clairement que lorsqu’un français fait allusion à son Popaul, pour ne pas dire son petit-Jésus. Comme quoi, le mot le plus noble peut prendre un sens diamétralement opposé à son origine. Anglo-saxon toujours, le Jacques habillé tout de noir, qui va officier lors des enterrements, le…blackjack, en français le fossoyeur. Et, puisqu’on prononce le mot, amusez-vous à chercher toutes les utilisations ludiques de ce jack, depuis le jeu de hasard jusqu’au surnom de certaines cartes à jouer…

Finalement, le jacquier le plus énigmatique (pour moi) ne prend pas de majuscule, puisque c’est le nom de cet arbre tropical que l’on trouve dans l’Océan Indien (au départ, évidemment, de l’Inde et du Bangladesh, jusqu’à l’Ile Maurice), qui donne des fruits -la pomme de jacque- parfois très lourds, sortes de bogues dont le contenu est cuisiné de plusieurs sortes ou consommé cru. Si quelqu’un a jamais croisé le (grand) végétal en question, qu’il n’hésite pas à nous dire quel «Jacques» a planté cette graine-là…Dans tous les cas, que cet article soit un (modeste) hommage à la mémoire de Gilles.


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