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Mauroy (Pierre) / Méric (Clément)

disparitions

Double disparition en cette fin de semaine: l’une concerne Clément Méric, jeune militant tué par des extrémistes, et qui a suscité une large émotion politique et citoyenne; l’autre est celle l’ex-maire de Lille et ex-Premier Ministre Pierre Mauroy. Les deux hommes semblent par ailleurs avoir des patronymes de consonance proche; en fait, ce n’est pas le cas, mais les deux noms ont une histoire étymologique aussi exemplaire et parfois surprenante l’une que l’autre.

Commençons par le doyen, Pierre Mauroy, dont tous les medias ont répété à l’envi -et sans prendre beaucoup de risques- que c’était un ‘homme du Nord’. Exact, y compris d’un point de vue onomastique (l’origine de son nom). Mauroy fait partie de la même famille ‘sonore’ que les Maurois (comme l’auteur André, pseudonyme de…Emile, Salomon, Wilhem Herzog, cherchez pourquoi!), les Mauroit, ou même parfois les Mauras et Maurras (comme le journaliste puis homme politique Charles). Sans aller bien loin, en tout cas pas plus que les départements de l’Oise, du Pas-de-Calais ou du Nord, tous les dictionnaires vous diront (et encore) que le sens de ce nom est celui d’un toponyme (un nom de lieu) qui signifie: endroit planté de pommiers. Sans explication.

Certes. Mais reste à imaginer, si vous n’êtes pas spécialement linguiste, comment le mot ‘pomme’ peut avoir un rapport avec ‘Mauroy’! Essayons ensemble, vous allez voir, c’est facile. A l’origine, il y a le mot latin classique (académique, si vous voulez) ‘mala’, qui veut dire une pomme, précisément. D’ailleurs, ce mot, les romains le ‘conjuguent’ avec toutes sortes d’adjectifs, pour en faire des pommes de ceci ou de cela, un peu comme nous avons aujourd’hui en français des pommes, des pommes de terre, des pommes du Japon, etc…sans que les unes et les autres aient pour autant le moindre point commun, y compris botanique. Bref, cette ‘mala’ va inspirer le mot qui définit l’arbre-à-pommes, soit en latin toujours ‘malarius’ (*). C’est à ce moment-là de l’évolution du mot qu’intervient un phénomène linguistique fréquemment évoqué ici, la vocalisation.

Pour faire simple, le ‘L’ se transforme en voyelle (souvent un U), ce qui fait de chevaUx le pluriel de chevaL; de vitraUx le pluriel de vitraiL; de canaUx le pluriel de canaL, etc…Et donc ici, ‘maLarius’ va donner ‘maUarius’, puis ‘maurius’ (le second A n’est pas du tout indispensable), puis maur-as, ou -ois, ou -oy, et le tour est joué.
Les Mauroy sont donc les descendants d’un homme qui exploitait ou qui était propriétaire d’un verger de pommiers, donc aucun rapport avec les ‘maures’ (les bronzés, les tannés) comme on aurait pu le supposer, ce que dément d’ailleurs largement le teint de porcelaine des vrais ch’tis.

(*) rien à voir avec la malaria, dont le nom vient de l’italien (sous-entendu: maladie) «du mauvais air», mal-aria. Quant à la ‘pomma’, qui fera notre bonne pomme « française », elle vient d’un terme de latin ‘vulgaire’ (époque décadence de l’Empire), mélangé à un son d’origine…gauloise.

Quelques mots donc sur Méric, dont la famille linguistique réserve également de belles surprises: il s’agit d’un mot d’origine germanique, qui lui aussi a subi un (autre) phénomène assez courant, une ‘aphérèse’, c’est à dire la chute d’une syllabe -en l’occurrence la première- à cause de la longueur du nom, ou de sa consonance désagréable pour certains peuples, ou de la proximité d’un autre mot dans certaines régions. Bref encore, Méric est une forme ‘rabotée’ de Ay-meric, ou Aymerich, ou Emerich, ou Emmerich (comme Roland, le réalisateur américain), et toutes les formes que vous voulez, pourvu que le son soit (approximativement) le même. Du coup, aymeric se décompose en deux racines: ‘aym-’ (ou haim, en germain d’origine) veut dire ‘maison’ (même mot que home en anglais) + ‘-ric(h)’, qui signifie puissant (et non pas riche, dans un premier temps). Conclusion: les (Ay)meric portent le surnom de puissants propriétaires d’une maison; ou peut-être de propriétaires d’une ‘maison-puissante’, au sens de fortifiée, résitante. Comme le ‘tweet’ date du 11è siècle environ, allez savoir…

La surprise finale vient du fait que cette racine a parfois subi un autre phénomène linguistique: cette fois, on garde la syllabe initiale, mais le ‘M’ de haim- va se transformer en N, ce qui nous donne alors ‘hain-ric’, rapidement décliné en ‘Henric(h)’, soit Henry en anglais et…Henri en français évidemment. Le béarnais Vert Galant portait donc déjà le surnom d’un homme de pouvoir confortablement installé.

Ultime (après finale) pirouette: dans la famille ‘Heinric’, on trouve aussi les variantes germanique et néerlandaise suivantes: d’une part…Hein-z (comme le ketchup), Hen-kel (comme les savonneries), et même Hein-eken, brasseur d’Amsterdam qui a développé la bière que vous connaissez…Pour le coup, en voilà une racine ‘riche’, en tout cas étymologiquement.


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