Le site qui vous aide à comprendre le vrai sens de votre patronyme

Poelvoorde (Benoit)

Poelvoorde

C’est l’homme dont on parle à l’occasion de cette ‘rentrée’ des médias: face à Manuel Valls lors d’une émission de télévision dont il était l’invité d’honneur, Benoït Poelvoorde a salué cette rencontre inédite «entre un ministre et un parrain». A défaut d’actualité plus capitale, et parce que c’est un patronyme non encore abordé ici et en tous points intéressant, osons donc aujourd’hui suivre l’homme qui rit dans son plat pays, la Belgique, territoire linguistique flamand (au moins à moitié, pardon au Front de Libération de la Wallonie), ce qui n’étonnera personne au vu de l’orthographe de son nom. Ne reste plus qu’à sauter le pas pour nous mettre à l’eau. Précisément…

Car le pas en question va nous aider à éviter de nous mouiller les pieds, puisque Poelvoorde est un toponyme, un mot qui définit un lieu et/ou la personne qui l’habite (enfin, qui l’a habité, bien des générations avant le petit Benoit), bref un homme qui avait (sous-entendu: sa maison) ‘poel-voorde’, autrement dit (près) du ‘gué-qui-traverse-le marécage’…Prenons les deux éléments l’un après l’autre: ‘poel’, tout comme le saxon (anglo-) ‘pool’ très proche phonétiquement, désigne, selon l’endroit et la nature du sol, une mare, un marécage, ou encore un marais, par ordre croissant d’importance (1). Le terme peut donc être composé avec un autre, afin de varier les possibilités (et du nombre de maisons dans le secteur); on trouvera donc également des Poelmann (mann=homme), ou, plus clair encore, des Van de Poel, pour désigner un ancêtre qui habitait près d’une mare, par exemple.

Equivalents français tout aussi limpides (enfin, selon la qualité de l’eau): les Delamarre ou Delamare, comme Gilbert-Yves de la Villenaise de Chenevarin (!) célèbre cascadeur français, dit Gil Delamare. Ou encore les Dumarais et les Desmarais, parfois orthographiés Desmaret, Desmarets (comme l’actrice Sophie) ou Desmaretz, sans que cela change quoi que ce soit à l’étymologie, toujours strictement identique. On trouve même, en Dordogne et en Limousin, quelques Desmareix, avec une terminaison très caractéristique de la région…Bon, fini de patauger, on va maintenant passer à ‘gué’.

La seconde partie du nom est donc ‘voorde’, qui signifie le passage à gué, vocable typique mais pas si flamand que ça, puisqu’il vient directement du…latin ‘vadum’, qui fraya, il y a une quinzaine de siècles, avec la racine germanique ‘wad’, autant dire deux sons très cousins (forcément, puisque germains). Surprise, ce phonème va s’installer confortablement dans quasiment toutes les langues européennes, sous des formes très différentes et parfois insoupçonnables, sauf si vous gardez présents à l’esprit deux phénomènes linguistiques assez ordinaires: la possibilité pour certaines consonnes de varier, du ‘v’ (ou w) au ‘g’, par exemple; et également de transformer le ‘d’ en ‘t’ et inversement, en fonction de la région et donc de la prononciation locale. Travaux pratiques sur le terrain, en partant du mot initial:

Chez les Latins, on dit donc vadum; chez les Germains, wad. Chez les Flamands, *vod, puis *vood, et enfin voord(e). Chez les Hispaniques, vado (sans surprise, encore utilisé actuellement). Chez les Italiens (modernes), guado (transformation sonore du v), tout comme chez les Français, avec gué. Voilà pour la première ‘branche’ du gué. De l’autre côté (si j’ose dire) il y a les Saxons devenus anglo-, chez lesquels *vord va être prononcé plus ‘sèchement’, pour donner…ford, à l’origine de tous les Ford de la terre, d’Henry à Gérald en passant par Tom, selon que vous vous intéressez à l’automobile, à la politique américaine ou à la mode internationale. Même phénomène chez les Allemands (ex-Germains), qui garderont un ‘furt’ très proche de ford, ce qui nous fait une seconde branche de mots, mais tous sont de la même famille! (2)

Les patronymes qui utilisent ou intègrent ce terme sont donc, plus ou moins complètement, des synonymes de notre Poelvoorde si ‘étrange’. Alors que, par exemple, les très francophones copier-coller Dugué ou Duguay (même sens, à condition de ne pas oublier le u!) nous semblent beaucoup plus familiers et explicites. Finalement, ça dépend simplement où se trouve la mare que vous voulez traverser!

(1) En fait, l’anglais va également faire varier la ‘dimension’ du sens en le rétrécissant, passant, dans le langage courant, de l’idée d’une mare à une flaque, puis à un bassin (d’où la piscine), et enfin un petit espace clos, celui…d’un tapis de billard américain!

(2) Comme me le rappelle un fidèle lecteur belge, le toponyme peut également avoir donné lieu à la naissance d’une ville, comme Steenvoorde, en Flandre française, bâtie (c’est le cas de le dire) sur ‘steen’ (la pierre) et notre ‘voorde’ (le passage), description très claire -dès le 11è siècle- de la voie romaine (pavée, donc) qui reliait Boulogne-sur Mer à Cologne! Par Jupiter, quel gué!

Nb: Un astérisque placé avant un mot signifie que le terme n’existe pas en tant que tel, ou n’a été attesté que temporairement.


N'hésitez pas à soutenir ce site ! Il vous est possible de faire un don libre pour assurer un contenu régulier et sans publicité. Votre participation serait grandement appréciée !

 
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>