C’est la plus française des joueuses de tennis américaines (ou inversement), et elle sort de sa retraite -au sens quasi-religieux du terme- pour venir commenter ‘Roland Garros’ sur France Télévision. Du temps de sa brillante carrière sportive, la presse l’a toujours qualifiée en prenant bien soin de préciser ‘la française Mary Pierce’, ça fait toujours une championne que les ‘Anglais’ n’auront pas…à tel point qu’on trouve régulièrement dans des articles l’orthographe Marie Pierce. Drôle de patronyme pour une française, non?

C’est que le terme est évidemment typiquement anglo-saxon, mais il n’en est pas pour autant transparent pour un français, lequel n’entendra probablement qu’un ‘pirce’, du coup aussi équivoque pour un fils de Shakespeare que de Molière car proche de l’unique racine possible de l’ancien verbe…percer (percier en ancien-français, et to pierce évidemment en anglais), au sens de trans-percer! Fausse piste totale, en tous cas étymologiquement, car pour une femme, à part les oreilles ou le panier de ménagère, rien qui soit cohérent avec cette définition.

En réalité, si Mlle Pierce est bien Mary (et non pas Marie), c’est que son nom est en fait une forme de…prénom, une variante saxonne de Peter, autrement dit Pierre en français. Au départ, ce sont les Anglais qui ont tiré les premiers, en adaptant au Moyen-Age en Piers le terme latin de Petrus, lui-même déjà piqué au Petros (ou plutôt petros et petra) grecs qui évoque une pierre, celle sur laquelle un certain…Simon, commodément rebaptisé par Jésus pour y bâtir son Eglise (c’est vrai qu’avec Jacob, Barthélémy ou…Judas, c’était moins bien barré!). Sauf qu’en version originelle (l’araméen), le Pierre en question se disait…Kephas (merci le traducteur romain), dont on retrouve curieusement et uniquement la forme dans le prénom…basque de Kepa, aux côtés du plus latin Peio ou parfois carrément Pierres.

Car le gros intérêt de la syllabe ‘pier’, c’est qu’elle a été adoptée par quasiment tous les pays du monde, de Pier à Piotr, de Peter à Pietro, ou de Pedro à…Boutros (en arabe, comme un certain -Ghali) pour lequel vous n’avez qu’à assourdir le P initial dans le B, et inversement avec le D et le T. Autre avantage non négligeable, au moins en français: le son est suffisamment bref -et le bénéfice spirituel suffisamment important- pour accoler le nom du premier apôtre en protecteur de tous les prénoms imaginables, histoire de faire des Jean-Pierre (Jean, le seul concurrent à ce poste) mais surtout des Pierre-Emmanuel, Pierre-André, Pierre-Marie, Pierre-Henri et autres Pierre-Jean, que vous ne rencontrerez pas forcément sur tous les faire-part de naissance où manque la particule…

N’oublions pas pour terminer les Pearson (pear-son: le fils de Pierre), très prisés en Australie, et donc de même fabrication sonore que Pierce (utilisé en prénom) comme l’acteur Brosnan-007, né en Irlande; et enfin notre Mary, née au Canada (pardon, Québec), fille d’un certain Jim Pierce, de son vrai nom Bobby Glenn…Pearce. Comme quoi, peu importe l’orthographe, le principal est d’arriver à percer; sauf étymologiquement cette fois.