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Robert (le Petit)

Petit Robert

Je ne connais pas la taille qu’avait Paul Robert, mais c’est probablement l’une des rares personnalités françaises à être à la fois Petit et Grand, grâce à l’héritage lexicographique qu’il a laissé, en lançant, au début des années 1950, les versions des dictionnaires qui le feront passer à la postérité (et, éventuellement, hériter à la Poste, comme disait un humoriste). Robert? ‘Robèèrt’ criaient les personnages de Boulevard au théâtre, accentuant le caractère moqueur d’une finale un peu passée de mode, pour ne pas dire ringarde…Or, d’un point de vue linguistique, les Robert étaient de vrais ‘people’, comme on dit aujourd’hui.

En effet, Robert est la forme francisée d’un terme germanique du 8è siècle, soit ‘Rodberth’ en v.o et en deux syllabes. La première partie (rod-) veut dire la gloire; la seconde (-berth) signifie illustre. On a connu des étymologies moins glorieuses! Il s’agit donc des descendants d’ancêtres soldats, guerriers, ou même chasseurs, qui s’étaient fait remarquer dans leur tribu par leur courage devant l’ennemi, à poil ou pas (pas les ennemis, ni les chasseurs, mais les gibiers). Il n’empêche: de nos jours, le Robert a changé de connotation pour devenir moins ‘enviable’, et, pour avoir une petite idée, il vaudra mieux s’adresser à ses seins qu’à Dieu.

Dans la liste des ‘prénoms’ devenus ‘noms-propres’ à la fin du Moyen-Age, il y a surtout des Jean (qui ont désigné des inconnus d’abord, puis ensuite des vagabonds!); des Jacques (pour mentionner n’importe qui, puis spécifiquement…le fou du village, d’où l’expression «faire le jacques»); et donc des Robert, qui ont subi, comme les Hubèèrt, les foudres de prononciations ironiques dues semble-t-il au fait que les Robert étaient souvent des petits bonhommes ventrus et bien en chair, cette dernière idée descendant alors le long de la gorge féminine pour désigner les seins d’une dame.

Les Robert célèbres ont pourtant été nombreux, dont plusieurs peintres du 19è siècle; plus un cinéaste du 20è (forcément) prénommé Yves et auteur de comédies à succès; mais aussi un fabricant d’automates, Jean-Eugène Robert, plus connu sous le nom de Robert Houdin, et définitivement célèbre sous son pseudo de magicien génial, Houdini. Celui qui portera le coup fatal à la réputation des roberts est un industriel de la fin du 19è siècle, un certain Edouard Robert, qui profitera de l’essor de l’industrie du verre pour faire breveter une « petite bouteille avec tuyau » pour pratiquer le stockage du lait maternel et l’alimentation du nourrisson. Imaginez un bocal coiffé d’un long flexible en caoutchouc avec embout d’aspiration (!), et vous aurez la version préhistorique (et girafesque) du futur biberon, que l’on s’empressera d’appeler ‘le robert’, du nom de son inventeur, surnom dont héritera par comparaison le sein naturel de la parturiente allaitante (1). Et enfin le plus grand de tous donc, notre grand petit Paul, modestement prénommé Paul-Charles-Jules, l’homme qui vous permet de sucer le lait de la langue française sans modération. En tout cas, étymologiquement.

(1) vite, le Larousse…


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