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Putman (Andrée)

Putman

C’était la grande prêtresse d’un design minimaliste et rigoureux, dont on dit qu’il puisa son origine dans la fréquentation adolescente de lieux religieux austères, et en réaction à des traumatismes esthétiques de décorations sulpiciennes surchargées…Quoi qu’il en soit, celle qui se définira comme ‘le mouton noir des moutons noirs’ fera exploser les conventions bon chic-bon genre de la couleur pour imposer le gris, le noir et le blanc jusque dans les salles de bain, devenant ainsi ‘la dame aux damiers’ à travers le monde artistique. En dehors de son milieu professionnel, le grand public se gaussa longtemps d’un patronyme équivoque. A tort.

Le fait est que l’oreille française tolère mal la syllabe ‘put(e)’, quand bien même prononcée ‘poute’, perdant alors une connotation vulgaire pour passer dans le registre enfantin (poutou*, voire prout), bref voilà un son qui passe mal, d’autant qu’il faut bien prononcer ‘putt’, et pour cause…Le plus étonnant est en effet qu’il s’agit pourtant d’une racine latine, soit ‘puteum’ (ou puteus) qui signifie un puits. Or, le mot va voyager à travers les siècles et les pays d’Europe dans deux directions différentes: l’une, vers la Gaule, qui va l’intégrer au gaulois puis au français en générant ce ‘i’ (puits) pour éviter un téléscopage malodorant avec le…putois; l’autre, vers la Germanie puis les Pays-Bas, qui se transmettra au flamand sous la forme ‘put’, ‘putte’ ou ‘putz’ (au Luxembourg et en Moselle, par exemple), en toute simplicité sonore.

En foi de quoi les Putman, Putmans ou Puttemaans n’ont rien à voir avec un éventuel souteneur (put-man: l’homme des putes) mais très clairement avec un propriétaire de puits, ou quelqu’un qui habitait près d’un puits, point de ralliement et de survie dont on n’imagine plus l’importance en tournant aujourd’hui son robinet domestique. Certains critiques et journalistes des années 60 n’ont pas manqué de sous-entendre que l’équivoque sonore du patronyme n’était peut-être pas si négative qu’il n’y paraissait, et qu’elle avait peu ou prou contribué à la médiatisation d’une personne qui n’avait pas forcément besoin de ça pour être une personnalité.

Sans compter qu’Andrée avait gardé le nom de son mari Jacques Putman, mais elle est née en fait (Andrée) Christine Aynard, dans une famille lyonnaise de souche et dont le nom est typique de la région. Cette fois, pour bien comprendre l’étymologie, on garde les mêmes et on inverse le flux de l’Histoire: alors que les Romains avaient ‘exporté’ le put(éus) jusque sur les bords de la Mer du Nord, les tribus barbares ont, elles aussi, emporté quelques siècles plus tard leur vocabulaire vers le sud, lors de leurs incursions conquérantes. Parmi les moustachus braillards qui ont remonté le Rhin, puis le Rhône, se trouvait sans doute un guerrier à l’épée vigoureuse, surnommé par ses copains ‘agin’ (la lame de l’épée) + ‘hard’ (dur), ce qui va se contracter en aginhard > ayinhard > aynard! Cela expliquerait-il que la Putman avait peut-être de temps en temps le coup de ciseau assez direct ou des pointes (d’esprit) acérées? En tous cas, voilà la véritable origine de son nom.

Comme je sens bien que vous seriez frustré de n’avoir pas d’autre explication sur notre ‘pute’ nationale, il faut bien terminer en signalant que ce synonyme de prostitué(e) vient du mauvais esprit du Moyen-Age français, qui va décréter que les ‘filles de joie’ sont comme le…putois, précisément, en s’appuyant sur leur réputation d’hygiène douteuse. Or, au 12è siècle, si les dames (du royaume) ne prenaient pas de bain tous les jours, on ne voit pas comment cela aurait possible dans les ruelles des quartiers chauds. Alors, comme souvent, la langue va transférer le sens…propre d’un mot au sens figuré, et ‘putain’ -qui ne signifie à l’origine que ‘puante’- va prendre le sens de sale, donc pauvre, donc mauvaise!

Si la dérive vous semble choquante, dites-vous bien que nos esprits ‘civilisés’ n’ont pas fait autre chose en décrétant que les indiens ou les ‘nègres’ ne pouvaient être que des créatures du diable étant donné qu’ils avaient la couleur de l’enfer ou des ténébres; tout comme les personnes affligées d’un handicap ou d’une déformation, et ce, quasiment jusqu’à la moitié du Xxè siècle…Il convient donc de se souvenir de Putman comme d’une créatrice au génie ‘sans fond’, si vous ne voulez pas passer pour une langue de pute.

* Voir à ce sujet la chronique sur Philippe Poutou, candidat à l’élection présidentielle 2012


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