Il s’appelait Ribeiro de Almeida-Soares, donc, forcément, il était brésilien (du moins, en toute probabilité). Or, grâce à sa grand’mère (qui était née à Hanovre), on le connait bien mieux sous le nom d’Oscar (pour ne pas dire Oskar) Niemeyer. Le célèbre architecte de la renaissance de Brasilia vient de disparaître à l’âge de 104 ans, emportant sans doute avec lui quelques plans qu’il avait encore en tête. De la cathédrale de la capitale à l’immeuble de l’ONU à New-York, en passant par le siège du Parti Communiste Français à Paris, l’homme aura laissé dans le paysage mondial de nombreux témoignages de son passage. Et la trace d’un patronyme un peu inattendu, puisque ce brésilien était donc…allemand.

Preuve supplémentaire qu’il ne faut se fonder ni sur le faciès (le cas échéant) ni sur la sonorité d’un patronyme pour déterminer sa nationalité (Rama Yade est aussi ‘française’ que Daniel Cohn-Bendit), Oscar Niemeyer porte donc le nom et l’histoire du parcours de sa famille, celui de familles émigrées d’Allemagne (et, plus généralement d’Europe du Nord) au 19è siècle, pour fuir un régime politique, des persécutions religieuses ou tout simplement une crise économique. Que ce soit en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) ou au Brésil, ce sont parfois de véritables enclaves territoriales qui vivent sous ‘culture’ allemande, les intérêts économiques ayant désormais pris le relais de la ‘simple’ colonisation (1).

Or, étymologiquement parlant, le petit Niemeyer n’était pas destiné à l’architecture mais à l’agriculture. En effet, le mot se décompose en deux parties, nie-meyer. La première (nie-) est une déformation de l’adjectif ‘neu’ (nouveau, comme néo en grec et en français, ou new en anglais); l’autre est tout simplement un nom de métier, celui du fermier, le meyer ou mayer (2). Conclusion: l’ancêtre d’Oscar était donc un gars récemment débarqué dans un village ou une commune germaniques, où il s’était installé comme fermier, ce qui lui donnait une qualification suffisamment forte pour être reconnu comme tel; sinon, on aurait pu le traiter tout simplement de ‘nouvel arrivant’, Neumann (neu-man, le nouvel homme); s’il avait eu un moulin, il aurait pu être Neumuller (neu-muller, le nouveau meunier); ou encore, comme l’homme politique français Lucien, devenir Neuwirth (neu-wirth, le nouveau maître -de maison- ).

En tout état de cause, on ne pourra dénier à notre homme d’avoir été à l’origine d’une nouvelle architecture, d’avoir broyé quelques anciennes farines de la profession, et d’être devenu le maître d’un courant de bâtisseurs. Un homme complet, quoi.

(1) Petit rappel – et preuves supplémentaires- : la présidente (rien que ça!) du Brésil s’appelle Dilma Rousseff; et celle de l’Argentine, Cristina Kirchner. Remarquez, celui de la France s’appelle bien Hollande…

(2) D’où également le nom de la ‘fermière désespérée’ de Wisteria Lane, Susan Mayer; et tant d’autres.