L’homme du jour s’appelle Roméo Langlois, journaliste français enlevé par les Fractions Armées Révolutionnaires de Colombie, porteur d’un état-civil qui révèle un curieux hypallage: on attendrait en effet plutôt Roméo Litalien ou Robert Langlois…C’est sans doute que l’un et l’autre recèlent plus de nuances qu’on ne croit.

De Langlois, il a déjà été question dans ces pages (cf.entre autres, le sujet sur Hollande), où l’on découvrait, sans trop de surprise, qu’il s’agit là d’une variante du nom Langlais, lequel désignait tout simplement…un anglais. Tout comme il y a des Lallemand, Despagne et autres Pollack (polonais) ou même Hongrois, il s’agit donc de noms dits ‘de provenance’, servant à caractériser l’origine géographique des gens en question. Côté ‘anglais’, on trouve des Langlet, Langlais, Langlois donc, et même Langlès, version gasconne. Ce dernier terme permet d’ailleurs d’aller un peu plus loin que les définitions sommaires que vous trouvez dans vos dictionnaires étymologiques: ‘Langlais: nom de celui qui vient d’Angleterre’.

Or, la réalité est plus précise, et certainement moins caricaturale, car on trouve une ‘floraison’ de Langlès pendant la Guerre de Cent Ans. Logique, me direz-vous, sauf que les (vraiment) anglais étaient rares dans nos régions, hormis les soldats au combat. Par ailleurs, il eût été impensable de gratifier des français de souche par ce surnom infâme…C’est pourtant ce qui s’est passé! Le mot ne désignait pas un anglais d’Angleterre mais un aquitain, à savoir un sujet de sa Majesté Aliénor d’Aquitaine, ci-devant épouse du Roi londonien en cours. Les Langlais n’étaient donc pas des collabos ou des traitres, mais de simples citoyens de Bergerac ou de Bordeaux, tombés dans la corbeille de mariage de leur Duchesse. Autrement dit, pour un parisien par exemple, les landais étaient des ‘langlès’ parce qu’ils vivaient sur le territoire d’Henri Plantagenet, mais n’étaient pas plus ‘britanniques’ que vous et moi (enfin, pour moi, je sais; pour vous…)

Dernière précision, puisqu’on est dans le vocabulaire de langue d’Oc: les nombreux Anglade (Langlade) n’ont rien du tout à voir avec les Langlais; il s’agit d’un surnom qui prend en compte un terme (angla) qui évoque un lopin de terre en forme d’angle, ou situé à…l’angle d’un autre terrain.

Profitons donc du prénom de notre personnage, aussi célèbre qu’inattendu, et rarement donné -sous cette forme- aux nouveaux-nés français. Le nom évoque en effet trop fortement l’amoureux de Juliette, et devient d’autant plus difficile à porter (surtout si le gars en question n’a rien d’un séducteur).
En fait, Roméo n’est autre que la forme contractée de Romero (plus fréquent, comme patronyme), l’un et l’autre ayant bien un rapport avec Rome. Ce n’est pas la ville en tant que telle qui intéressait nos ancêtres, mais bien le symbole chrétien du centre du monde, la cité papale, lieu de tous les pélerinages et de toutes les bénédictions. D’ailleurs, en Espagne, le ‘romero’ se comprend bien comme un pèlerin, littéralement: ‘celui qui est allé à Rome’. Idem pour les Romano, Romani, Roman et, forcément, les Romain,  nom (ou prénom) donné à quelqu’un qui serait allé au Vatican ou qui avait un rapport avec ce site.
Petit rappel: exactement de la même façon, on a créé, lors des Croisades, des familles Jourdain pour honorer ceux qui étaient allés jusque sur les rives du fleuve où fut baptisé Jésus, et surtout qui en étaient revenus. Ce qui permettra aussi de fonder, plus tard, la Jo(u)rdanie, et même la cité gersoise de l’Isle-Jourdain, mais ceci est une autre histoire; le Romeo le plus connu en France est certainement occitan, quelque part sur le passage d’un trajet entre Rome et St Jacques de Compostelle (et plutôt dans ce sens-là, uniquement): il s’agit d’une fontaine pyrénéenne où venaient se désaltérer les pélerins, la Font-Romeu (« la source des pélerins »), future cité de préparation olympique.